LES BEAUX ETES – ZIDROU & JORDI LAFEBRE

beaux etesC’est l’été et toute la famille est dans les starting-blocks pour partir en vacances, direction plein sud. On n’attend plus que le père, Pierre, en retard pour rendre ses planches à la revue de bandes dessinées à laquelle il collabore. Malgré l’excitation des vacances, on comprend que le climat n’est pas au beau fixe entre les parents, Mado et Pierre, et que le couple bat de l’aile. Pierre rame professionnellement et Mado a l’impression d’avoir renoncé à ses rêves et mis sa vie entre parenthèse. Ces vacances sont peut-être les dernières que la famille passera ensemble même si  les quatre enfants ne le savent pas.

Pas d’événements extraordinaires, pas d’aventures effrénées dans LES BEAUX ETES, mais une histoire de famille touchante et drôle, avec ses joies et ses peines, Les membres de cette petite famille sont tous très attachants, en particulier Pépette la petite dernière et Julie et Nicole, les deux sœurs qui n’arrêtent pas de se chamailler. Et puis, il y a aussi Tchouki, l’ami imaginaire de Louis qui va jouer un rôle important dans cette histoire, une belle trouvaille des auteurs, très joliment utilisée.

Editions Dargaud – 13.99 euros

La versio radio réalisée pour le site boulevard de la bd!

Encaisser ! – Marlène Benquet / Un séjour en france – Bérengère Lepetit

ENCAISSERDeux livres très intéressants viennent de paraître, qui nous parlent chacun à leur manière de l’entreprise et des conditions de travail.

Le premier, Encaisser !  est le passage en poche de l’essai que consacre Marlène Benquet au monde de la grande distribution à travers l’étude qu’elle a menée pendant plusieurs années au sein de l’un des principaux acteurs du secteur. Encaisser est un ouvrage de sociologie  qui se nourrit d’une expérience personnelle. Marlène Benquet a travaillé plusieurs mois incognito comme caissière. Plus tard, sans dissimuler son identité, elle a également effectué des stages au siège du distributeur et au sein de la section du principal syndicat représenté dans l’enseigne.

L’objectif de la chercheuse était d’étudier l’impact des modifications de la structure capitalistique de l’enseigne (passage d’un entrepreneuriat familial à un capitalisme financier) et des changements induits dans l’identité et les valeurs du groupe sur les modes de management, les relations entre les différentes strates de l’entreprise et à l’intérieur de chacune de ces strates. C’est une enquête extrêmement fouillée et passionnante qui pousse loin l’analyse, et à ce titre bien plus intéressante qu’un énième coup de gueule sur le monde impitoyable de la grande distribution. On en recommandera en particulier la lecture aux étudiants d’écoles de commerce ou de management.

SEJOURLe deuxième livre, Un séjour en France, prend la forme d’un témoignage. L’auteur, journaliste au Parisien s’est faite embaucher début 2015 chez un industriel breton de l’agro-alimentaire.  Quinze jours passés à emballer des poulets dans des caisses et à partager le quotidien de femmes travaillant ici depuis un an, dix ans, sans réelles perspectives que de parvenir au bout d’une journée de travail aliénante pour enfin commencer à vivre. Un témoignage plein d’empathie et sans aucune condescendance.

Encaisser ! enquête en immersion dans la grande distribution – La Découverte – 11.50 euros (édition poche)

Un séjour en France chronique d’une immersion – Plein Jour – 17 euros

 

VIVE LA MAREE ! David Prudhomme & Pascal Rabaté

MAREEChic, voici un album pour prolonger le plaisir des beaux jours et des vacances. Rabaté et Prudhomme nous invitent à les accompagner à la plage, en compagnie de plusieurs familles que l’on va suivre pendant la première journée de leurs vacances.

