LA CHAMBRE DES VIES OUBLIEES - Stella Duffy
Sélectionné Par Stephanie -- 29 janvier 2010
Attention, méfiez-vous de votre teinturier ! Selon la fréquence de vos passages, des vêtements déposés, du temps mis pour les récupérer et surtout de tout ce que l'on oublie dans les poches, un teinturier, surtout s'il est attentif, observateur et consciencieux comme le héros de ce roman, peut deviner votre quotidien, vos habitudes, votre caractère...
Après une vie entière passée dans son pressing, Robert songe à la retraite, mais il ne cèdera pas son commerce à n'importe qui. Il accepte l'offre d'Akeel, un jeune pakistanais, mais en échange il le formera pendant un an. Une année pour lui apprendre le métier. En fait, Robert a surtout besoin de temps pour vider "la chambre des vies oubliées"... Il continue en effet une drôle de tâche instaurée par sa mère : il conserve dans une pièce tout ce que ses clients ont laissé dans leurs poches ; le tout classé, répertorié, rangé dans des dossiers !
A travers cet apprentissage, on découvre ces deux hommes que tout oppose (âge, origine, condition sociale) et qui vont petit à petit s'apprécier, ainsi que tous les habitués et voisins du pressing : une jeune fille au pair amoureuse de son employeur, deux SDF qui squattent un vieux canapé dans la rue, une vieille dame seule qui commence à perdre la tête, une infirmière généreuse et patiente...
Une belle histoire touchante et intéressante où se côtoient des dizaines de personnages très attachants, tous issus de Loughborough Junction, un quartier populaire du sud de Londres. A travers l'histoire d'un homme ordinaire, Stella Duffy réussit à merveille à nous rendre concrète la vie d'un quartier, d'une ville, à nous faire prendre conscience des tensions existant au sein des différentes communautés. Un roman choral qui donne envie de prendre l'Eurostar et de partir à Londres sur-le-champ.
Editions Grasset - 20 €
(traduit de l'anglais par Karine Laléchère)
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Faire du baby sitting peut vous apporter bien plus que de l'argent de poche: c'est ce que découvre Alex, un étudiant de 20 ans, après avoir déposé une annonce sans trop y croire dans la boulangerie du quartier.
"Chic, le nouveau roman de Rosa Montero !" ai-je jubilé en recevant début décembre le service de presse d'Instructions pour sauver le monde, 5ème titre à paraître chez Anne-Marie Métailié. Et je n'ai pas été déçu. C'est le 3ème roman de Montero que je lis et je suis en train de devenir un vrai fan. J'ai retrouvé dans ce nouvel opus les mêmes qualités qui m'avaient plu dans La fille du cannibale et Le roi transparent, cette capacité à marier l'humour et le romanesque, la comédie et l'émotion.
Connaissez-vous Sylvia Plath et Ted Hughes ? si oui, alors vous prendrez grand plaisir à retrouver ces poètes flamboyants, mais si vous n'en aviez jamais entendu parlé, cette biographie romancée est une remarquable entrée en matière. Elle retrace, en courts chapitres subjectifs (Sylvia, Ted, mais aussi leur entourage) la rencontre de ce couple à Cambridge, leur vie commune, leur rupture, la vie d'Assia Wevill, deuxième compagne de Ted, et les destins tragiques et parallèles des deux femmes. Elle réinvente ces figures, les interprète et nous immerge dans leurs imaginaires (rêves, angoisses, obsessions, fantasmes). J'ai beaucoup aimé la façon dont Claude Pujade-Renaud colle à l'oeuvre de Sylvia Plath et Ted Hughes, autant qu'aux faits historiques. Le roman laisse entrevoir toutes les discordances et les failles des personnages, sans céder aux clichés des poètes maudits.
Le bateau, premier recueil de nouvelles publié de Nam Le, est remarquable à plus d'un titre. Par la qualité d'écriture et la maîtrise des différents récits, la vraisemblance des portraits psychologiques (c'est bien sûr l'essentiel) mais également par la variété des sept longues nouvelles qui composent ce livre.
Manuele Fior nous a offert il y a quelques mois Mademoiselle Else, une très convaincante adaptation BD de la nouvelle d'Arthur Schnitzler. L'auteur revient en ce début d'année avec un récit intimiste juste et émouvant : Cinq mille kilomètres par seconde.
Depuis qu'elle a acheté un livre sur Lila Kovner, Emmanuelle ne pense qu'à lire. Elle n'a qu'une envie : s'isoler pour être en tête à tête avec cette jeune photographe de guerre. Mais quand va-t-elle avoir le temps de se plonger dans son roman ? Au moment de se rendre à son travail comme tous les matins, cette jeune mère de famille décide de ne pas y aller, de se consacrer un peu de temps, de prendre du recul, de réfléchir à tout ce qui s'est passé récemment : le décès de sa meilleure amie, la routine un peu lourde de son foyer, un mari pas très présent, un passé qu'elle n'a pas tout à fait digéré...
