Tous les articles par Yves

POUR SERVICES RENDUS – IAIN LEVISON

Cela fait plaisir de retrouver Iain Levison en si bonne forme. Ce fin observateur des moeurs de la société américaine nous revient avec l’un de ses meilleurs romans. Un livre qui s’inscrit dans la veine d’Arrêtez-moi là, son roman le plus « politique ».  Comme toujours chez Levison, les héros ne sont ni des anges ni des démons, mais des individus conduits à commettre des actes que la loi et/ou leur propre morale réprouve(nt).

Si l’humour est moins présent que dans les tout premiers romans de l’auteur, on retrouve toute l’empathie de Levison pour ses personnages, qui rend ses romans si plaisants et si singuliers. Et comme Levison sait aussi trousser une histoire et ménager le suspense, on dévore d’une seule traite cette histoire où un politicien en quête de réélection se laisse aller à enjoliver un peu trop la réalité de sa conduite durant la guerre du Vietnam.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Fanchita Gonzalz Batlle

Editions Liana Levi – 18 euros

LA VÉRITÉ ATTENDRA L’AURORE – AKLI TADJER

Mohamed est un ébéniste de talent mais c’est surtout un homme mélancolique et seul. Dans l’atelier parisien du passage du Grand-Cerf qui est aussi son antre, cela fait plus de vingt ans qu’il occupe ses jours sans les vivre véritablement. Car sa vie a volé en éclats un jour d’été 1993 lorque, en vacances en Kabylie avec son frère Lyes, les deux jeunes hommes furent enlevés par un commando des GIA. Seul Mohamed parvint à s’enfuir, et il n’arrive pas à se consoler de la perte du frère adoré, si brillant, promis à un si bel avenir. Par sentiment de culpabilité peut-être, parce qu’il lui est de mettre les mots sur la douleur qui l’assaille, il quitte Nelly, son amoureuse, sans lui donner d’explications. Ce sont les retrouvailles tout à fait fortuites avec Nelly, bien des années après, qui vont replonger Mohamed dans une histoire qu’il pensait définitivement écrite.

Livre plein de nostalgie et de poésie, vibrant hommage aux cinémas de quartier,  La vérité attendra l’aurore est aussi un roman à l’intrigue très habilement ficelée qui happe le lecteur dès les premières lignes et le tient en haleine jusqu’à la toute fin. C’est également un très beau roman familial où sont explorés les thèmes de la double culture, de la difficulté parfois à trouver sa place. Le portrait du père, plein de pudeur et d’émotion, est tout simplement superbe. Une très belle lecture, hautement recommandée.

Editions Jean-Claude Lattès – 18 euros

L’URUGAYENNE – PEDRO MAIRAL

Cela va moyen moyen dans la vie de Lucas Pereyra, écrivain argentin d’une petite quarantaine d’années. Sa vie est un enfer domestique entre son gamin qui accapare tout son temps et sa femme qui s’éloigne peu à peu. Financièrement il tire le diable par la queue et professionnellement ce n’est pas tellement plus brillant puisqu’il n’arrive pas à écrire le roman qu’il doit à son éditeur. Seul rayon de soleil, le voyage express que Pereyra doit faire à Montevideo, la toute proche capitale de l’Uruguay pour récupérer en personne l’argent des droits des ventes uruguayennes de ses bouquins et échapper ainsi à un taux de change argentin trop défavorable. La femme de Pereyra compte beaucoup sur cet argent mais ce qu’elle ignore c’est que son mari compte bien mettre à profit cette escapade pour revoir la pétillante Guerra, jeune uruguayenne qu’il a vaguement baisouillé à l’occasion d’une convention littéraire que tous deux ont fréquenté l’année d’avant. Aussi riche de promesses qu’elle paraisse, l’équipée uruguayenne de Pereyra ne va pas s’avérer de tout repos…

Un récit désopilant sur la vie de couple et les petites compromissions… et d’une certaine manière un hymne à la liberté et une leçon d’optimisme!

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin

Editions Buchet Chastel – 14 euros

PATRIA – FERNANDO ARAMBURU

Le Txato, patron d’une petite entreprise de transport du pays basque a refusé de payer l’impôt révolutionnaire exigé par l’ETA et il en est mort. Parmi les terroristes qui l’ont exécuté pourrait bien se trouver Joxe Mari, le fils de Miren et Joxian, les meilleurs amis du Txato et de son épouse Bittori.

