LES 10 ANS DES BUVEURS D’ENCRE

Venez fêter avec nous dix années de découvertes et d’évasion !

Eh oui, dix ans déjà.

Au printemps 2005, la librairie Les Buveurs d’Encre ouvrait rue de Meaux à la place de l’agence de la SNCF dans un quartier qui en était singulièrement dépourvu, de librairies. Dix ans plus tard, la SNCF ferme une à une ses agences de proximité mais votre librairie de quartier est toujours là, alive and kicking !

Merci à vous tous et à vous toutes qui par votre fidélité nous donnez de bonnes raisons et surtout l’envie de lever le rideau chaque matin.

Pour célébrer dignement ce dixième anniversaire, nous avons mis les petits plats dans les grands. Une belle vitrine, des rencontres et des dédicaces (BD et Jeunesse), une sélection de livres et une petite fête vendredi 26 juin pour emballer le tout.

Résumer 10 années de lectures, de découvertes et de surprises en 10 romans, 10 livres pour les enfants et 10 bandes dessinées, la tâche est au minimum ardue. On s’y est collé, cependant. Pas avec le projet d’établir la fameuse « liste des dix livres que vous emporteriez sur une île déserte » (dans ce cas j’opterais plutôt des livres de jardinage et le Larousse du bricolage) ni même nos-meilleures-lectures-de-tous-les-temps. Le résultat est forcément subjectif, incomplet et à certains égards injuste mais une chose est certaine, dedans, y’a que du  bon.

10 ROMANS & RECITS

Dans la grande nuit du temps d’Antonio Munoz Molina : un grand (et gros) roman de l’un des plus grands auteurs contemporains. Certainement son chef-d’œuvre.

Vers la poussière de Jean- Louis Bailly : un petit bijou d’humour noir. Original et tordant !

Les Voix du Pamano de Jaume Cabré : authentique chef-d’œuvre, Les voix du Pamano est la porte d’entrée idéale à l’œuvre de l’auteur de Confiteor.

Voleurs de Christopher Cook : un road novel à l’atmosphère inimitable et à la construction très originale. Polar d’exception…

La Dame à la camionnette d’Alan Bennett : comment se retrouve-t-on avec une vieille dame dans son jardin, pendant 20 ans ?Alan Bennett vous donne la réponse. Drôle et émouvant.

Alias Ali de Frédéric Roux : véritable ovni littéraire, une prouesse d’écriture et un récit haletant. Impressionnant.

Knockemstiff de Daniel Day Pollock : premier recueil d’un jeune auteur de 60 ans, Knockemstiff est justement considéré comme l’un des meilleurs recueils de nouvelles paru ces dernières années.

Sept années de bonheur d’Etgar Keret : en deux phrases, Keret nous fait passer du rire aux larmes. Une totale réussite

Poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier : aussi amusant qu’instructif, un livre qui montre que la grammaire est aussi un humanisme

La dernière escale du Tramp Steamer d’Alvaro Mutis : un texte parfaitement ciselé, une plume impeccable qui joue avec les limites des genres du récit et du roman. Un petit bijou !

10 BANDES DESSINEES

L’enfance d’Alan d’Emmanuel Guibert : de ces détails que la mémoire conserve toute une vie, Emmanuel Guibert compose un merveilleux tableau… un enchantement !

Pinocchio de Winshluss : Le personnage de Collodi se retrouve dans le monde des Requins Marteaux : Walt Disney traîné dans le cynisme pour votre plus grand plaisir… et qu’est-ce que c’est beau !

L’arabe du futur de Riad Sattouf : souvenirs à hauteur d’enfant qui décrivent une famille composite, qui se ballade entre la Bretagne, la Libye et la Syrie. Portrait de famille et d’époque acide… et tordant.

L’ascension du haut-mal de David B. : parce que cela reste le seul livre sur lequel j’ai mis un post-it « CHEF D’ŒUVRE INDISPENSABLE ».

Asterios Polyp de David Mazzuchelli : après l’incident de son appartement à New York, un architecte brillant mais paumé prend la fuite et devient garagiste. Une nouvelle vie qui lui permet de revenir sur l’ancienne… une recherche individuelle qui fait écho à un éclatement graphique. Très beau, très sophistiqué.

Savoir vivre ou mourir de Catherine Meurisse : les rudiments et raffinements de l’étiquette vus par une dessinatrice de Charlie Hebdo, en stage à l’académie Nadine de Rotschild. Hilarant.

Mauvais genre de Chloé Cruchaudet : l’étonnante histoire d’un déserteur travesti et de sa femme dans le Paris des Années Folles. Un dessin magnifique pour un scénario impeccable.

Les épatantes aventures de Jules d’Emile Bravo : à lire et à relire dès 8 ans, l’incontournable série qui donnera le goût du dessin, de l’aventure, de l’humour, de la réflexion…

Quai d’Orsay de Christophe Blain et Abel Lanzac : après les cow-boys et les pirates, Blain se promène dans les couloirs dorés de la République. Un vaudeville politique insolent et passionnant.

Gaza 1956 de Joe Sacco : du journalisme dessiné d’une honnêteté et d’une rigueur stupéfiante. Une œuvre immense que tout le monde doit lire.

10 LIVRES JEUNESSE 

Emile est invisible de Ronan Badel & Vincent Cuvellier : un de mes titres préférés de cette série drôle à souhait ! Emile est charmant, coquin, décalé, têtu… un vrai héros comme on les aime !

