M comme… MUSIQUE

  Allez, tous en choeur derrière nous. Malgré un intérêt certain pour les discomobiles, ma carrière de disc-jockey a avorté spontanément, et j’ai dû me rabattre sur la librairie. Mais nous revoilà tout de même confrontés à la question de l’ambiance musicale, car notre modeste échoppe est équipée d’un mange-disque. En fait il était même censé manger les ipods et les clés usb, ce qui réjouissaient les modernes que nous sommes, mais comme on a pris un truc Proline, l’engin s’avère être une fine bouche. Impossible de coller ma playlist d’enfer, 628 morceaux variés et élégants. Fine bouche, et dure d’oreille : la machine ne connaît pas vraiment la nuance dans le volume ; ou c’est fortissimo ou c’est silenzio radio. On a dû planquer les baffles très haut et les retourner contre le mur… Alors nous voilà retournés au XXe siècle et au bon vieux CD. Mais là, j’ai envie de dire, comme 60 millions de consommateurs, que choisir ? quel miel verser dans vos oreilles ? du jazz ? du rock ? de la chanson à textes ? du smooth trip hop ? de la world dansante ? dans le doute, et en l’absence d’étude convaincante sur le comportement des consommateurs en fonction des ambiances sonores, on met en général ce qu’on aime, et on apporte nos CD. Après tout, on est les premiers concernés. Et c’est là que ça se complique. D’abord parce qu’on est parfois flemmard, et qu’on rappuie sur le bouton play sans changer de disque. Ce qui fait qu’on peut écouter douze fois le même album. C’est beaucoup. Et même si vous avez une profonde admiration pour un artiste, douze fois, ça commence à sentir…

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E comme… ELECTRICITE

Libraire domptant la fée Electricité (allégorie). Longtemps, j’ai fait partie de ceux et celles qui vivaient sans s'interroger sur la différence profonde entre Watt, Volt, Ampère et autres chichiteries du même type. En matière d’électricité, ma compétence technique se limitait à reconnaître les grandes familles d’ampoules, un œil exercé m’ayant vite permis de distinguer « celles qui se vissent » de « celles qui se vissent pas » , les ampoules à gros culs et celles qui disposent d’une attache plus fine. Riche ce bagage technique, j’évoluais dans le rayon Equipement du Shopi avec l’assurance et la désinvolture d’un vieil esquimau arpentant son coin de banquise. Si cet esquimau, justement, dispose de trente ou quarante mots pour apprécier la qualité de la neige et ses subtiles nuances, c’est qu’il en éprouve la nécessité, n’est-ce pas ? Pas la peine d’en faire tout un fromage. Aussi rudimentaire qu’elle paraisse, ma compétence technique et lexicale en matière d’électricité répondait parfaitement au niveau d’exigence de ma vie quotidienne. N’étant pas de la race de ceux dont la curiosité nous permit de nous extirper un beau matin de nos cavernes froides, humides et sombres (que ces ingénieux ancêtres en soient au passage remerciés), j’avais déclaré l’affaire classée. Restait le problème des plombs, évidemment. Cette survivance d’un autre âge. Problème que j’ai réglé avec mon élégance coutumière en déléguant à ma compagne la responsabilité exclusive de l’approvisionnement et du changement de ces petites saloperies. A l’heure de la normalisation tous azimuts, je ne m’explique d’ailleurs pas comment, au sein de l’une des sous-commissions européennes concernées, l’un quelconque des sous-commissaires compétents, n’a pas trouvé, entre deux calibrages de patates, le temps nécessaire pour standardiser ce merdier une…

