LA FRANCE TRANQUILLE - Olivier Bordaçarre
Sélectionné Par Yves -- 27 septembre 2011
Olivier Bordaçarre, retenez ce nom parce que ce gars a un vrai talent de raconteur d'histoires, et ce qui s'appelle une plume. Il sait vous trousser une histoire, des personnages, et surtout des ambiances... L'histoire, c'est celle de meurtres en série qui adviennent au beau milieu de la Beauce. Mais l'intérêt du bouquin n'est pas là - amateurs de thrillers et de whodunnits s'abstenir - car de ce point de vue c'est à peine le minimum syndical. La force du roman, c'est de nous décrire de l"intérieur le quotidien de Nogent-le-Chartreux, le lieu des crimes, le véritable héros du roman. Nogent-le-Chartreux est un lieu fictif. Sauf que je connais Nogent-le-Chartreux, j'y ai même vécu, comme l'auteur sans doute, comme vous peut-être. Bardée de certitudes et tremblante de trouille, Nogent-le-Chartreux est assez méprisable. Ses habitants, aussi, pour certains. Mais même Dupont-Lajoie peut avoir des états d'âme, et en profiter pour sortir de la caricature. Certes, faire évoluer de bons gros cons procure de bons éclats de rire, et cela, l'auteur sait y faire. Mais plus je progressais dans la lecture du roman, et plus cela je pensais aux romans d'A.D.G ou aux fims de Mocky. Beaucoup de talent, mais aussi pas mal de facilités. C'est dommage, car l'enquêteur du roman, intéressant et assez atypique, aurait pu prendre (encore) davantage de place. J'espère d'ailleurs qu'on le retrouvera un jour. Pour terminer en quelques mots, j'ai bien aimé ce roman qui a l'immense mérite de sortir des sentiers balisés du roman noir (un enquêteur qui ne boit pas d'alcool ET n'est pas un ancien alcoolique, et gendarme par dessus le marché, ce qui n'est pas ce qu'il y a de plus glamour), et une chose est sûre : je lirai le prochain roman d'Olivier Bordaçarre.
Fayard - 18 euros

aucun commentaire
Rue du monde publie une fois de plus un très bel album sur l'importance des livres et de la lecture. Inspiré d'une histoire vraie, celui-ci raconte le travail remarquable de passionnés qui amènent des livres dans des endroits reculés, peu peuplés. L'éditeur rend ainsi un bel hommage à un bibliothécaire bénévole, Luis Soriano Behorquez, qui partage sa passion avec tous les habitants des montagnes de Colombie.
Dire son nom est un remarquable livre autour du deuil de l'auteur, qui a perdu sa femme. Il évoque certes sa souffrance, mais veut rendre à Aura, cette femme solaire et vivante, un hommage à sa mesure. Alors il évoque sa vie, sa famille, ses habitudes, ses projets : le texte recèle d'anecdotes et d'images savoureuses. Comme un Orphée qui cherche à redonner vie à son Eurydice, Francisco Goldman réinvente son épouse, pour combler l'absence et lutter contre l'oubli. Cette entreprise littéraire est un somptueux hommage à Aura et au pouvoir de l'écriture.
Editeur chez Agone, maison de sciences humaines indépendante et solidement ancrée à gauche pour la situer en deux mots, Thierry Discepolo livre sa vision de l'édition en France aujourd'hui. Ce point de vue intéressera ceux et celles qui se sentent concerné(e)s par la question des idées et de leur diffusion, même si l'auteur suppose chez son lecteur un certain nombre de connaissances sur la diffusion et la distribution qui sont quand même assez pointues. Ce bémol mis à part, la lecture du bouquin se révèle instructive et intéressante, parce qu'elle offre un éclairage différent du tableau de famille attendrissant que peint la presse généraliste chaque fois qu'elle s'intéresse à l'édition. Pour simplifier, les "gentils" indépendants (artisans qui travaillent à l'ancienne, mus par l'amour du métier) contre les "méchants" (groupes internationaux qui ne pensent qu'à faire du pognon).
Si vous aimez les super-héros et la poilade, vous devez absolument jeter un oeil à La trainée jaune de ComicSwood, comique comics, qui est un peu l'équivalent BD du Guide du routard intergalactique. Vous y suivrez les super-aventures pas banales de Filippu Angroca qui acquit ses superpouvoirs dans des conditions un tantinet triviales, qu'on vous laisse la joie de découvrir. (le titre est un indice). L'histoire tient la route sur les 70 pages de l'album, un exploit compte-tenu du haut niveau de déconnade de l'entreprise.
Roy est en sursis ; homme de main vieillissant d'un mafieux polonais, sa copine lui préfère son patron. On lui donne une mission qui a bien l'air d'un guet-apens, et dont il se sort in extremis. Le voilà en cavale, fuyant la Nouvelle Orleans. Il emmène avec lui l'autre témoin, une jeune prostituée, Rocky. Ce voyage est une dernière chance de salut pour ces deux personnages. Leur parcours similaire, des enfances dans des campagnes déshéritées, des parents qui ont vidé les lieux trop tôt, les rapprochent. Dans ce motel au fin fond du Texas, ils vont essayer d'y croire.

