BOTTOMLESS BELLY BUTTON - Dash Shaw
Sélectionné Par Juliette -- 18 décembre 2008
Dans la maison familiale de bord de mer, un couple de septuagénaires annonce à ses enfants et petits-enfants leur divorce. "Parce qu'ils ne s'aiment plus" expliquent-ils laconiquement. Le récit est concentré sur ce dernier séjour où ils sont tous réunis, et où chacun réagit différemment. L'aîné refuse cette séparation et fouille la maison pour trouver une raison ou un indice, la cadette, elle-même divorcée, est renvoyée à sa propre solitude et le benjamin cherche à exister, en dehors de cet espace étouffant et réducteur.
Encore une chronique familiale, et pi gaie en plus, et pi discrète avec ça ; pensez-vous 700 pages... Alors on passe sur ces réticences épidermiques et on plonge dans ce pavé les yeux fermés. Enfin ouverts, c'est tout de même mieux. L'originalité de Shaw réside tout d'abord son travail sur les détails, les impressions, les sensations, et comment les rendre par le dessin et l'écriture. Les pages sur les différentes textures du sable sont de petits instantanés très évocateurs. Par contre, Shaw a choisi de ne pas analyser, expliquer ses personnages, il les laisse parler, glisse des indices et laisse au lecteur sa propre interprétation. A vous d'y revenir et de me relire pour y approfondir votre compréhension des personnages, semble-t-il nous dire. Tout le plaisir est pour nous.
Cà & là - 30 €
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Oubliez Disney et même Collodi : le Pinocchio nouveau de Winshluss n'a que peu de chose à voir avec ses honorables prédécesseurs. La baleine est un poisson qui a trop mangé de déchets nucléaires, Gepetto un ingénieur qui veut vendre ses inventions à l'armée, Jiminy un cafard alcoolique qui a le cafard. Et Pinocchio un robot au fort potentiel de destruction. A déconseiller aux enfants donc, mais si vous avez l'âge légal, n'hésitez pas. Outre une adaptation corrosive et cynique (quelques grammes de trash dans un monde de niaiseux...la digression sur Blanche-Neige est tout simplement jubilatoire), on ne peut que reconnaître la qualité de dessin, de couleurs et l'objet lui-même. Mention spéciale pour les compositions en pleine page.
Eléazard est un correspondant de presse français qui vit depuis des années au Brésil. Si son travail est d'observer et d'analyser le monde qui l'entoure, il poursuit une lubie bien personnelle, à savoir recueillir tous les documents ayant un lien avec Athanase Kircher, un jésuite polygraphe du XVIIe siècle. L'ex-femme d'Eléazard est paléontologue et remonte le fleuve pour trouver une carrière de précieux fossiles, mais l'expédition tourne mal. Moéma, fille d'Elaine et Eléazard, est une étudiante en ethnologie dont la naïveté ou l'idéalisme sont battus en brèche par des rencontres, et des substances, nocives.

Très belle réussite que l'album de cet auteur italien dont c'est, sauf erreur de ma part, la première traduction en français. Graphiquement, c'est somptueux. Le trait d'Andrea Bruno rappelle un peu celui de Munoz, celui des premiers Alack Sinner. L'album, d'environ 80 pages, se présente sous la forme d'une succession de vignettes en noir et blanc, qui prises isolément, constituent autant de tableaux super travaillés. Ce choix graphique convient admirablement bien à un récit plutôt saccadé, voire elliptique, à l'atmosphère crépusculaire. On se trouve dans un pays dévasté, qui ressemble au nord de l'Italie, mais pourrait être n'importe quel pays livré à la guerre civile. Le protagoniste est déserteur d'une armée régulière qu'on imagine en déroute; il arrive dans une grande ville (Milan ?) livrée à une milice composée de séminaristes, qui multiplie les exactions. Dans cette Italie post-berlusconienne, tout part en capilotade sauf les spectacles et la sacro-sainte coupe du monde de football dont les échos résonnent de manière absurde dans ce monde en ruines. Un récit coup de poing, étrange et violent, et un nouvel auteur qu'il faudra suivre de très près.
Fans de l'humeur absurde tendance Glen Baxter ou Pierre la Police (en moins trash), jetez-vous sur ce superbe album tout juste sorti des cartons. Vous y retrouverez de grands acteurs injustement oubliés (Snake and Bacon, justement), des super-héros pas encore pillés par Hollywood (Caleçon-sur-la-tête man). Vous vous réjouirez à la lecture du journal sexuel de Roger Daltrey, et découvrirez le monde fascinant de ce vieux farceur
de Pablo Picasso (période cubiste). Et si vous êtes sage, vous ferez peut-être même un tour de dirigeable sexuel et apprendrez à influencer les crapauds. Hilarant ou totalement débile, et peut-être même les deux à la fois