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C comme… chantier

Un casque, une moustache, une masse : la mélodie du bonheur. Si vous êtes client, vous avez remarqué qu’en face de la librairie le marché Sécrétan (une chouette halle Baltard, pour ceux qui ne sont pas clients) est en pleine rénovation. Depuis 2 ans. Et que l’immeuble qui fait l’angle de la rue de Meaux et de l’avenue Sécrétan est en réfection. Depuis 2 ans. Dans le top 3 de mes sujets de conversation de commerçant, le(s) chantier(s) est (sont) passé(s) devant la météo et les vacances. Je suis aux premières loges, car je n’ai qu’à glisser un regard au dessus du PC de la caisse, à couler une œillade par la vitrine, pour admirer l’avancement des travaux. Voir le ballet des nacelles et des pelleteuses. Contempler le spectacle de funambule des couvreurs. M’enthousiasmer pour l’érection d’une paroi de béton… bon je deviens lyrique et je m’égare, mais vous l’aurez compris, ce chantier a plus qu’un peu bouleversé notre petite vie tranquille. Présentée comme l’arlésienne du quartier, la rénovation de la halle Sécrétan, c’est un peu le quitte ou double du coin. Je vous passe l’historique des appels d’offres, des consultations de riverains, des désistements d’investisseurs, des recours de commerçants du quartier pour empêcher les travaux… mais bon, le projet a fini par se faire : on garde la belle architecture, et on refait un lieu à vocation commerciale. Et hop, la tranquille rue de Meaux devient les Champs Elysées. Mais en attendant cet Eden commercial, on doit passer par la case travaux. Et il faut souffrir pour être belle, surtout quand on est centenaire et château-branlant. Je vous passe les diverses étapes de consolidation des sols, de décapage des structures,…

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S comme… SOIREES

Prochainement, Elvis chante les textes de Michel Houellebecq aux Buveurs d'encre. Accompagnement musical, Keith Richards (sous réserve). Non content d’être lecteur, boutiquier et même comptable à ses heures, aujourd’hui le libraire se doit d’avoir aussi des talents de G.O. Puisqu’il lui faut proposer à sa clientèle des « événements », selon le terme consacré. C’est la priorité du jour, l’horizon indépassable du commerce culturel indépendant, sa fierté, sa raison d’être face à Amazon, son ADN. Sans événements, vous passent sous le nez label LIR (équivalent de l’A.O.C pour la librairie indépendante), les sous du CNL (n’oubliez pas que nous sommes des pandas, donc on nous paie parfois une partie des bambous), la considération des éditeurs et de leurs représentants. Donc, on organise autant qu’on peut. Dix à quinze fois dans l’année, la librairie vous propose de passer nous voir pour autre chose qu’acheter des livres (mais vous pouvez aussi acheter des livres, hein. Carte bleue acceptée). La question, c’est « Que va-t-on bien pouvoir vous proposer ? » Parce que vous êtes insaisissables. Au bout de neuf ans de pratique, je ne suis pas tellement plus avancé sur ce qui est susceptible de vous faire venir. En gros, je sais que vous aimez la musique et que vous aimez danser. Les deux plus gros succès ont été enregistrés à l’occasion d’une soirée jazz en 2009, et plus récemment, en décembre dernier, pour une rencontre organisée avec Jacques Vassal, qui traduisait un ouvrage de John Lomax consacré aux racines du blues. 40 personnes pour assister à la présentation (même passionnante) du bouquin assez pointu d’un musicologue mort, agrémenté d’un petit concert de blues à la clef ; le traducteur et le libraire…

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C COMME CADEAU

Plaisir d'offrir, joie de recevoir un livre. Ou pire. Un nombre non négligeable d’entre vous rentre à la librairie avec la ferme intention de ressortir avec un livre dûment empaqueté dans un papier coloré ; Noël, anniversaires, fêtes des mères et des pères, un livre reste une excellente idée de cadeau, je suis bien d’accord avec vous, c’est chic et rarement bouchonné. Et pour saluer cette louable initiative, nous n’hésitons pas, lorsque vous passez à la caisse, à vous offrir à vous aussi un petit cadeau, puisque vraiment, vous l’avez mérité. Ce n’est pas que je suis pingre, mais ces petits cadeaux ne me coûtent pas grand-chose ; d’ailleurs on s’en attribue l’initiative, mais il faut bien reconnaître que derrière tout cela, ce sont les éditeurs. Qui d’ailleurs font des pieds et des mains pour se faire remarquer ; et comme toute bonne idée, quand on finit par en faire trop, c’est le grand n’importe quoi. L’idée de base, c’est de mettre en valeur le fond d’un catalogue, proposer aux libraires de commander un certain nombre de titres du dit catalogue et de proposer une prime au client. Mais j’ai une dent, presque un dentier même, contre les marketteux du livre qui pondent opérations commerciales sur opérations commerciales avec cadeau bonux en prime. La bonne idée classique, c’est le 3 pour le prix de 2 ; si vous achetez deux livres, on vous en offre un gratuit. Vous êtes censé faire mouche, surtout quand c’est une nouvelle inédite, ou un classique qui fait toujours plaisir. Par contre, les lots de gratuits contiennent toujours un vilain petit canard, un bouquin qu’on a honte de proposer au client. Du coup il me reste…

