THE AUTOBIOGRAPHY OF A MITROLL - Bouzard
Sélectionné Par Juliette -- 29 novembre 2008
Entrez dans le fan-club de Bouzard, si vous n'en faites pas déjà partie : le bon bougre vit a là campagne, avec sa copine, ses potes et son con de chien (Flopi, l'alter ego canin comique), que vous avez le bonheur de déjà connaître si vous avez feuilleté sa série aux Requins Marteaux (The Autobiography of me too, of me too two, of me too free like a bird). Mais voilà que sa mère va lui révéler la vérité sur ses origines et son père.
La qualité des bandes dessinées de Bouzard réside dans ce mélange réussi d'humour Fluide Glacial et d'ironie sur son propre personnage et sur la bande dessinée. De la boutade donc, du running gag même, mais originaux et pas vulgaires. Et franchement efficaces pour pimenter votre morose hiver de fous rires compulsifs. Merci Flopi.
Dargaud Poisson Pilote - 10,40 €
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Triste flic est le premier roman de Hugo Hamilton que je lis (il est surtout connu pour Sang impur, prix Femina étranger en 2004) mais ce n'est certainement pas le dernier, tant j'ai été séduit par la beauté de la langue et l'univers très personnel de l'auteur. Triste flic se déroule dans une ville de Dublin ouverte à la mondialisation, qui pète de fierté de de se découvrir l'ultime eldorado du vieux continent. Cette exaltation, Pat Coyne ne la partage pas. Ex-flic mis sur la touche après une vilaine blessure, il traîne son mal de vivre entre un divorce mal digéré et un fils adolescent qui lui donne pas mal de soucis. Ce dernier, un soir de cuite, a volé l'argent d'un passeur qui fait entrer des travailleurs clandestins en Irlande. Emmerdes en perspective, qui ne tardent effectivement pas. On est ici dans la meilleure tradition du roman noir, où l'analyse du milieu social importe plus que la résolution de l'énigme. Un très bon choix de lecture, si vos goûts vous portent vers le roman social.
Désinvolture et légéreté, humour et décalage : c'est pour cela qu'on aime Jean Echenoz, écrivain hyper talentueux et déconcertant. Après s'être intéressé à Maurice Ravel, Echenoz persiste, avec Zatopek, dans la voie de la biographie librement inspirée; je ne sais comment qualifier ce genre littéraire, à supposer qu'on soit tenu de le faire. Car Emile, ce n'est pas Emil, pas complètement en tout cas, mais Emil, je ne le connais pas, ou alors sur photos, quelques vieux extraits de film en noir et blanc, l'idole de mon grand-père peut-être. L'Emile de Jean Echenoz est bien vivant, et je me sens proche de lui. Anti Forest Gump, il traverse les périodes sans se désintéresser de la vie, qui ne se limite pas à la piste cendrée. Incarnation du working class hero, idole de la nation, il finira archiviste pour avoir refusé d'avaler toutes les couleuvres. J'ignore ce qui relève de la vérité historique, et ce que le récit doit à l'imagination d'Echenoz. Mais Emile est diablement vivant, et n'est-ce pas le plus important ? Un grand roman.
Sacré casting ! A l'exception de Pierre Beregovoy et de Jacques Chirac, l'auteur a interviewé l'ensemble des premiers ministres de Pierre Messmer à François Fillon. A part Chaban et Georges Pompidou, si je n'écris pas de bêtises, on a donc l'ensemble des locataires de Matignon sous la Vème République. Les plus rangés des voitures sont -forcément- ceux qui se déboutonnent le plus; entendre Michel Rocard évoquer la rouerie miterrandienne et le fameux déjeuner où le président joue au chat et à la souris avec Beregovoy avant de nommer Rocard à Matignon est proprement hallucinant. Les apartés de Chirac avec Raymond Barre après un déjeuner partagé par les deux couples (en substance, je vais vous traîner dans la boue, Raymond, mais n'y voyez rien de personnel) valent aussi leur pesant de cacahouettes. Si vous ne sautez pas les pages politiques de votre quotidien, si vous êtes un lecteur assidu du canard, si vous ne détestez pas écouter les revues de presse politiques en vous rasant le matin (même sans intention particulière), je prends le pari que le livre de Raphaëlle Bacqué vous passionnera.
On vous avait dit l'année dernière tout le bien qu'on pensait de Kaboul disco, et bien figurez-vous que le second tome (l'auteur annonce déjà une suite) est encore plus réussi. Pour ceux et celles qui auraient raté l'épisode précédent, rappelons que le jeune dessinateur Nicolas Wild s'est trouvé un CDD pas banal, puisqu'il est parti travailler à Kaboul avec pour mission d'adapter en images la constitution afghane, afin de la faire mieux connaître à une population en grande partie analphabète. Cette mission remplie, Nicolas Wild s'attaque maintenant a un autre défi de taille puisqu'il s'agit de décourager les paysans afghans de s'adonner à la culture de l'opium, en leur délivrant des messages bien sentis. L'album navigue ainsi entre chronique au quotidien de la vie de la petite équipe (Nicolas a quelques nouveaux compagnons, dont un argentin bien destroy et très marrant) et un descriptif des soubresauts que connaît le pays. Pour qui en douterait, ce n'est pas de tout repos de travailler à Kaboul, même pour un expat'. Sans jamais s'ériger en donneur de leçons, Nicolas Wild délivre un témignage qui permet de saisir la réalité d'une situation pour le moins complexe (les paysans qui n'avaient jamais cultiver l'opium se mettent à le faire de manière à bénéficier des aides qu'on leur accordera quand ils cesseront de le faire=> plus on lutte contre la drogue, plus on l'encourage !). Dans le domaine désormais assez riche de la BD documentaire, Kaboul disco mérite de figurer aux toutes premières places, entre Joe Sacco et le Delisle de Pyongyang.