Le petit théâtre où Prudhomme et Rabaté ont choisi de planter leur tente, c’est « Polovos », une station populaire de la côte languedocienne. Aucun cynisme, aucune acidité de la part des auteurs mais un regard plein d’empathie pour les personnages qu’ils croquent. Des personnages simples, tous décrits avec un sens du détail qui sonne si juste qu’on a l’impression d’avoir partagé cent fois le même coin de serviette. Ils sont venus, ils sont tous là : le vieux couple qui revient depuis 25 ans à la même place du camping (la meilleure), le dragueur des plages, assez vite à court de remarques pertinentes, les voisins de vacances et leurs longs conciliabules à propos de la préparation de l’apéro  du soir (ne pas oublier de racheter du Chougnac)…

Les auteurs parviennent à distiller à chaque vignette  une poésie drôle et décalée, pétillante comme une belle journée d’été. On en redemande…

Futuropolis – 20 euros

La version radio réalisée pour le site boulevard de la bd!

 

07/10 SOULEYMANE MBODJ & SES CONTES AFRICAINS

Rendez-vous mercredi 07 octobre à 16h pour les contes africains de Souleymane Mbodj !

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Souleymane Mbodj est un conteur de grand talent, qui nous avait déjà séduit, avec sa guitare et ses histoires : il revient à l’occasion de la sortie de son nouveau recueil, avec CD,  Contes et musiques d’Afrique.

Venez l’écouter et vous connaîtrez le secret du djembé, du balafon et d’autres instruments de musique… Le conteur-musicien installe son arbre à palabres à 16h et invite les enfants (à partir de 4 ans)  : rendez-vous pour un mercredi d’histoires ensoleillées et poétiques !

Merci de contacter la librairie pour inscrire vos enfants (4-10 ans) : librairielesbuveursdencre@wanadoo.fr/ 01 42 00 48 63

Un avant-goût de ce qui nous attend :

Quelques photos de ce bien beau moment, où une trentaine de paires d’oreilles (grandes et petites) ont écouté l’histoire des trois idiots, de l’udu, la voix des ancêtres, entre autres…

LE PIANO ORIENTAL – Zeina Abirached

De la musique du langage.
De la musique du langage.

Le piano oriental est une invention des années 50, dû à Abdallah Kamandja, mélomane beyrouthin : grâce à un astucieux système de pédale, il réussit à produire sur un piano occidental les quarts de ton propres à la musique orientale. En miroir de l’histoire de ce singulier instrument et de son inventeur, Zeina Abirached raconte sa famille francophile et son apprentissage précoce du français, et son existence d’aujourd’hui entre la France et le Liban. L’image de ce piano bilingue fait écho à ses difficultés à trouver le mot, ou l’expression juste dans chacune de ses deux langues, qui se mélangent et déteignent dans sa bouche. Cet entre-deux de sa double culture est joliment exploré : son attention se porte sur les détails, les tics de langage, et se traduit dans le dessin par un soin particulier sur les motifs, et les onomatopées.

Zeina Abirached propose une nouvelle fois un travail très personnel, sur sa famille, sur son expérience de double culture, du bilinguisme : ce piano oriental est à son image, un modèle unique, et hybride.

La version radio de ce coup de coeur sur Boulevard de la BD.

Casterman – 22€

LOW DOWN – A. J. Albany

Jazz, héroïne et Oedipe...
Jazz, héroïne et Oedipe…

Amy Jo Albany est la fille de Joe Albany, un pianiste de jazz qui a accompagné Charlie Parker, Lester Young, et dont la carrière oscillait entre moments de grâce et engagements miteux.  Avec de brefs chapitres, elle raconte par touches, le quotidien de cet homme, entre came et musique, la faune du Los Angeles interlope, les femmes que croise ce duo, mère, grand-mère, amantes, travestis. Entre admiration et désespoir, Amy-Jo Albany compose une subtile mélopée sur le thème de l’amour filial et sur le milieu de la musique des années 50 & 60. A ce très beau sous-titre « Jazz, came et autres contes de la princesse be-bop », Low Down est un récit empreint de tendresse amère et de piété désenchantée.

