CE QUE JE SAIS DE VERA CANDIDA - Véronique Ovaldé
Sélectionné Par Yves -- 31 août 2009
Roman après roman, Véronique Ovaldé construit une oeuvre singulière et attachante, qui rencontre un succès public et critique croissant. Dans Ce que je sais de Vera Candida, son 6ème opus, on retrouve l'univers cher à l'auteur, qui tisse habilement sa toile entre rêve et réalité et nous enchante. Nulle recherche de vraisemblance dans la description de "son" Amérique Latine, au contraire elle joue à plaisir avec les clichés, emprunte à l'imagerie tout droit sortie des romans du réalisme magique : aventuriers, palais qui tombent en ruines, ne manquent que les perroquets... et peut-être bien qu'ils y sont à la réflexion ! L'essentiel, c'est que cela sert admirablement l'histoire, celle de Vera Candida, jeune femme insoumise qui quitte son île natale pour aller sur le continent échapper au destin familial. Si vous appréciez l'oeuvre de Véronique Ovaldé, son dernier roman ne vous décevra pas... et sinon, c'est l'occasion rêvée de la découvrir.
l'Olivier - 19 euros
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Ce gros pavé a paru il y a quelques mois déjà (en janvier 2009 pour être précis), mais c'est seulement cette semaine que j'ai pris le temps d'ouvrir le service de presse qui traînait au pied de mon lit. Depuis, je n'arrive pas à m'en déscotcher, malgré les nouveautés, nombreuses et intéressantes, qui s'empilent et n'attendent que d'être lues...
Pour les 85 ans de son père, Ludivine Beuzadoc a choisi un cadeau un peu particulier. Quand elle était petite, chaque soir, il lui racontait ses souvenirs de guerre. Emue et fière de ce dernier, elle souhaite lui offrir ses mémoires pour que son passé glorieux au sein de la résistance soit enfin reconnu. Elle fait alors appel à Marcel Frémeaux, un biographe familial. Commencent alors des visites hebdomadaires chez le vieil homme, des confidences souvent douloureuses, des souvenirs flous, des confusions... Ces rencontres un peu laborieuses au début vont devenir presque amicales, puis des détails vont petit à petit troubler et déranger cet ancien journaliste... Pour la première fois, Marcel Fremeaux n'y arrive pas : il est bloqué dans sa retranscription, ne parvient pas à rédiger. Est-ce ses doutes sur la véracité des propos du vieil homme ? Ou plutôt toutes les similitudes entre la vie de cet ancien résistant et celle de son père ? Ou ses regrets, de n'avoir jamais parlé avec son père, décédé depuis peu ?
Un nouveau roman de Sorj Chalandon (La promesse, Prix Médicis 2006) sur la relation père-fils. Un beau texte émouvant, une réflexion sur le devoir de mémoire.
Sable blanc, palmier et mer turquoise : Palm Island, à quelques encablures de la côte nord-est australienne, état du queensland, collerait assez à l'idée qu'on se fait du paradis sous nos latitudes. On est en fait au coeur de "l'Australie Noire", où les aborigènes (1% de la population australienne) sont majoritaires. Chris Hurley, la trentaine, est le brigadier-chef de l'île. En clair, c'est le flic number one sur Palm Island, chargé d'assurer l'ordre. Tâche compliquée car Palm Island est un concentré des maux qui rongent l'Australie aborigène : alcoolisme généralisé, perte des repères culturels, violences conjugales, problèmes de santé publique, délinquance... Un jour, Chris Hurley coffre un type qui fait du grabuge dans la rue et l'insulte. Rien que de très habituel, sauf que le jeune aborigène meurt dans sa cellule, victime de brutalités. Racisme ordinaire ? Accident regrettable ? Chloe Hooper qui n'a, dit-elle, "jamais vu un aborigène sauf à la télévision" suit l'instruction, puis le procès qui va opposer les deux communautés. Car la situation est moins claire qu'il n'y paraît. Si Hurley s'embrouille dans sa défense et change de versions, il n'a pas le profil du salaud type, et la victime encore moins celui du gendre idéal... Grand Homme, qui se lit comme un roman, donne à voir une Australie loin de l'image qu'on s'en fait, ou plutôt deux Australies, tant le Sud développé et le Nord du bush semblent deux pays différents que tout oppose. Un livre-reportage remarquable et très documenté, sur un fait divers qui a passionné l'Australie.
