LES JUMEAUX DE CONOCO STATION - Franz Duchazeau
Sélectionné Par Juliette -- 30 janvier 2009
Après le blues du Rêve de Meteor Slim, Duchazeau compose une ballade country loufoque. Les jumeaux dont il est question, deux asperges aux larges pavillons, s'échappent de prison une semaine avant la fin de leur peine pour participer à un grand concours musical. Et pour se venger de celui qui les a envoyés en taule. Mais point de cavale angoissée ou de vengeance planifiée : les deux asperges et leurs acolytes répètent sous l'oeil bienveillant d'un sherif obèse amateur de country. Il faut aussi lutter contre le rock'n'roll, nouvel ennemi public...
Si vous aimez le polar américain et surtout le hard boiled, voilà de quoi vous satisfaire. Les personnages sont bêtes, méchants mais maudits : ils trainent leurs santiags dans des bleds de campagne qui se résument à une station service, et échouent avec fracas dans leurs minables entreprises. Dans le dessin de Duchazeau, on retrouve son beau trait charbonné et hâchuré, mais il y introduit des personnages aux silhouettes de cartoon, parfaite synthèse d'humour sarcastique.
Sarbacane - 19,50 €

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Enfin, ils ont réédité Paracuellos, et l'intégrale, en plus ! Parues dans la revue Fluide Glacial dans les années 80 et introuvables en album depuis belle lurette, voici les aventures très autobiographiques de Carlos et de ses copains, gamins de l'assistance publique dans l'Espagne des années 50 où, comme le souligne Gotlib qui signe la préface "le sabre et le goupillon s'aimaient d'amour tendre". Paracuellos, c'est le nom de l'établissement géré par les religieux, qui faisaient régner en ce lieu une discipline de fer, non exempte de sadisme. L'expérience a fortement marqué l'auteur (on peut le comprendre), qui en a tiré cinq ou six albums féroces et hilarants. C'est plus donc, que les trois tomes parus en français, ce qui signifie qu'à moins d'avoir été abonné à Fluide vous découvrirez forcément des épisodes que vous ne connaissez pas. Et si vous n'avez jamais lu Paracuellos, apprêtez-vous à découvrir l'une des BD les plus drôles jamais sorties dans Fluide Glacial.
Après de très beaux titres largement remarqués*, Gipi débarque chez Futuropolis avec une autofiction. Il continue dans la veine de S. donc, laisse pour un temps (?) les récits noirs, tout en retenue et en suggestion, pour nous parler de lui. Et il écrit franchement bien, presque aussi bien qu'il dessine ; c'est vif, drôle, grotesque, pathétique parfois. Il règle ses comptes avec quelques médecins indélicats et des fantômes plus anciens, raconte ses excès psychotropes adolescents et ses angoisses d'adulte. Pour les blasés de l'autobiographie en bande dessinée (moi), ça secoue efficacement : les mots sont justes, la complaisance absente et le dessin fichtrement beau. S'il vous faut un extrait pour vous convaincre, ouvrez le livre à la dernière page, et lisez l'épilogue.