Tous les articles par Yves

PARIS-AUSTERLITZ – RAPHAËL CHIRBES

 

Le narrateur, jeune  peintre espagnol qui a rompu les ponts avec sa famille, se souvient de sa relation avec Michel, ouvrier français de 30 ans son aîné, qui l’hébergea et avec  qui il vécut une relation intense.

Dans ce dernier roman, dont il commença l’écriture dans les années 90 et qu’il reprit peu de temps avant sa mort, le grand écrivain Rafaël Chirbes nous fait vivre avec beaucoup de sensibilité les différents stades d’une passion hors-norme, condamnée d’avance tant les deux protagonistes ont des conceptions  différentes de la vie. Le dénuement commun qui est à l’origine de leur rencontre ne peut masquer longtemps leurs aspirations contradictoires. Cette vie au jour le jour qui est le quotidien de Michel et le satisfait se révèle rapidement étouffante pour le narrateur, incapable par ailleurs de s’abandonner dans la relation totale et exclusive que semble réclamer son amant.  Un très beau roman, roman d’amour mais aussi roman social qui nous dit la peur de la solitude et du vieillissement, la difficulté à surmonter les différences pour vivre  l’idéal amoureux.

traduit de l’espagnol par Denise Laroutis

Rivages – 20 euros

mille ans après la guerre – carine fernandez

L’avis d’Eliette M :

Le roman d’une vie qui prend sa source en Extremadure pendant la Guerre d’Espagne. Le vieux Miguel quitte sa maison près de Tolède avec son chien Ramon et revient à Montepalomas, son village natal. Des souvenirs de la guerre civile émergent : l’assassinat de son frère Mediodia par les franquistes et lui, Medianoche, emprisonné pendant des années dans les camps. Le retour au village, englouti par les eaux d’un barrage, permet à Medianoche de se libérer de son double.

Les escales – 17.90 euros

BAKHITA – Veronique olmi

L’avis d’Eliette : Bakhita, c’est l’histoire bouleversante d’une petite fille enlevée à l’âge de 7 ans au Darfour pour devenir esclave au Soudan. Séparée de sa jumelle, de sa mère de tendresse , Bakhita ne survivra que par le don de soi et sa capacité à se souvenir de son enfance.

Le récit suit les étapes de cette vie incroyable : l’esclavage au Soudan, l’arrivée en Italie avec le Consul, puis le procès retentissant  à Venise -qui la rend libre- l’entrée dans les ordres jusqu’à sa mort en 1947 à l’âge de 78 ans. Bakhita sera déclarée sainte en 2000 par le pape Jean-Paul II.

Albin Michel – 22.90 euros

mon étincelle – Ali Zamir

par Eliette M.

Un conte comorien raconté, au cours d’un voyage en avion, par une jeune fille, Etincelle, qui se trouve partagée entre deux amours. Ali Zamir fait vivre des personnages aux noms drôlatiques : Douceur, Efferalgan, Vitamine, Calcium… et raconte dans des récits parallèles aux titres évocateurs (« Ma douleur, ma passion » ; « Douleurs au creux de la vague ») les histoires de sa mère et de son père.

Le tripode – 19 euros

mes pas vont ailleurs – Jean-luc Coatalem

L’avis d’Eliette M : le beau récit d’un romancier qui met ses pas dans ceux d’un autre. Jean-Luc Coatalem, journaliste et écrivain-voyageur- et Victor Segalen, médecin, explorateur et écrivain ont des attaches communes (La Bretagne), des lieux (La Chine, la Polynésie, des sensibilités  qui se font écho.

Mes pas vont ailleurs n’est pas un récit linéaire mais une alternance de voix, d’étapes tel un cheminement sensible vers la connaissance de soi.

Stock – 19.50 euros

28/09 rencontre-dédicace avec Michel Louyot, pour « Le voyage en prusse ».

Le voyage en Prusse de Michel Louyot vient de paraître aux éditions Complicités (15 euros).

 

Rencontre avec Michel Louyot jeudi 28 septembre à 19 heures 30

Jeudi, nous avons le plaisir de recevoir à la librairie Les Buveurs d’encre Michel Louyot qui nous présentera son dernier ouvrage Le voyage en Prusse. ( Editions Complicités).