Jean est un jeune garçon d'écurie si maladroit qu'on le surnomme "Jeanpoté". Il consacre tout son temps libre à espionner la princesse Bella, dont il est fou amoureux. Un jour, sous ses yeux, celle-ci se fait kidnapper par un grand monstre venu du ciel. Le roi donne immédiatement l'alerte : tous les chevaliers sont réquisitionnés et doivent partir la délivrer. Bien sûr, Jean n'a pas le droit de les accompagner, car tout le monde le croit incapable d'une telle mission. Après l'échec de l'armée, Jean part avec le peu d'armures restantes et ses deux fidèles compagnons, Truffe et Dolly. Avec l'aide d'une curieuse et puissante armée trouvée en chemin, Jean va pour la première fois prouver à son entourage qu'il ne mérite pas ce surnom idiot.
Conny, jeune pickpocket plutôt doué, se trompe pour la première fois : au lieu de voler le portefeuille d'un homme, il se retrouve avec une pierre étrange... et n'éprouve aucune douleur à son contact. Intrigué par la réaction de l'adolescent, le sorcier Nevery décide de lui faire confiance et l'embauche comme apprenti magicien. Il aura besoin d'aide pour réussir la mission qui lui a été confiée : rétablir le niveau de magie dans la ville.
Après une absence de 3 ans, Braine retrouve femme et enfant. 3 ans de combats, de douleurs,... et surtout un long coma. Comment retrouver l'harmonie et le bonheur d'avant ? Lily fera son maximum pour y parvenir, en cachant bien sûr les 2 choses les plus dangereuses selon elle : l'arme et le bugle de son mari. Mais l'arrivée de Mme Braxton va troubler l'équilibre fragile qu'ils avaient réussi à retrouver : elle recherche des musiciens de jazz pour son nouveau club...
Premier roman d'une jeune écrivain argentine qui est également réalisatrice, L'enfant poisson est au confluent de deux grands courants du roman d'Amérique latine, mêlant réalisme magique et critique sociale. Cela donne une histoire d'amour assez "hot" et réjouissante, qui met aux prises Lala, jeune fille issue de la bourgeoisie intellectuelle, et la Guayi, la bonne à tout faire de la maison, jeune amérindienne aussi silencieuse que mystérieuse. A la suite du meurtre du père par fifille (personnage assez pénible qu'on ne regrettera pas), voilà les deux nanas embarquées dans une course effrénée qui mène l'une au Paraguay, au bord d'un lac plutôt chouette, et l'autre en prison. Pourquoi L'enfant poisson ? Sans trop en dévoiler, disons que la Guayi, a eu un enfant et que cet enfant, et bien... il n'est pas tout à fait comme vous et moi (comme moi en tout cas).
Il en va des écrits comme des individus; certains sont d'un abord facile, d'un naturel aimable. Vous êtes immédiatement à l'aise avec eux, ils vous invitent naturellement à la lecture. D'autres sont plus secrets et tardent à se livrer. Les romans d'Hugo Hamilton appartiennent d'évidence à cette deuxième catégorie. Comme personne est un texte austère sur un sujet grave, la quête d'identité par un homme - Gregor- qui a été recueilli à 3 ans dans Berlin en ruines, et ne l'a appris incidemment qu'à l'adolescence. D'où vient-il ? Est-il juif comme il semble vouloir s'en persuader ? Comment vivre avec le mensonge qu'a constitué son éducation ?
Benjamin Lorca est mort depuis longtemps ; il laisse derrière lui une oeuvre littéraire, et des amis, des admirateurs, une famille affligés. Et ce journal intime, non publié, qui intrigue ou effraie son entourage. Quatre personnages, du plus lointain ou plus proche, évoquent, à des époques différentes, le disparu et ce manuscrit. Comme une enquête, où l'on découvre l'identité du suspect, et de la victime, chaque témoignage apporte un nouvel éclairage. Tour à tour défenseurs ou accusateurs, l'éditeur, le frère, le meilleur ami, l'amante dressent un portrait en creux et en profondeur. Un livre qui interroge et bouleverse.
Après American tabloid et American death trip, James Ellroy termine sa trilogie sur l'Amérique des années 60-70. Underworld U.S.A. commence en 1968, année des assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy et court jusqu'en 1972. Comme toujours avec Ellroy, il est compliqué de résumer... Disons juste que nous suivons un agent du F.B.I., un homme d'affaires lié à la mafia, et un jeune détective, de L.A. à Cuba. Que cette ambitieuse fresque politique dévoile les dessous pas franchement affriolants du pouvoir américain, d'opérations de destabilisation du mouvement des droits civiques en opérations de blanchiment d'argent mafieux à l'échelle internationale. Mais comme toujours avec Ellroy, c'est énorme, mais aussi nerveux, addictif et brillant. En multipliant les personnages et les points de vue il nous étourdit pour mieux nous faire comprendre la complexité et la fureur de cette époque. Dans cette frénésie, deux figures opposées ressortent, Hoover, l'éminence grise, le grand manipulateur paranoïaque, et Joan, la déesse rouge, la reine des bandits. De quoi vous faire rêver, ou cauchemarder.