Ava et le narrateur vivent une passion hors du commun. de celles qu'on a du mal à faire tenir dans les cases formatées qu'on nomme amour ou amitié. Complices intellectuels, amants, amis, frères et soeurs, Ava et "je", le narrateur sont tout cela successivement et en même temps. Leur passion, née sur les bancs de la Sorbonne durera vingt ans, avec des hauts et des bas, jusqu'au décès d'Ava. Mais cette passion n'est pas de celles qui s'éteignent. De nous être quittés, nous nous sommes toujours retrouvés, dit Je. J'aimerais n'avoir aucun doute sur la question : nous remarcherons ensemble dans les rues du temps.
Bien qu'il s'agisse d'un premier roman traduit, Netherland débarque chez nous précédé d'une flatteuse réputation, grâce à Barack Obama himself qui en recommanda la lecture à ses concitoyens. Preuve d'un goût très sûr, car le livre de Joseph O'Neill est un grand roman, une lecture marquante.
L'action se déroule dans les quelques mois qui suivent le 11 Septembre. Hans, le narrateur, est hollandais de naissance et a construit sa vie à Manhattan. Une famille unie, un enfant choyé, un job qu'on imagine très rémunérateur, cet équilibre et ce bonheur tranquilles sont mis cul-par-dessus tête par les secousses consécutives à l'attaque du 9/11. La vie de Hans vacille à l'image des deux tours. Obligé de quitter le bel appartement situé dans une zone devenue inhabitable, Hans trouve refuge dans un hôtel improbable, espèce d'arche de Noé peuplée de créatures étranges ou effrayantes, aussi perdues que lui. Surtout, sa femme ne supporte plus le climat délétère de l'après-catastrophe et retourne dans sa Grande-Bretagne natale, accompagnée de leur fils. Rupture temporaire ou définitive ? Les visites bi-mensuelles qu'il fait à sa famille ne font que rendre la séparation un peu plus probable. Son nouvel état de célibataire laisse à Hans beaucoup de temps libre. Un temps libre qu'il met à profit pour réactiver une vieille passion pour le cricket, ce qui lui permettra de lier connaissance avec Chuck, personnage énigmatique et flamboyant, homme d'affaires et/ou mythomane.
Netherland, c'est littéralement le récit d'une crise, un entre-deux de quelques mois dans la vie d'un homme, dans une société elle-même déboussolée et qui peine à trouver de nouvelles marques. Un roman qui éclaire l'âme humaine en gardant une part de mystère. C'est superbe, et en ce qui me concerne, c'est LE roman étranger de cette rentrée.
C'était en 1974, et les Tours Jumelles étaient à peine sorties de terre qu'un funambule s'amusait à les relier, balancier à la main, au nez et à la barbe de la police. Ce fait divers réel, sert - c'est le cas de le dire - de fil directeur au roman de Column McCann. L'irlandais, lui même New-Yorkais d'adoption utilise cet événement extraordinaire comme porte d'entrée pour nous faire pénétrer dans le quotidien de personnages ordinaires, de tout âge et de toute condition, au coeur du New-York des années 70. On croise ainsi un prêtre irlandais apportant son soutien aux prostituées, une femme de la grande bourgeoisie qui ne se remet pas de la perte de son fils mort au Vietnam, une jeune peintre qui veut donner un nouveau souffle à sa carrière.