Le voyage en Prusse fait le récit de trois histoires franco-allemandes. Celle de Florence et de Karl-Heinz rencontrés par l’écrivain à Berlin dans les années soixante-dix. Celle de Heinz et de Marcelle, la mère de Florence, invitée par la famille von Wussov à passer l’été 1910 dans leur propriété de Prusse orientale. Enfin, celle de l’auteur. Après avoir lu le Journal intime de Marcelle que lui a confié sa fille Florence, Michel Louyot s’en va sur ses traces quelque part entre Gdansk (Danzig) et Poznan (Posen) et découvre que son grand-père maternel l’y a précédé lors de la Première Guerre mondiale. Un récit qui traverse le temps et l’espace européens. Un hommage à l’amitié franco-allemande scellée dans la douleur après trois guerres meurtrières.

Une séance de dédicaces et un pot amical suivront la présentation de l’ouvrage.

ALEXANDRIN – Alain Kokor & Pascal Rabaté

Chic, voici Alexandrin, le nouvel album de  Rabaté (avec Alain Kokor au dessin),  une histoire touchante et drôle, tendre et poétique. Poète, Alexandrin de Vanneville l’est assurément. Vagabond des villes et des campagnes, il survit en toquant aux portes pour dire et vendre à qui veut les entendre ses créations poétiques, en alexandrins forcément.  Une existence précaire mais qui correspond à l’irrépressible besoin de liberté du poète solitaire. Un beau jour, le chemin d’Alexandrin croise celui de Kevin, gamin en fugue. Une amitié va naître, nourrie de rencontres, d’aventures et de mésaventures, de déambulations poétiques.

Le trait tout en douceur d’Alain Kokor, les teintes  pastel s’accordent admirablement au climat mélancolique de l’histoire imaginée par Rabaté. Un album à découvrir absolument et l’une des premières belles réussites de cette rentrée BD.

Futuropolis – 22 euros

LE JOUR D’AVANT – SORJ CHALANDON

Deux ans après le bouleversant Profession du père, Sorj Chalandon revient avec un roman tout aussi réussi, une histoire de vengeance et de culpabilité qui nous projette au cœur du monde de la mine, dans le Nord  des années 1970. Michel, un gamin d’une dizaine d’années, attend avec  impatience le jour où il pourra descendre « au fond » travailler avec  son grand frère et héros, son modèle absolu, Joseph. Le sort va en décider autrement. Le lendemain de Noël 1974 un coup de grisou survient dans  la Fosse 3 de Liévin, celle de Joseph, et cause la mort de  42 mineurs.  Ce sera la dernière grande tragédie minière en France.

Passe une vie. Michel a aujourd’hui la cinquantaine. Il vient de perdre sa femme, qu’il a fidèlement accompagné au long des derniers mois (très belles pages). Ce retour à la solitude – un thème essentiel du roman- marque pour Michel  l’heure du passage à l’acte et de la vengeance. Toute sa vie, il s’est documenté sur la catastrophe, lui consacrant  le temps libre que lui laissait son métier de chauffeur routier, allant jusqu’à créer une sorte de musée personnel dédié à la mémoire du frère. Une passion morbide qui attristait sa compagne mais qui lui a permis d’acquérir la certitude que la catastrophe de Noël 74 aurait pu être évitée si les précautions indispensables et obligatoires avaient  été respectées. Quarante ans plus tard, les victimes sont oubliées et les coupables n’ont jamais eu à répondre de leurs actes. L’un d’entre eux en particulier, un « porion », contremaître de la mine, devra payer. C’est la mission que se donne Michel.

Finesse psychologique des personnages, construction du récit, sens de l’intrigue : on retrouve avec Le jour d’avant ce qu’on aime d’habitude dans les romans de Chalandon. Ce grand roman sur le sentiment de la culpabilité est l’un de mes coups de cœur de cette rentrée 2017, par ailleurs riche riche en romans de qualité.

Grasset – 20.90 euros

LA FONTE DES GLACES – JOEL BAQUé

Dénicher un manchot empereur dans une brocante de rue peut faire basculer votre  vie et faire de vous une icône mondiale de la cause écologique. C’est le fabuleux destin de Louis, paisible charcutier  à la retraite que rien ne destinait à semblable aventure. Tombé sous le charme de son nouveau copain, Louis va de fil en aiguille se retrouver à arpenter les pôles, l’Antarctique d’abord qui comme chacun sait est le milieu naturel du sympathique oiseau et le Nord ensuite pour des raisons qui regardent le héros et que nous laissons au lecteur la joie de découvrir.

Roman écologiste sans doute,  qui brocarde avec pas mal d’acidité la mode du greenwashing, mais surtout énorme éclat de rire, La fonte des glaces est un petit bijou d’humour absurde réjouissant de la première à la dernière page.

P.O.L – 17 euros