SPORTING CLUB – EMMANUEL VILLIN

SPORTINGElégant, empreint de nostalgie et drôlement déroutant, Sporting Club est l’un des meilleurs premiers romans de cette rentrée… et peut-être même l’un des meilleurs romans de 2016 !

Il flotte comme un parfum modianesque autour de la piscine de ce Sporting Club au charme suranné, où le narrateur enchaîne les longueurs de bassin pour tromper l’ennui dans l’attente d’un appel téléphonique qui ne vient pas.  C’est pour rencontrer le mystérieux Camille, cinéaste à la gloire passée, et dans le projet assez vague d’écrire un livre d’entretiens avec lui que notre héros  a pris ses quartiers dans cette métropole méditerranéenne jamais nommée, à la fois anarchique et envoûtante , écrasée de soleil, de bruits, soumise aux appétits immobiliers les plus frénétiques. Mais Camille ne cesse de se dérober, repoussant sous des prétextes futiles les rendez-vous qu’il accorde très parcimonieusement à notre protagoniste.

S’il existe des romans qui sont des « work in progress », Sporting Club n’est pas – simplement – l’histoire d’un livre qui refuse de s’écrire. Car le projet littéraire initial s’efface au bénéfice de la description de lieux où le narrateur déambule sans toujours trouver sa place. Et par cette manière décalée d’explorer les lieux en les abordant de manière non frontale, par ce ton irrésistiblement drôle et cette façon de ne jamais être tout à fait là où on l’attend, le roman d’Emmanuel Villin n’est pas sans rappeler certains livres de Jean Rolin. On peut se trouver de pires modèles…

Editions Asphalte – 15 euros

LA PROCHAINE FOIS CE SERA TOI (LES BRIGADES DE L’OMBRE TOME 1) – Vincent Villeminot

la prochaine fois ce sera toi
Des goules, des flics, une ado et une surdouée : le pilote de cette nouvelle série fantastico-policière a tout pour plaire.

A Paris, Léon Markowicz, un colosse vieillissant, dirige la brigade de l’ombre, une poignée de flics chargés des goules, ces humains infectés par un virus qui les transforme pour quelques heures en créatures extrêmement dangereuses. Sur les lieux d’un crime récent, il devine une mise en scène qui le vise personnellement.

Parallèlement aux activités parisiennes de cette brigade de l’étrange, nous suivons à Rennes les deux filles de Markowicz, Fleur, qui passe son bac et rêve d’Antonin, et Adélaïde, 10 ans, une enfant pas comme les autres, fine observatrice, oratrice et planificatrice. Elles vivent avec leur mère, psychologue, qui a bien du mal, même si les années ont passé, à se remettre de sa rupture avec Léon.

Ce premier volet  est une réussite : un rythme soutenu de thriller avec des chapitres brefs et efficaces, des personnages attachants avec des caractères et des silhouettes singuliers, une atmosphère envoûtante qui mélange roman policier et fantastique. De nombreux détails parsèment le récit comme autant de pistes qu’on a hâte de suivre dans les prochains opus de cette nouvelle série.

Casterman – 15,90 €

 

LES CRAYONS RENTRENT A LA MAISON – DAYWATT & JEFFERS

jeffers3Souvenez-vous, les crayons  de Duncan s’étaient rebellés : le rouge en avait marre de colorier des camions de pompier et le Père Noël, le rose se sentait délaissé tandis que le bleu avait besoin de repos. Du coup les crayons de Duncan avaient pris le large et lui avaient envoyé des cartes postales. Apaisés, les voilà prêts à rentrer au bercail. Leur propriétaire a entendu leurs reproches et  est ravi de les voir revenir. Et comme ils ont changé de forme et qu’ils ne rentrent plus dans leur boîte d’origine, il leur fabrique une toute nouvelle boîte sur mesure.

Si vous ne connaissez pas le premier album de Drew Daywatt et d’Oliver Jeffers, vous ne mesurez pas la chance que vous avez de pouvoir le découvrir ! Rébellion chez les crayons existe désormais en Lutin Poche ( à 5 €). Le format d’origine est toujours disponible.

A s’offrir et à offrir sans modération. La suite est aussi bien que le début.

