COMMENT TUER UN HOMME - Carlo Gébler
Sélectionné Par Yves -- 28 février 2011
Comme son nom ne l'indique pas, Carlo Gébler est irlandais, et c'est dans l'Irlande du milieu du 19ème siècle que nous emporte son roman. L'île sort à peine de la grande famine qui a fait des milliers de victimes et poussé d'innombrables fermiers à s'embarquer pour tenter leur chance aux Etats-Unis. Ceux qui restent ne peuvent plus ou ne veulent plus payer le droit de fermage annuel aux propriétaires.
C'est très exactement ce qui se passe sur le domaine où lequel Thomas French vient d'être engagé comme administrateur par la propriétaire, désespérée de voir son domaine s'en aller à vau-l'eau. Sa mission - faire partir les mauvais payeurs - est d'autant plus difficile à mener qu'une société secrète constituée de fermiers veille à dissuader quiconque de reprendre les terres prises aux fermiers spoliés, en ayant si besoin recours à la torture et aux meurtres. Ces comploteurs ont juré la perte de Thomas French, et pour cela, ont engagé deux tueurs. Voici pour le pitch...
L'écriture -alerte et simple- et la narrration linéaire rendent très prenante la lecture du roman, et Carlo Gébler dessine des personnages doués d'une vraie humanité, ce qui les rend attachants. Un petit bémol quand même, il me semble que le roman souffre d'un manque de réflexion politique et historique. Car si l'administrateur Thomas French est fondamentalement un type bien, il fait tout de même un ben sale boulot... et il le fait sans trop se poser de questions. Les "ribbonistes" ont des comportements de psychopathes, ce qui nous vaut d'ailleurs quelques belles pages. La réalité était-elle si tranchée ? Les rôles des bons et des méchants si bien répartis ? Sur un sujet très semblable, la culasse de l'enfer, magnifique roman de l'américain Tom Franklin, chroniqué jadis dans ces pages, nous offrait une vision beaucoup moins manichéenne. Reste que Comment tuer un homme est un très chouette livre, animé d'un grand souffle romanesque et qui devrait à n'en point douter recueillir un bon nombre de lecteurs enthousiastes.
Traduit de l'anglais (Irlande) par Bruno Boudard
Phébus - 12 euros en poche.

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Un très bel album haut en couleurs où l'on retrouve avec joie l'auteur-illustrateur, Leo Timmers (Docteur Alphonse, Le roi c'est moi ou encore des petits tout-cartons Tut tut ou Vroum).

Puisque la librairie s'est ouverte aux horizons anglo-saxons, autant en profiter pour vous mettre sous le nez de la bande dessinée américaine en V.O., et dont la traduction n'est pas prévue (ami éditeur, réveille-toi). En premier lieu donc, Chris Ware et son impressionnant volume 20 d'Acme Novelty(*). Lint est une histoire à part entière, que vous pouvez lire sans avoir lu les précédents Acme : de sa naissance à sa mort, on suit ce personnage, qui perd sa mère quand il est enfant, se rebelle à l'adolescence, essaie de devenir musicien, tombe amoureux et se marie, avant de laisser choir sa famille pour une autre. Un homme simple, ni attachant ni repoussant, qui se trompe autant qu'il trompe les autres, et qui souffre autant qu'il fait souffrir. La mise en image sophistiquée de Chris Ware recherche la subjectivité, en explorant les possibilités de la typographie, du découpage pour mieux raconter le vécu et exprimer le ressenti de son personnage. Sous des dehors très structurés, une mise en page extrêmement complexe, très graphique, avec peu de dialogues, Chris Ware parvient à une peinture de l'âme délicate et sagace. Un auteur prodigieux dont on ne dira jamais assez de bien.
Mai 1940, l'armée française est en déroute. Parmi les soldats faits prisonniers par les Allemands, César Fauxbras (de son vrai Gaston Sterckeman). A la manière d'un reporter, il va consigner les échanges des trouffions entre eux, rapporter leurs craintes, leurs attentes, leurs coups de gueule, leurs interrogations aussi. Hitler sera-t-il à Paris le 15 juin comme il l'a assuré ? Et quid de leur sort à eux ? Seront-ils bientôt de retour chez eux ? Chacun y va de son analyse, compare son sort à ceux des copains, des "planqués" qu'on conspue ou qu'on envie.