Chandni Chowk est la principale artère commerciale d'Old Delhi, et le théâtre choisi par Sujit Saraf pour planter le décor de son premier roman. Comme le piéton qui se hasarde dans Chandni Chowk, le lecteur risque d'être d'abord asphyxié par le débordement de vie et le très grand nombre de personnages qui déboulent du roman. (L'éditeur a la bonne idée de proposer un marque-page qui reprend la liste et un rapide descriptif des principaux personnages : essayez de ne pas le perdre !).
Anna Song qualifiée comme "la plus grande pianiste vivante dont personne n'a jamais entendu parler" a connu son heure de gloire quelques temps avant de décéder en 2008 à l'âge de 49 ans. La presse spécialisée et les amateurs de musique classique s'extasiaient alors devant une impressionnante discographie (102 CD comprenant l'intégralité des plus grands compositeurs: Bach, Mozart, Haydn...) produite alors qu'Anna Song était gravement malade. Trop longtemps négligée par ses pairs, cette dernière avait tout pour séduire le public et susciter l'intérêt.
Un biographe raconte la vie de Pavel Munch, un sculpteur aujourd'hui disparu. Présentée comme une enquête, cette biographie fictive est une belle réflexion sur la création. Le narrateur s'amuse à fouiller dans le passé de l'artiste et à rechercher les moindres détails : l'absence de sa mère, la découverte de sa sexualité à l'internat, son attirance pour les hommes, ses rencontres, ses premières créations (des figurines réalisées dans de la boue que l'artiste dégustait par la suite...), son ascension rapide, son rapport au corps et à la matière...
Pavel Munch est un héros attachant malgré son côté provocateur et dérangeant. Grâce à une confiance totale en lui, ce génie se sent libre et capable de tout. Génant pour certains, prétentieux pour d'autres, il ne peut laisser indifférent. Au fil de la lecture d'ailleurs, on se rend vite compte que même le narrateur a été littéralement séduit et troublé par le personnage. Mais qui est-il vraiment ? Quel est son lien avec l'artiste ? Que cherche vraiment le biographe ? Tout laisse supposer qu'il pourrait être son double, l'un dans l'écriture et l'autre dans la sculpture...
Michel a 12 ans en 1959 ; il est un élève médiocre, et pire encore en maths, à Henri IV mais joue au babyfoot comme un virtuose. Au Balto, à Denfert, il va passer du baby au club d'échecs de l'arrière-salle, celui des incorrigibles optimistes, qui rassemble des émigrés de l'Est. L'apprenti joueur devient leur confident et ami et recueille leurs histoires d'exil.
Dans Faire l'amour, Jean-Philippe Toussaint nous faisait partager une rupture amoureuse, la dernière nuit d'amour d'un couple. La Vérité sur Marie est en quelque sorte la suite. Dans ce nouveau récit, nous assistons à "l'après" séparation.
Vous souvenez vous de Daniel Sempere, de la bibliothèque des livres oubliés et de Mr Barcelo ?
J'invite ceux qui ont des idées préconçues sur la bande dessinée asiatique à jeter un oeil sur ce nouvel auteur originaire de Corée du Sud. Outre son trait très dense, ses cadrages inaccoutumés, et ses allers-retours entre réalisme et onirisme, on se passionne pour l'itinéraire de ce charmant looser (auteur de bande dessinée). Avant de quitter la ville pour rejoindre un ami qui s'est retiré loin de tout, l'auteur revient sur son quotidien à Séoul. Il est plus que désargenté : il ne mange que des oeufs et n'a pas payé son loyer depuis bien longtemps. Il prend donc le chemin de l'agence d'interim où il fait la connaissance d'ouvriers journaliers qui comme lui essaient de s'en sortir grâce aux travaux de chantier. Kim Su-Bak dépeint la société coréenne à travers ces marginaux, tous chargés d'une histoire tantôt burlesque tantôt pathétique. L'ensemble est brillant, voire plus, et le second volume est attendu avec impatience.