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S comme… STAGIAIRE

Des jeunes qui-n'en-veulent, on en veut ! Puisque grâce à la magie de l’internet, l’audience de ce site déborde aujourd’hui des limites du 19ème arrondissement, qu’elle s’étend de l’autre côté du périphérique et atteint des contrées sauvages et reculées, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler à ceux et celles qui nous connaissent par l’entremise de ce blog que notre librairie est cernée par les collèges. De ce fait, nous constituons une cible de choix pour les élèves des classes de 3ème, lors de la grande transhumance annuelle qui les mène de commerce en bureau à la recherche d’un lieu d’accueil où réaliser le fameux « stage en entreprise », avatar moderne du service national, puisque l’ensemble d’une classe d’âge y est soumis . Rappelons en quelques mots le principe de ce stage. Le collégien(ne) de 3ème est cruellement arraché(e) à son smartphone pour être plongé(e) dans le grand bain de la vie professionnelle, histoire d’y tremper un orteil pour voir l’effet que ça fait. L’immersion dure une semaine et doit permettre au collégien de prendre conscience du quotidien d’une entreprise. Arriver à peu près à l’heure, ne pas occuper la chaise du chef à la place du chef, tenir la porte aux vieilles dames, apprendre à partager ses Petits Lus, le genre de choses qui fait de nous des êtres civilisés. La difficile sélection des stagiaires Avec le nombre de demandes que nous recevons tout au long de l’année (avec un pic en février) nous pourrions sans problème pratiquer l’élevage industriel de stagiaires en batterie, ce qui toutefois n’entre pas dans nos projets, pas tant que l’Union Européenne ne proposera pas des subventions au moins égales à celle offertes pour l’élevage…

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P comme … PANDA

Ca pour faire le guignol sur un toboggan, il est doué. Mais pour s'occuper du rayon polar ? Quand on se retrouve à une soirée avec des trombines inconnues et qu’on se fait des ronds de jambe pour voir si on va danser ensemble le menuet un bout de temps, arrive assez vite sur le tapis la question du « Et tu fais quoi dans la vie ? ». En général, je ne mens pas, et dis la vérité dans toute sa splendeur : je suis libraire. L’avantage indéniable de la chose, c’est que ce métier est rapidement identifiable (une fois évacuée la confusion avec le métier de bibliothécaire tout de même), genre boucher ou postier. Ce n’est pas comme prestataire de services dans une SSII axée sur la programmation, ou digital manager d’une start up. Donc je dis que je suis libraire, et en général on me regarde avec étonnement, un petit soupir attendri (les gens aiment bien les livres, et donc les gens qui bossent dans le livre par contamination, même s’ils ne lisent pas), et le fatal « ça existe encore ? ». C’est là que je me sens comme un panda : on trouve le libraire mignon, mais voué à disparaître. Haro sur les fausses idées sur le métier de libraire. Non, je ne suis pas un panda. Tout d’abord, nous ne sommes pas en voie de disparition, du moins à Paris. Ce doit être la ville avec la plus importante densité de librairies indépendantes au mètre carré. C’est pas difficile, il y en a partout ; pas autant que des opticiens ou des chausseurs, certes, et sûrement pas aussi rentables, mais quand même on ne peut…

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R comme… REUNION DE RENTREE

Oh monsieur l'éditeur, vous nous avez gâtés. La librairie est ouverte de 10h à 19h30, comme vous le savez ; vous nous voyez de jour, mais savez-vous ce qui se passe le soir, quand votre libraire sort de sa tanière ? Je voulais raconter une autre tradition de libraire, qui anime ses soirées de printemps : au mois de mai et de juin, c’est le grand bal des éditeurs. Tout commence par cette histoire de rentrée littéraire, qui affole tant le petit milieu de l’édition. Au printemps, les éditeurs se démènent pour que les journalistes et les libraires lisent leurs livres, et n’hésitent pas à sortir le grand jeu. On reçoit dès le mois d’avril des cartons d’invitation de la part d’un nombre grandissant d’éditeurs. Notons la variété des propositions : petit-déjeuner, brunch, déjeuner, cocktail, dîner, sur un bateau, dans un jardin d’hôtel particulier, dans un théâtre, au musée, à table ou buffet. Si je me débrouille bien, je ne fais même plus les courses pour remplir mon frigo, les éditeurs pourvoient à tous mes besoins nutritionnels journaliers. En connaissance de cause, je me rends à certaines réunions plus pour leur buffet que leurs livres ; ce qui ne veut cependant pas dire que je lirai et défendrai plus ces livres, même si je me souviens avec tendresse d’un canapé au magret de canard. Je ne suis pas affamée à ce point. A part se remplir le gosier, c’est aussi le moment de revoir ses consœurs et confrères libraires et autres connaissances du milieu éditorial. Quand on débute, cela ressemble à Qui est-ce ? (« mais si je la connais, brune, petit gabarit, cheveux courts, rire hors du commun, c’est ……