Dès 7 ans :

Leo Pontecorvo est un très bel homme de 50 ans et un professeur de médecine de réputation mondiale, respecté de tous, apprécié voire aimé de ses collègues. Il est riche, bien sûr, et rejeton d'une famille de la bourgeoisie juive de Rome, il l'a toujours été. Sa vie privée aussi est une parfaite réussite, sa femme l'aime comme au premier jour, ses enfants l'idolâtrent, il a des amis intimes, les mêmes depuis trente ans.
Laurence Tardieu, à travers ce texte très personnel, essaie de comprendre son père et de se libérer de son emprise. Ce livre lui est dédié, elle lui parle, elle parle de lui, mais il refuse qu'elle l'écrive. Elle passe outre cette interdiction et raconte leur relation et surtout la non-communication familiale. L'auteur a toujours dû accepter un silence insupportable et décide enfin de le rompre. Comment son père si parfait et si juste à ses yeux a-il-pu commettre un délit et se taire ? Ce haut fonctionnaire a passé 6 mois en prison et a toujours fait comme si de rien était. Il n'a jamais expliqué son geste à ses proches, jamais raconté son quotidien en prison, ni ses impressions, ses doutes, jamais fait part de ses émotions... Laurence Tardieu a choisi de ne pas trop s'attarder sur l'affaire judiciaire, mais plutôt de s'ouvrir, de parler de ses souvenirs, ses impressions, son admiration pour cet homme secret et réservé.
La lecture de ce roman fait ressurgir la souffrance de l'auteur et surtout son amour pour son père, son désir de vivre, de parler, et permet de comprendre son besoin d'écrire ce livre. Un témoignage assez fort, écrit à coeur ouvert, dans un style direct, une écriture qui va à l'essentiel sur une relation père-fille complexe et sur un amour paternel caché.
Dernière ligne droite pour Nelly Senf : son passage à l'Ouest avec ses deux enfants est imminent. Après des mois d'interrogatoires et de dossiers à remplir, elle pensait que son autorisation de passage suffirait. Questionnée sur son passé de chimiste et sur la disparition assez louche de son compagnon, elle se retrouve enfermée plus de 8 heures à la frontière, humiliée et analysée dans les moindres détails, avant d'être enfin libérée. N'ayant pas les moyens (ses économies ayant servies à son passage) et ne connaissant personne pour l'héberger à l'Ouest, Nelly obtient un logement à Marienfeld, un camp de transit où se retrouvent tous les réfugiés. Cette jeune mère de famille se retrouve face à une réalité aux antipodes de ce qu'elle imaginait : une chambre minuscule à partager, des tickets de rationnement, l'interdiction de sortir librement... Pourra-t-elle accepter des métiers mal payés et inintéressants au bureau de l'emploi ? Que faire face aux mauvais traitements subis par ses enfants à l'école ? Comment refuser la trousse à la mode à sa fille quand elle ne peut même pas acheter des vêtements chauds pour l'hiver ? Déterminée et combattante, elle n'a pas le choix, elle accepte les dures conditions du camp.
Davis B., dessinateur, et Jean-Pierre Filiu, historien et grand connaisseur de l'Orient et de l'Islam, signent un album atypique : une histoire dessinée des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et le Moyen Orient (vous connaîtrez au passage l'origine de l'expression), en commençant par le début et le XVIIIe siècle, et on en apprend de belles ; de quoi mettre en perspective l'actualité. Sérieux, mais recelant d'anecdotes inattendues (les ruses du pacha libyen Yusuf Karaman, le pyjama de Mossadegh), le texte offre à David B. de multiples possibilités de mises en scène, comme le récit de pirates, les batailles navales, ou le roman d'espionnage, qui s'épanouissent en riches compositions en noir et blanc.
Du nouveau dans les livres-CD ! Noémie Brosset vous invite à chanter, fredonner, danser... La couverture est très réussie : elle donne envie de feuilleter l'album en écoutant le CD. Des couleurs vives, une maquette travaillée et réfléchie, des jeux de typo et de décors..., voici un album joyeux, tonique, tout comme le disque d'ailleurs. En alternant des chansons classiques à des créations, on découvre la voix de Noémie Brosset sur deux registres différents. Les mélodies sont entraînantes et bien rythmées. Sur chaque morceau, Noémie invite l'enfant à reproduire des gestes ou à chanter. Un CD à découvrir.

Rosa vient d'apprendre le décès d'Egon, son père adoptif. Direction le Maroc, un pays cher à son coeur. Accueillie dans sa maison d'enfance par Sherifa son ancienne nounou et son fils Mehdi, elle est envahie par un vide absolu et surtout elle se sent honteuse de son héritage.
Jonas, la petite trentaine, enseigne la littérature dans un lycée new-yorkais plutôt huppé. Américain d'ascendance éthiopienne, il est marié à Angela, jeune et brillante avocate d'extraction modeste. Ce jeune couple afro-américain pourrait apparaître comme un exemple emblématique d'intégration dans l'Amérique d'aujourd'hui. Il est en fait au bord de l'implosion, chacun s'enfermant dans sa propre bulle, incapable d'échanger avec l'autre. Lors de cette crise, Jonas va prendre la route, sur les traces qu'empruntèrent ses parents trente ans plus tôt à l'occasion du seul véritable voyage qu'ils firent ensemble au coeur de l'Amérique.