B comme… BANDEAU

Mon petit préféré. Pas de grande résolution pour cette année, mais une volonté farouche de continuer à aborder les problèmes de fond qui agitent le bocal de votre humble libraire. Je commence donc par un point absolument essentiel, les bandeaux. Vous savez, ces bandelettes de papier qui ornent la couverture d’un livre et dont l’inflation m’inquiète. A l’origine, j’imagine que l’objet du délit servait surtout à indiquer un prix littéraire, et la couleur choisie, le rouge sang, célébrait, après l'âpre lutte, cette glorieuse et stratégique victoire. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser inévitablement au label rouge du boucher d’à côté ; label qualité supérieure, élevé au grain et en plein air. La faute à la proximité de dates entre le salon du livre et le salon de l’agriculture ? Notons que la chose a une évidente efficacité commerciale ; parfois un peu trop. Certains clients veulent impérativement le prix Goncourt, sans se préoccuper le moins du monde de la teneur de l’ouvrage, mais en exigeant un bandeau impeccable. La tentation est grande pour le vil commerçant de coller sur toutes les piles de la table littérature un bandeau Prix Goncourt. Mais inutile de se fatiguer, les éditeurs ont pourvu à ce problème, et enrobent à tour de bras leur production. A se demander même pourquoi certains n’en ont pas. Je reste sceptique devant ces appendices de papier qui sont censés rehausser la maquette d’une couvrante d’une information pertinente, genre le nom de l’auteur ; j’aime bien ceux qui présentent une photo de l’auteur. Le mignon minois de cette jolie écrivaine est-il vraiment un argument littéraire ? Il y a les bandeaux qui se veulent accrocheurs, avec à l’appui citation(s)…

1 commentaire

B comme… BANQUE

On s'éclate comme des dingues avec votre pognon ! Parmi les joyeusetés qui guettent le créateur d’entreprise en général et le futur libraire en particulier, aucune ne surpasse en potentielles désillusions la visite aux banques. Personnellement, j’ai vécu à cette occasion certains des moments les plus humiliants de ma vie professionnelle, navrante épopée dont je vais vous narrer les meilleurs moments, vu que je n’ai ni l’envie ni les moyens de me payer une psychothérapie. Et puis, cela consolera ceux que cela ne fait pas rire. Je précise qu’avant d’ouvrir Les Buveurs d’Encre, j’ai travaillé pendant douze ans comme concepteur-rédacteur free lance pour des agences de pub. Juste pour dire que les types qui s’assoient sur le Moi Profond de leur interlocuteur, j’en ai croisé quelques-uns. Rarement cependant, même par les pubeux les plus désagréables, j’ai eu l’impression d’être à ce point traité comme un vulgaire étron. « Mais, tu dois te tromper, ami libraire. Le banquier, c’est plus qu’un pote, presque un frère. Il suffit d’ouvrir le journal ou d’allumer cette chère vieille chose qu’on appelle une radio pour en avoir confirmation». Sûr qu’entre les banquiers qui vous accompagnent et ceux qui restent à vos côtés, c’est à peine si vous pouvez aller pisser tranquille. L’avantage, c’est que si un jour vous avez des revers de fortune, si votre famille vous rejette, si vos enfants vous renient, si même votre chien menace de vous mordre, vous savez qu’il vous reste un ami, un seul, un vrai : votre banquier. Les banques dépensent des fortunes pour faire passer ce message un tantinet primaire. J’ai contribué à sa diffusion, et j’en ai largement profité. Je ne le regrette pas, mais si j’avais…

1 commentaire

B comme… BRICOLAGE

Quel bonheur d'avoir un libraire bricoleur ! La librairie est un petit théâtre, vous diront les libraires lyriques et satisfaits. De fait, le quotidien peut avoir des allures de vaudeville (le samedi en septembre), un air de grosse production de Broadway (le 24 décembre) ou des relents beckettiens (un lundi au mois d’août). Mais loin de diriger l’ensemble, le libraire, même lyrique, n’est que le régisseur. Les mains qui tournent frénétiquement les pages de romans, de bandes dessinées, d’albums jeunesse, d’essais ne sont pas de délicates menottes mais bien des pognes calleuses et habiles, qui se précipitent sur la trousse à outils dès qu’elles le peuvent, qui changent une ampoule plus vite qu’Edison, et rafistolent en sifflotant. On reconnaît un libraire dans l’œuf à son nombre de médailles scout, ou à sa collection de vidéos de MacGyver. Donc on bricole en librairie, et comme des chefs ; les éditeurs l’ont bien compris et n’hésitent donc plus à expédier des PLV. Ce poétique acronyme désigne les publicités sur le lieu de vente, à savoir tous les présentoirs et autres mobiles ou paravents que les plantureux départements marketing des maisons d’édition inventent pour mettre en valeur une énième collection. Elles arrivent en kit et avec un mode d’emploi, quand il est vraiment nécessaire, digne d’un haïku : bref, hermétique et à double sens. Livré à lui-même, le libraire laisse son instinct bricoleur le guider et réaliser ce merveilleux présentoir en carton à l’aide de 18 morceaux de carton strictement identiques, mais qui se plient aussi ingénieusement qu’un origami niveau expert olympique. Peut-être vous souvenez-vous aussi de cette charmante tour pour mettre en valeur une collection pour enfant, d’un mètre cinquante de haut et agrémentée en…

Commentaires fermés sur B comme… BRICOLAGE
Fermer le menu