Patria, la superbe fresque politique et familiale que signe Fernando Aramburu, s’articule autour de cette scène fondatrice et se structure en une succession d’allers et retours qui s’inscrivent sur une période d’une trentaine d’années (bien avant l’assassinat) jusqu’en 2011, année où l’ETA dépose les armes. C’est à cette époque que Bittori revient au village où elle vécut  avec son mari et ses enfants, un geste considéré comme un défi par la communauté villageoise qui a ostracisé sa famille à partir du moment où il devint évident que le Txato était une cible de l’ETA. Histoire de famille, Patria relate un pan douloureux de l’histoire du Pays Basque où, en dépit de la fin du conflit armé, les rancoeurs restent vives et les plaies toujours ouvertes. A travers les deux figures centrales de Miren et Bittori, deux femmes « fortes » et de leurs proches Patria pose la question du pardon et une interrogation essentielle : comment continuer à vivre aux côtés de ceux et celles qui firent notre malheur ?

Roman phénomène en Espagne, Patria a conquis plus de 500 000 lecteurs. On souhaite à ce texte en tous points superbe de connaître succès comparable en France. Mon gros coup de cœur de ce début 2018.

Traduit de l’espagnol par Claude Bleton

Actes Sud – 25 euros

 

vendredi 16/03 rencontre avec ALAIN JOMY pour OLGA ET LES SIENS

RENCONTRE AVEC ALAIN JOMY

vendredi 16 mars à 19h30

à la librairie les buveurs d’encre

Avec Olga et les siens, Alain Jomy nous fait revivre son histoire et celle de sa famille, juifs ashkénazes qui vinrent de Pologne, de Lituanie, de Russie trouver en France une vie meilleure, et qui furent bientôt rattrapés par les tourments de l’Histoire. De la famille (nombreuse !) de l’auteur émerge la figure centrale de la tante maternelle, Olga. Arrivée seule en France, Olga, après bien des voyages, trouvera refuge en Corrèze dans le petit village de Curemonte. Elle réussira à y faire venir son frère et sa belle-sœur ainsi que l’auteur du livre, le petit Alain, âgé d’un an à peine. La famille survivra à ces années de ténèbres grâce au silence complice de la population qui ne trahira pas ces « parisiens » traqués, venus se mêler à elle.
Soixante-dix ans ont passé, mais les liens que l’auteur tissa dès sa petite enfance avec le village de Curemonte sont restés indéfectibles. Car si les racines familiales d’Alain Jomy plongent « là-bas », à l’Est de l’Europe, il est aussi corrézien, désormais, tant les instants de bonheur de ce beau récit familial et mémoriel –instants d’autant plus précieux qu’ils sont fragiles- s’inscrivent dans ce beau village qui fut, pour lui et sa famille un havre en ces temps de barbarie.

Alma éditeur – 23 euros.

Auteur, réalisateur et compositeur, Alain Jomy a composé de nombreuses musiques de films, Il a publié deux romans Heureux comme à Monterey (Calmann-Lévy, 2000) et Le livre d’Héléna (Ramsay, 2007). En tant que documentariste, il a notamment réalisé Ils étaient Juifs et résistants (2016, Ugoprod).

Nous aurons le plaisir de recevoir Alain Jomy à la librairie vendredi 16 mars à 19 heures 30 à la librairie pour un échange autour de son récit, suivi d’une séance de dédicace… et d’un pot amical!

NEW MOON, CAFE DE NUIT JOYEUX – david dufresne

Avant de devenir un Bio C’bon, le 66 de la rue Pigalle abritait le New Moon, salle mythique du rock parisien des années 80 et 90.  Et bien avant cela, pendant plus d’un siècle, ce fut une succession de cabarets qui évoquent  un Pigalle aujourd’hui disparu : le Sphinx, le Bricktop’s, le Monico…

Une tentative d’épuisement d’un des (hauts) lieux de la nuit  parisienne à travers ses multiples avatars, un récit passionnant mené d’une plume alerte par David Dufresne.

