GARY COOK T.1: LE PONT DES OUBLIES – ANTOINE JAUNIN ET ROMAIN QUIROT

illustrations de Tierno Beauregard

Gary est un garçon de 15 ans ordinaire qui vit seul avec son père avec qui la communication est difficile. Il passe le plus clair de son temps sur un bateau avec sa bande de potes pêchant d’étranges poissons qu’il revendent pour se faire de l’argent de poche.
Le hic? Gary est né et a grandi sous Le pont des oubliés, un des derniers refuges d’une Terre condamnée.
Les parties de pêche avec les copains sont aussi un moyen d’oublier la morosité ambiante et pour cause: Gary n’a jamais vu le ciel bleu! Un voile de nuages gris et épais recouvre la voûte céleste en permanence.
En nous emmenant dans son quotidien d’oublié, Gary va petit à petit lever le mystère sur ce qui a pu détruire la Terre. Que sont devenus les autres habitants de la planète? Où est partie sa mère, disparue depuis des années?
Alors que des navettes Deucalion quittent régulièrement la Terre pour sauver les quelques privilégiés qui sont à bord, notre héros se prend à rêver d’ailleurs.

Antoine Jaunin et Romain Quirot signent à quatre mains un joli premier roman, annonçant une série prometteuse. Ils y soulèvent des questionnements profonds sur la famille, les classes sociales et l’écologie.
Les personnages sont attachants pour les uns, détestables pour les autres mais tous forment une galerie de portraits très fouillée.
L’univers du roman est riche et plein de petits détails ajoutant du réalisme et du mystère. Une belle histoire d’amitié vient illuminer une ambiance de fin du monde brumeuse et sombre.

Avec un style très visuel, ce roman saura séduire les amateurs de science fiction et d’aventure.

Pour les plus curieux, il existe même une bande annonce du livre à visionner ci-dessous:

Dès 12 ans.

Editions Nathan – 17,95€

ALEXANDRIN – Alain Kokor & Pascal Rabaté

Chic, voici Alexandrin, le nouvel album de  Rabaté (avec Alain Kokor au dessin),  une histoire touchante et drôle, tendre et poétique. Poète, Alexandrin de Vanneville l’est assurément. Vagabond des villes et des campagnes, il survit en toquant aux portes pour dire et vendre à qui veut les entendre ses créations poétiques, en alexandrins forcément.  Une existence précaire mais qui correspond à l’irrépressible besoin de liberté du poète solitaire. Un beau jour, le chemin d’Alexandrin croise celui de Kevin, gamin en fugue. Une amitié va naître, nourrie de rencontres, d’aventures et de mésaventures, de déambulations poétiques.

Le trait tout en douceur d’Alain Kokor, les teintes  pastel s’accordent admirablement au climat mélancolique de l’histoire imaginée par Rabaté. Un album à découvrir absolument et l’une des premières belles réussites de cette rentrée BD.

Futuropolis – 22 euros

LE JOUR D’AVANT – SORJ CHALANDON

Deux ans après le bouleversant Profession du père, Sorj Chalandon revient avec un roman tout aussi réussi, une histoire de vengeance et de culpabilité qui nous projette au cœur du monde de la mine, dans le Nord  des années 1970. Michel, un gamin d’une dizaine d’années, attend avec  impatience le jour où il pourra descendre « au fond » travailler avec  son grand frère et héros, son modèle absolu, Joseph. Le sort va en décider autrement. Le lendemain de Noël 1974 un coup de grisou survient dans  la Fosse 3 de Liévin, celle de Joseph, et cause la mort de  42 mineurs.  Ce sera la dernière grande tragédie minière en France.

Passe une vie. Michel a aujourd’hui la cinquantaine. Il vient de perdre sa femme, qu’il a fidèlement accompagné au long des derniers mois (très belles pages). Ce retour à la solitude – un thème essentiel du roman- marque pour Michel  l’heure du passage à l’acte et de la vengeance. Toute sa vie, il s’est documenté sur la catastrophe, lui consacrant  le temps libre que lui laissait son métier de chauffeur routier, allant jusqu’à créer une sorte de musée personnel dédié à la mémoire du frère. Une passion morbide qui attristait sa compagne mais qui lui a permis d’acquérir la certitude que la catastrophe de Noël 74 aurait pu être évitée si les précautions indispensables et obligatoires avaient  été respectées. Quarante ans plus tard, les victimes sont oubliées et les coupables n’ont jamais eu à répondre de leurs actes. L’un d’entre eux en particulier, un « porion », contremaître de la mine, devra payer. C’est la mission que se donne Michel.