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N comme… NOTULE

Et applique-toi, petit sagouin. Quoique le terme ressemble méchamment à du jargon médical, je ne vais pas vous faire un exposé sur la perte de souplesse du genou chez le libraire de plus de 40 ans, non, je vais vous causer des petits mots, alias coups de cœur, alias petites notes de lectures, alias notules. C'est une apprentie qui a gentiment ajouter ce mot à mon vocabulaire, je ne vais pas m'en priver ; un libraire écrit des notules, un libraire est un notulateur. C'est une pratique très répandue chez le libraire d'apposer son commentaire sur la couverture d'un ouvrage apprécié (quoique certains libraires méprisent la chose, préférant l’improvisation perpétuelle ; mais ces vieux renards ont en général des décennies d’expérience, ce qui n’est pas mon cas); la notule a dès lors plusieurs fonctions, antisèche pour libraires en mal d'inspiration pour conseiller un client, incitation à la débauche pour clients timides qui n'osent pas demander à quel saint se vouer... et cela permet au libraire de la ramener, même quand on lui a rien demandé, ou qu'il est aphone. Sur la question technique, chaque librairie développe son savoir-faire. Certains libraires apposent un bandeau standardisé « lu & approuvé », qui a l’avantage de faire de belles tables harmonieuses, d'autres se fendent d'un texte en prose, tapuscrit ou manuscrit. Les Buveurs d'encre ont opté pour l'artisanat, avec le carton orange découpé plus ou moins droit et le texte écrit à la main. A nos clients d'exercer ensuite leurs talents d'épigraphistes, parfois mis à rude épreuve. Et vous appréciez en général ce petit mot personnalisé, et nous vous en remercions, parce que l'exercice est loin d'être évident ; comment être concis et alléchant…

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S comme… SAC PLASTIQUE

No comment. (et merci à Pénélope Bagieu) Est-ce que vous voulez un sac plastique ? Je pose la question plusieurs dizaines de fois par jour, bien que la plupart du temps, je puisse deviner la réponse, un peu comme ces marchands de souvenirs qui se targuent assez sottement mais avec raison de trouver la nationalité d’un touriste avant même que celui-ci ouvre la bouche. Quel est mon truc ? Honnêtement, je ne sais pas. L’expérience sans doute, toujours est-il que très vite, je peux dire à quelle famille vous appartenez. D’ailleurs, vous allez sans doute vous reconnaître… 1. Le saccuplastikophile (ou collectionneur de sacs plastiques, puisque toutes les perversions sont dans la nature) est un être suffisamment fascinant pour qu’on prenne la peine de lui consacrer deux sous-catégories. Nécessaire précaution, puisque comme le philatéliste, le saccuplatikophile moyen n’existe pas et s’épanouit dans les extrêmes. A l’instar de son lointain cousin (philatelistus commun), le saccuplastikophile courant a soit dépassé la soixantaine soit use encore les bancs du collège. Privilège de l’âge, intéressons-nous d’abord au saccuplastikophile senior, Il (elle, en fait, dans la majorité des cas) débarque à la librairie lourdement chargée de ses trophées du jour. L’œil exercé du libraire reconnaît sans peine au bras de la saccuplastikophile senior, le sac de la boucherie d’à côté, celui de la poissonnerie et des autres commerces du coin qui distribuent encore du pochon en veux-tu en voilà. Le livre qui fait l’objet de la transaction du jour tiendrait bien 12 fois dans le sac king size du magasin de chaussures (qui ne contient sans doute qu’une paire de chaussettes) mais je vais quand même poser la question dont, je vous l’ai dit, je connais…

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