Le Seuil – 20 euros

L’été circulaire – Marion Brunet

Il y a le Midi, le soleil et  les cigales mais on ne trouvera aucune image d’Epinal et bien peu de douceur dans le beau et sombre roman de Marion Brunet.

Roman social, roman noir, l’été circulaire c’est l’histoire de deux frangines, Céline et Jo, qui traînent leur adolescence dans le lotissement d’une petite ville du Midi. Deux frangines qui aimeraient bien que leur vie commence enfin, qui voudraient y croire mais craignent de passer à côté à l’instar de leurs parents qui à 40 ans ont déjà lâché l’affaire. Des parents qui sans doute les aiment, mais les aiment mal.

Quand est révélée  la grossesse de Céline , dès les premières pages du roman, la violence de père, Manuel,  se déchaîne. La « trahison » de Céline, sa fille magnifique, son unique objet de fierté, le renvoie à un sentiment d’échec insupportable. D’autant que malgré les coups, Céline refuse de divulguer le nom du père de l’enfant.

Par l’histoire, celle de deux gamines trop vite grandies,  L été circulaire fait penser  à D’acier de l’italienne Sylvia Avallone et est tout aussi réussi. Par son écriture précise et efficace, sa description sans artifices psychologiques et sans condescendance  du désarroi des petits blancs du sud, le roman m’apparaît un peu comme le cousin européen de cette famille  de grands écrivains américains qui ont su décrire le quotidien des laissés pour compte : Woodrell, Offutt, D. R Pollock ou Frank Bill. Le roman de Marion Brunet ne souffre  pas de cette comparaison. C’est dire tout le bien que j’en pense.

Albin Michel – 18 euros

FACE AU VENT – JIM LYNCH

Une famille haute en couleurs, des situations cocasses, des personnages attachants : pas de doute, il y a du John Irving dans ce roman de Jim Lynch (on pense en particulier à L’hôtel New Hampshire). L’auteur s’y entend à ficeler une histoire qui nous embarque immédiatement : normal, pour un roman situé dans le  milieu de la voile (et plus précisément dans celui de la construction nautique). Pas besoin cependant d’être un navigateur aguerri pour suivre la famille Johannssen dans ses tribulations et plonger dans la lecture de ce roman tour à tour drôle et émouvant. Face au vent offre à tous un vrai plaisir de lecture et d’évasion.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Jean Esch

Gallmeister – 23.20 euros

PARIS-AUSTERLITZ – RAPHAËL CHIRBES

 

Le narrateur, jeune  peintre espagnol qui a rompu les ponts avec sa famille, se souvient de sa relation avec Michel, ouvrier français de 30 ans son aîné, qui l’hébergea et avec  qui il vécut une relation intense.

Dans ce dernier roman, dont il commença l’écriture dans les années 90 et qu’il reprit peu de temps avant sa mort, le grand écrivain Rafaël Chirbes nous fait vivre avec beaucoup de sensibilité les différents stades d’une passion hors-norme, condamnée d’avance tant les deux protagonistes ont des conceptions  différentes de la vie. Le dénuement commun qui est à l’origine de leur rencontre ne peut masquer longtemps leurs aspirations contradictoires. Cette vie au jour le jour qui est le quotidien de Michel et le satisfait se révèle rapidement étouffante pour le narrateur, incapable par ailleurs de s’abandonner dans la relation totale et exclusive que semble réclamer son amant.  Un très beau roman, roman d’amour mais aussi roman social qui nous dit la peur de la solitude et du vieillissement, la difficulté à surmonter les différences pour vivre  l’idéal amoureux.

traduit de l’espagnol par Denise Laroutis

Rivages – 20 euros

mille ans après la guerre – carine fernandez

L’avis d’Eliette M :

Le roman d’une vie qui prend sa source en Extremadure pendant la Guerre d’Espagne. Le vieux Miguel quitte sa maison près de Tolède avec son chien Ramon et revient à Montepalomas, son village natal. Des souvenirs de la guerre civile émergent : l’assassinat de son frère Mediodia par les franquistes et lui, Medianoche, emprisonné pendant des années dans les camps. Le retour au village, englouti par les eaux d’un barrage, permet à Medianoche de se libérer de son double.

Les escales – 17.90 euros