Un barbecue dans une banlieue bourgeoise de Melbourne, chez Hector et Aisha : les familles (d'origine grecque et indienne) sont là, les amis aussi, avec leurs enfants bien sûr. Sauf que la mayonnaise ne prend pas, et finit même par tourner : Hugo, le fils (insupportable, au demeurant) de 5 ans de Rosie, se prend une claque sur le museau par Harry, le cousin d'Hector. L'événement, et surtout ses conséquences, vont choquer, déranger, interroger les témoins... En huit chapitres, Christos Tsolkias dresse le portrait d'une société multiculturelle bancale, où les rivalités s'exacerbent à la moindre étincelle. Il analyse aussi avec une grande finesse les rapports familiaux et amicaux, à des âges différents. Les chapitres sur les adolescents sont particulièrement bien sentis. Un excellent roman, qui ne manque ni d'humour ni de réflexion.
Il y a quelques années, Futuropolis publiait Lucille, un énorme roman graphique, en noir et blanc, d'un jeune auteur qui avait déjà fait ses preuves chez Cornélius, Ludovic Debeurme. Il mettait en scène des adolescents, Lucille et Vladimir, dont les jeunes existences étaient déjà bien cabossées. On retrouve donc ces personnages dans Renée, ainsi que la nouvelle protagoniste éponyme, une jeune femme aux histoires d'amour douloureuses.
Voilà un bouquin qui devrait procurer aux lecteurs de Pete Dexter une émotion assez comparable à celle qui étreignît les fans des Stones un certain jour de 1980, à la sortie de Emotional Rescue. Du style : Pincez-moi, c'est pas Pete Dexter, ça ?'' Et ben si, mon gars ! Et c'est même assez évident, une fois la première surprise passée. Et même que c'est un très intéressant bouquin. Sûr, ce n'est pas du polar, mais on y retrouve les constantes de l'oeuvre de Dexter : cela se passe à Philadelphie, le héros est journaliste et il y a du cassage de gueule dans l'air.
Voici un grand petit livre de cent pages à peine, un conte philosophique et politique qui constitue une lecture marquante. Nous sommes en 1940, dans le royaume de Cedric X, un pays imaginaire empruntant au Danemark et aux Pays-Bas. Les nazis font main basse sur le royaume, ne rencontrant qu'une résistance symbolique. Effrayé par le sort subi par les pays voisins, et soucieux des conséquences pour son peuple, Cedric l'invite à ne pas résister. Le roi et ses sujets s'accommodent d'une occupation moins rude que sous d'autres cieux. Jusqu'au jour où l'occupant contraint les juifs du royaume au port de l'étoile jaune. Le vieux roi saura alors se rebiffer et agir avec courage, en individu libre.
7ème roman d'Indridason, La rivière noire est aussi le premier sans Erlendur, parti pour de mystérieuses vacances sur la lande. C'est donc Elinborg, l'adjointe d'Erlendur, qui se coltine l'enquête, et va tenter de retrouver le meurtrier d'un violeur. On retrouve dans cet opus ce qu'on aime chez Indridason : les descriptions de la campagne et de l'atmosphère islandaises, sa capacité à mêler les époques et faire ressurgir les fantômes du passé...
Edgar Poe renaît de ses cendres dans ce roman aux faux airs de biographie. Sur le canevas de la vie réelle de l'auteur sulfureux, Nicolaj Frobenius greffe avec succès une intrigue mystérieuse où Poe voit ses écrits les plus sombres devenir réalité. D'horribles crimes ressemblant étrangement à ceux qu'il a imaginés sont perpétrés sans que personne ne soit arrêté, et très vite des rumeurs désignant le poète comme coupable se mettent à circuler.
Ding dong : on sonne à la porte de Petula Peet : c'est le contrôleur des impôts, qui vient saisir les biens de la demoiselle. Et paf! un coup de poële sur la tête et le voilà calmé. Et dring! on réclame pour un entretien d'embauche Pétula, qui se dépêche donc de prendre le bus. Et bam! elle tombe amoureuse du conducteur. Et ce n'est que le début de ce farfelu vaudeville.
Ce bouquin est sorti il y a presque un an, et figurez-vous que j'étais passé complètement à côté. Mais vlatipa que la semaine dernière, un client nous commande un bouquin sur les Hells angels (on voit passer de drôles de types, un jour je vous raconterai). Manque de bol, c'était pas le bon livre. Avant de renvoyer la chose, j'ai quand même jeté un oeil dessus... et je me suis littéralement fait happer par l'objet, dont je vais terminer la lecture de soir. 500 pages sur des graisseux en Harley, pour moi qui ai du mal à conduire une mobylette, ce n'était pas gagné.