Finesse psychologique des personnages, construction du récit, sens de l’intrigue : on retrouve avec Le jour d’avant ce qu’on aime d’habitude dans les romans de Chalandon. Ce grand roman sur le sentiment de la culpabilité est l’un de mes coups de cœur de cette rentrée 2017, par ailleurs riche riche en romans de qualité.

Grasset – 20.90 euros

LA FONTE DES GLACES – JOEL BAQUé

Dénicher un manchot empereur dans une brocante de rue peut faire basculer votre  vie et faire de vous une icône mondiale de la cause écologique. C’est le fabuleux destin de Louis, paisible charcutier  à la retraite que rien ne destinait à semblable aventure. Tombé sous le charme de son nouveau copain, Louis va de fil en aiguille se retrouver à arpenter les pôles, l’Antarctique d’abord qui comme chacun sait est le milieu naturel du sympathique oiseau et le Nord ensuite pour des raisons qui regardent le héros et que nous laissons au lecteur la joie de découvrir.

Roman écologiste sans doute,  qui brocarde avec pas mal d’acidité la mode du greenwashing, mais surtout énorme éclat de rire, La fonte des glaces est un petit bijou d’humour absurde réjouissant de la première à la dernière page.

P.O.L – 17 euros

LA SALLE DE BAL – ANNA HOPE

Yorkshire, 1911 : Ella  travaille dans une usine de filature. Après une crise d’hystérie qui la pousse à briser l’une des fenêtres de l’entreprise, la jeune femme est internée dans l’asile de Sharston. Déboussolée, paniquée à l’idée de perdre sa liberté, elle ne pense d’abord qu’à sortir de cet endroit. Petit à petit elle prend ses marques dans la vieille demeure et noue une amitié avec une autre pensionnaire à qui elle se confie.
Chaque vendredi un bal est organisé par le médecin principal pour les patients les plus sages. C’est le seul moment de la semaine où les hommes et les femmes se retrouvent ce qui en fait un véritable événement. Ella y fait la rencontre de John, un irlandais mélancolique interné depuis des années. Ils vont rapidement entamer une correspondance secrète qui va bouleverser leur vie.
Anna Hope nous propose les trois points de vue différents d’Ella, de John et de Charles le médecin. Ce dernier est un homme passionné de musique et animé par la volonté de prendre une place importante dans l’histoire de la psychiatrie. Il rêve de s’entretenir avec Darwin et Churchill au sujet de l’eugénisme et des méthodes modernes pour soigner les malades mentaux mais son grand projet risque d’être compromis par l’idylle de John et Ella.

Dans ce roman nous entrons dans l’intimité de ces personnages et découvrons ce que pouvait être un asile au début du XXème siècle. Inspirée par le vécu de son grand-père, Anna Hope a su donner à son roman un souffle de réalisme étonnant sans entrer dans les détails sordides. A la fois mélancolique et poétique, c’est un récit touchant et une belle histoire d’amour.

traduit de l’anglais par Elodie Leplat

Chez Gallimard – 22€

MERCY MARY PATTY – LOLA LAFON

En 1974, Patricia Hearst, petit-fille d’une grande personnalité de la presse, est enlevée contre une rançon par un groupe de révolutionnaires marxistes. Contre toute attente, la jeune fille se rallie à leur cause de manière radicale. L’Amérique entière est émue par cet événement et tous pensent que la jeune femme est une victime manipulée.
Gene Neveva, une femme au caractère fort, est chargée d’étudier l’épais dossier de Patricia pour sa défense lors de son procès. Elle dispose pour cela d’une courte période qu’elle décide de passer dans un cabinet d’avocat du Sud-Ouest de la France. Elle y recrute une assistante, Violaine, une jeune femme timide de l’âge de Patricia . Ensemble elles vont éplucher le dossier truffé de témoignages écrits, de photos publiées dans les journaux et de messages enregistrés par Patricia Hearst. Elles y plongent à corps perdu pendant deux semaines afin de déterminer la véritable volonté et la personnalité de Patty.

Ce roman à multiples points de vue déroute le lecteur par sa forme. La narratrice nous interpelle et nous implique directement. Lola Lafon y questionne la possibilité de faire des choix radicaux, à l’encontre d’un destin lisse et tout tracé.
Les trois personnages de Patricia, Gene et Violaine se rencontrent, se mêlent, et chacune verra sa vie bouleversée par cette actualité brûlante.
Politique, résolument féministe, Mercy Mary Patty est un livre profond dont on ne ressort pas indemne.

Editions Actes Sud – 19.80€