Boulet, auteur de BD de son état, a un blog (très rigolo) depuis trois ou quatre ans et il a eu la bonne idée de sortir en album sa première année de production. Il y est beaucoup question de festivals BD, de la race honnie entre toutes des collectionneurs de dédicaces, mais aussi de raclettes qui pourrissent pendant des mois au fond du frigo, du complot mondial engagé contre l'auteur par la SNCF et les vendeurs de Surcouf. C'est franchement drôle et très varié, et cela devrait vous donner envie de vous précipiter sur le blog (sans oublier cependant d'acheter la BD, infiniment plus pratique pour lire au lit). On vous met l'adresse du site de Boulet dans les favoris situés sur la page Liens.
Souvenirs, souvenirs ... Dans le premier volume, vous aviez rencontré un petit bonhomme nommé Christian, accroc au western et à Docteur Justice. Dans le second tome qui vient de paraître à l'Association, le petit Christian a grandi et nous raconte ses exploits prépubères (l'entrée au collège) et sa découverte du continent féminin : heureusement, Steve McQueen et Marlon Brando veillent au grain.
Arthur, jeune orphelin britannique, se retrouve seul, dans un bateau, direction l’Australie, comme des milliers d’autres enfants en 1947, avec pour seul bien personnel, une clé confiée par sa sœur le jour de son départ. Michael Morpurgo nous raconte avec talent, son arrivée dans ce nouveau pays, toutes les difficultés qu’il a rencontrées et surmontées, ses rares moments de joie, ses rencontres et surtout sa passion pour la mer. Son souhait le plus cher sera, tout au long de sa vie, de retrouver sa sœur et d’élucider le mystère de la clé. Et à sa mort, ce sera sa fille qui reprendra la recherche… Un roman magnifique, émouvant, écrit à deux voix, celle d'Arthur, puis celle d'Allie dans la seconde partie. Michael Morpurgo s'est inspiré de faits réels, ce qui rend les aventures d'Arthur encore plus captivantes!
Il est en vacances au bord de la mer avec femme et enfants, mais son esprit est ailleurs. Elle est âgée, vit seule avec sa sœur et ne souhaite qu’une chose : raconter sa vie, son départ pour l’Arizona avec son père pendant la seconde guerre mondiale, sa rencontre avec André Breton, leur fascination pour les indiens Hopi… Le hasard va les réunir, et chacun aura besoin de l’autre, l’un pour fuir son quotidien et l’autre pour se dévoiler. Une rencontre bouleversante, touchante, instructive, unique, une de ces rencontres marquantes que l’on n’oublie pas de sitôt !
Rosie retourne en Irlande, avec ses 55 ans et une vie remplie de voyages, de livres, d'amours. La femme accomplie et indépendante revient prendre soin de sa tante Min qui l'éleva et avec qui elle entretient une relation complice mais compliquée. Un voyage à New York plus tard, la vieille tante retrouve une seconde jeunesse américaine et Rosie rentre seule dans son village natal.
Mizuki quitte le monde des fantômes et des esprits qui nous l'ont fait connaître (Kitaro le repoussant, Nonnonba...) pour celui bien réel de la guerre et de ses horreurs. Il livre ici un récit très largement autobiographique, écrit en 1991 et édité aujourd'hui en français par les éditions Cornelius. Nous sommes à la fin du conflit qui oppose le Japon aux Etats-Unis, dans cette guerre du Pacifique que le Japon ne peut plus gagner. Impossible de se rendre pourtant, car c'est subir le déshonneur et -surtout- le faire subir à toute sa famille. Au nom de ce code de l'honneur délirant, les officiers vont envoyer à une mort certaine des bataillons entiers de pauvres trouffions terrorisés. Mizuki était l'un d'eux. Il a eu la chance d'en réchapper mais a laissé un bras dans l'aventure. Opération mort est le pendant BD du magnifique roman de Ooka (Les feux, 15 € chez Autrement), au même titre que C'était la guerre des tranchées de Tardi (Casterman,17 €) fait écho à A l'ouest, rien de nouveau de Remarque ou au récit de Barbusse Le feu. En d'autres termes, c'est une lecture indispensable.
"Encore un livre sur la Première Guerre Mondiale !" Non non non détrompez-vous ! L'ouvrage réédité ici par les éditions Le Dilettante n'est pas un livre de plus, mais un extraordinaire témoignage riche, intéressant et d'une vérité à faire pâlir les plus sceptiques.