Kaléidoscope – 13€

BONNE NUIT TOUT LE MONDE – CHRIS HAUGHTON

haughtonAprès Un peu perdu, Oh non, George ! et Chut, on a un plan, Chris Haughton revient avec Bonne nuit tout le monde. La même recette que dans ses précédents albums, avec le principe de la répétition qui plaît tant aux tout petits, d’une page à l’autre l’on égrène la ritournelle pour un moment privilégié avant l’heure du coucher. Une histoire du soir à lire et à relire, où le papier mat et le fond de couleur sombre font chatoyer les illustrations.

Un super cadeau pour les premiers d’entre vous qui viendront se procurer l’album… Il n’y en aura pas pour tour le monde : vous voilà prévenus !

Editions Thierry Magnier – 14,80 €

 

Samedi 17 septembre, dédicace d’Astrid Desbordes et de Pauline Martin

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Astrid Desbordes est auteure de livres pour enfants et publie chez Albin Michel Jeunesse et chez Nathan. C’est chez Albin Michel qu’elle commence à travailler avec Pauline Martin et la plume d’Astrid et les crayons de Pauline s’accordent si bien, qu’elles multiplient leurs collaborations. Naissent ainsi Le dîner surprise, Les Rêveries d’un hamster solitaire, Le Voyage d’un hamster extraordinaire, Mon amourUn amour de petite sœur et Ce que Papa m’a dit.

Pauline Martin a publié des bandes dessinées pour adultes et des albums pour enfants. Tantôt auteure, tantôt illustratrice, parfois même les deux, elle a notamment travaillé avec David B. et Eric Veillé.

Ses albums pour enfants, à une exception près, ont été publiés par Albin Michel Jeunesse : Ce que je sais de ma maman et Mon grand frère qu’elle a écrit et illustré ou Maman à l’école – tout à fait d’actualité – dont on doit le texte à Eric Veillé.

Dans un formidable duo avec Astrid Desbordes, elles inventent et réinventent Le dîner surprise, Les Rêveries d’un hamster solitaire, Le Voyage d’un hamster extraordinaire. En septembre paraît le troisième volet des aventures d’Archibald. Après Mon amour et Un amour de petite sœur, voici le tout nouveau Ce que Papa m’a dit… C’est un régal !


Nous vous invitons à les rencontrer toutes les deux lors d’une séance de dédicace qui se tiendra à la librairie le samedi 17 septembre, de 11h à 13h. Vous pourrez alors vous faire dédicacer vos albums préférés. Nous vous attendons nombreux !

 

L’AUTRE QU’ON ADORAIT – CATHERINE CUSSET

l'autre qu'on adoraitThomas est promis à un brillant avenir : au sortir du lycée, il a de l’éducation, de la culture, de l’ambition et des amis. Pourtant il accumule les échecs, tant sur le plan professionnel qu’affectif. Sa descente aux enfers, qui le conduit au suicide, nous est racontée par son premier amour devenue sa meilleure amie et confidente. Une oraison funèbre écrite à la seconde personne du singulier qui nous plonge dans l’intimité du héros.

Après Indigo, Catherine Cusset continue son exploration du monde universitaire en s’attachant à la psychologie humaine des intellectuels, à leurs rapports sociaux complexes et à leurs relations amoureuses insatisfaisantes.
Comme dans Le problème avec Jane, l’histoire se déroule aux Etats-Unis, et particulièrement sur la Côte Est, où Thomas s’exile, après avoir échoué à deux reprises au concours de l’ENS.
Un milieu que l’on retrouve aussi dans les romans de Laura Kasischke.
Pour les amateurs de romans introspectifs.
Gallimard – 20 €

Marcher droit, tourner en rond – Emmanuel Venet

VENETNotre héros est atteint du syndrome d’Asperger, ce qui complique singulièrement ses relations sociales. Difficile pour lui de trouver un interlocuteur à la hauteur pour partager ses passions pour le scrabble et les catastrophes aériennes… Quant à Sophie Sylvestre, elle ne semble malheureusement pas apprécier à sa juste mesure la passion qu’éprouve pour elle notre protagoniste et dont il l’entretient dans une correspondance à sens unique. Le fait qu’il ne l’ait pas revue depuis le CE2 y est peut-être pour quelque chose…

Ce court roman plein de finesse et d’élégance est un petit bijou d’humour distancié qui se dévore d’une traite.