Traduit de l’anglais par Clélia Laventure.

Le Nouvel Attila – 19€

LES ENNEMIS DE LA VIE ORDINAIRE – HELENA MARIENSKE

les ennemis de la vie ordinaireJean-Charles ne peut faire une messe sans prendre un rail de coke. Mariette ne vit que pour la drogue. Pablo ne cesse de dépasser ses limites par le sport. Gunther, Damien, Mylène et Elisabeth ont aussi une dépendance à laquelle ils ne peuvent résister. Ils ont tous conscience du problème qui leur pourrit la vie.

Clarisse, la psy qui les suit, les réunit pour des séances en thérapie de groupe. Elle est convaincue que mélanger les addictions peut être bénéfique. C’est pourquoi tous les lundis et vendredis soir, ils se réunissent pour parler de leurs maladies. Que va bien pouvoir donner cette thérapie d’un nouveau genre?

Dans un style maîtrisé mais en recourant volontiers au registre familier, Héléna Marienské aborde un sujet d’actualité et nous fait découvrir des personnages tout plus originaux les uns que les autres. Ils vous feront rire mais sauront aussi vous émouvoir.

 Flammarion – 19€

SIX JOURS – RYAN GATTIS

GATTISLos Angeles avril 1992 : l’acquittement des policiers blancs ayant passé à tabac Rodney King déclenche des émeutes d’une ampleur sans précédent dans la megalopole californienne. L’état d’urgence est décrété mais la police est débordée et pare au plus pressé en concentrant ses forces sur les territoires se situant au coeur des émeutes. Cela laisse les coudées franches aux gangs du quartier à dominante latino de Lynwood  qui entreprennent de régler leurs comptes en l’absence des forces de l’ordre.

Ryan Gattis rapporte par le détail ces six jours de violence échevelée à travers le témoignage des protagonistes : membres des gangs, infimière, pompier ou policier.

Six jours est une fiction, mais pour l’écrire Gattis a cotoyé pendant pas mal de temps les gangs latinos qu’il décrit.  C’est certainement ce qui explique le réalisme de son récit.  Pour autant, on ne trouvera dans ce roman aucune fascination morbide pour le monde des gangs, seulement la triste certitude que les faits décrits peuvent à tout moment se reproduire. Un roman aussi réussi qu’effrayant.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Nicolas Richard

Fayard – 24 euros

BARRACUDA – Christos Tsiolkas

barracudaDans une société australienne qui survalorise la réussite sportive et se révèle moins ouverte que l’image qu’elle cherche à  véhiculer, Danny veut s’affranchir de sa condition de « petit métèque » des classes moyennes (une mère coiffeuse d’origine grecque, un père chauffeur de poids lourd) et s’imposer comme LE prochain grand champion de la natation australienne.

Ses performances sportives lui permettent d’intégrer le lycée huppé où les rejetons des classes supérieures lui font toucher du doigt tout ce qui le sépare de l’aristocratie anglo-saxonne invariablement promise au succès. Si cet ostracisme redouble la soif de succès de Danny, il renforce le sentiment de mal-être de l’adolescent.

Après La Gifle, qui a rencontré un grand succès critique et public, Tsiolkas poursuit son analyse de la société australienne et dénonce les maux qui la traversent : racisme, égoïsme et un nationalisme sportif pas si bon enfant que cela.

Barracuda s’articule autour d’une question centrale à laquelle Danny va mettre des années à répondre : est-ce qu’échouer le jour J pour quelques dixièmes de secondes signifie forcément échouer dans son existence ?

Barracuda  est un roman âpre et passionnant de bout en bout, servi par une écriture forte et une construction originale qui ménage une certaine forme de suspense tout en esquissant progressivement le personnage complexe et attachant de Danny.

Traduit de l’anglais (Australie) par Jean-Luc Piningre

Belfond – 22 euros