Editions Verdier – 13 euros

LE BAL MECANIQUE – Yannick Grannec

Inscrivez-vous immédiatement sur le carnet de bal de Yannick Grannec.

Depuis La Déesse des petites victoires,  nous attendions avec impatience le nouveau roman de Yannick Grannec. Voici donc Le Bal mécanique. En piste pour un ébouriffant roman !

Quatre générations, entre les Etats-Unis d’aujourd’hui, Saint-Paul-de-Vence, le Berlin des années folles et Dessau, où l’école du Bauhaus encourage l’avant-garde artistique et les utopies politiques.  Un peintre américain, père navré d’une star de real TV (au concept absolument génial mêlant psychodrame familial et décoration intérieure), découvre par hasard qu’un tableau d’Otto Dix représentant son père ressurgit après la découverte de la collection cachée de Cornélius Gurlitt. Ce marchand d’art peu scrupuleux a frayé avec les nazis et récupéré nombre de toiles jugées appartenir à l’art « dégénéré ». Et nous suivrons l’histoire de ce tableau et de son sujet, Theodor Grenzberg, marchand d’art juif allemand de l’entre-deux-guerres, grand ami de Klee, qui sera le parrain de sa fille, la mystérieuse Magda, élève du Bauhaus en 1929.

Yannick Grannec mène la danse avec une belle maîtrise : des personnages imaginaires se glissent au milieu d’autres historiques, on explore savamment, mais subtilement, les théories esthétiques et psychologiques (la théorie de l’attachement n’aura plus aucun secret pour vous…), et on se prend d’affection pour cette famille aussi dysfonctionnelle que géniale. Un roman surprenant et un très grand plaisir de lecture.

Anne Carrière – 22€

 

 

SUR LA TERRE COMME AU CIEL – Davide Enia

Dans le sillon d'un impétueux gamin sicilien.
Dans le sillon d’un impétueux gamin sicilien.

Davidù grandit dans les rues de Palerme, dans les jupes de sa nonna, une institutrice qui tient à lui enseigner le latin (en fumant des cigarettes brunes), dans le jardin de son silencieux grand-père Rosario, et dans la salle de boxe de son oncle Umberto, qui, comme son père, fut un pugiliste talentueux. Entre les fusillades de la mafia et les cruautés d’enfant, Davidù fait ses classes de mauvais garçon. Puis il rencontre Nina et c’est le coup de foudre… à 9 ans. Son histoire d’amour se confond avec sa découverte de la boxe, et son entraînement auprès de son oncle. Rivalités, mauvais coups et instants de grâce se succèdent dans ce tableau de l’enfance incroyablement vivant. En toile de fond, se dessinent les destins du grand-père, mobilisé en Afrique pendant la Seconde Guerre Mondiale, qui revient de cette boucherie avec une belle histoire d’amitié et une connaissance intime de l’horreur, et celui de son oncle, le boxeur qui aimait les prostituées.

Le roman brasse avec fougue les thèmes de la famille, de l’amour, de l’enfance, de la guerre, et de l’amitié : l’histoire d’amitié entre Davidù et Gerruso, un garçon assez pathétique de prime abord, est rondement bien dessinée. Sur la terre comme au ciel suit une route bien singulière, celle d’un garçon qui devient homme, entre rodomontades, tragédies et éclats de rire.

Traduit de l’italien par François Brun.

Albin Michel – 22€

L’archipel d’une autre vie – Andreï Makine

MAKINEARCHIPELAux confins de l’Empire Soviétique, en pleine période stalinienne…

Pavel est un jeune soldat stationné dans un camp militaire situé en extrême-orient, en bordure du Pacifique.  Il est choisi par sa hiérarchie pour incorporer le groupe de cinq hommes chargés de poursuivre à travers la taïga un fugitif échappé d’un camp d’internement. Cette chasse à l’homme, d’abord perçue comme un dérivatif agréable à la routine militaire  va en définitive bouleverser la vie de Pavel et changer à jamais sa perception de l’existence.

L’archipel d’une autre vie est un très fin récit psychologique et un superbe roman d’aventure où la nature sauvage joue un rôle de premier plan. Une des belles lectures de cette rentrée littéraire 2016, par un auteur confirmé qu’on retrouve avec grand plaisir.

Le seuil – 18 euros