Cartes d’Aleksandra Mizielinska et Daniel Mizielinski : le premier atlas esthétique d’une richesse incroyable, où l’on ne peut se lasser d’observer les détails de chaque carte !

Le grand voyage de Mademoiselle Prudence de Charlotte Gastaut : un album magique et sublime où Charlotte Gastaut a eu carte blanche… A chaque lecture, je n’ai qu’un mot : ouaaahhhhh !

Le fabuleux voyage de l’intrépide Non-non de Magali Le Huche : un univers atypique, de l’humour dans chaque dessin, une multitude de détails, un vrai coup de cœur dès sa sortie ! Vive Non-Non !

Le plus grand livre du monde de Richard Scarry : un gigantesque classique de la littérature jeunesse ! Scarry est incontournable & indispensable.

Dans la nuit blanche et rouge de Jean-Michel Payet : un des romans qui m’a le plus marqué ! Romantique, historique, fantastique… Jean-Michel Payet jongle à merveille avec tous les registres.

Je suis un autre d’Anne-Gaëlle Balpe & Elice : le premier thriller pour les jeunes lecteurs ! Joli défi de l’auteur qui a réussi en cinq tomes à tenir les enfants en haleine…

Panique à Paris de Laurent Audouin & Fanny Joly : des albums pour les grands mettant en scène un super duo de détectives, Mirette et son chat Jean-Pat, qui partent en mission à Londres, Barcelone, Rome, Paris… un excellent concept !

Un amoureux pour Nina de Marianne Barcilon & Christine Naumann-Villemin : Nina est la star des petites filles ! Un album que j’ai lu (avec plaisir) une centaine de fois à ma fille ! Et j’avoue avoir, moi aussi, un faible pour Ferdinand…

La course au gâteau de The Tjong Khing : un des meilleurs albums sans texte qui existe où l’on prend toujours le même plaisir à chaque lecture !

SAMEDI 6 JUIN : Charlotte Gastaut

gastaut djeco okCharlotte Gastaut viendra dédicacer ses albums le samedi 6 juin de 11h à 13h.

On la reconnaît au premier coup d’oeil ! Avec des illustrations colorées et poétiques, un trait fin, des personnages aux grands yeux…, Charlotte Gastaut a su créer un univers bien à elle.

image okJ’ai découvert son travail à la parution de Ce qu’il y avait sur l’image paru aux Editions Thierry Magnier en septembre 2005. Un véritable coup de coeur : un conte magnifique, des illustrations sublimes,  un objet élégant (un grand format avec un dos toilé).

 

Un album magique et sublime où Charlotte Gastaut a eu carte blanche….
Un album magique et sublime où Charlotte Gastaut a eu carte blanche….

Deuxième révélation, Prudence, un album paru chez Flammarion où Charlotte Gastaut a eu carte blanche pour imaginer un album dans sa globalité. Un album magique avec un jeu de papier et de transparence, un texte épuré, avec de « vrais tableaux » à chaque double page.

Puis nouvel émerveillement, cette fois chez Amaterra, avec Le lac des cygnes et L’oiseau de feu, avec une maquette atypique et des pages d’une rare finesse avec un jeu de papier découpé.

Sélection d’autres albums de Charlotte Gastaut : 3 recueils d’albums de Françoise Rachmühl autour de la mythologie (Le grand voyage d’Ulysse, Les douze travaux d’Hercule et Dieux et déesses dans la mythologie grecque), des contes classiques Peau d’âne, Poucette, Boucle d’or (Flammarion), et un très beau livre-CD chez Milan Le voyage de Zadim.

EN QUARANTAINE – Joe OLLMANN

John aQUARANTAINE la quarantaine. Marié avec Chan, il a un bébé… et deux grandes filles de 20 ans et quelques, d’un précédent mariage. Faites le calcul, il a été père très jeune. C’est là son drame ; John aimerait bien pouvoir souffler plutôt que passer ses moments libres dans les couches et les biberons. C’est pas qu’il n’aime pas son enfant, il l’adore, sa femme aussi, mais les nuits écourtées finissent par l’épuiser, il devient un poil acariâtre, et cela se ressent, y compris dans son boulot. Directeur artistique dans une revue culturelle, John a un peu tendance à multiplier les boulettes,  ces derniers temps. Bref, il a besoin de s’évader de son quotidien. Son fils, indirectement, va lui en donner l’occasion.  En surfant sur l’internet à la recherche de vidéos pour son fils, John découvre une charmante chanteuse pour enfants, la très jolie Sherri Smalls, une ancienne chanteuse de rock reconvertie en interprète de chansons enfantines. Après s’être beaucoup interrogé et avoir pas mal fantasmé, John se décide à contacter Sherri par internet en lui proposant une interview pour son magazine. Il part pour New York, et là, le fantasme va devenir réalité… ou pas.

Il y a beaucoup d’humour et de mélancolie aussi dans cet album qui n’est pas autobiographique. L’auteur, Joe Ollmann nous met d’ailleurs tellement en garde sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une autofiction qu’on a un peu de mal à le croire ! John est un homme qui se voit vieillir. 40 ans, c’est la fin du début ou le début de la fin, et il n’a jamais vraiment vécu. Il aurait bien envie de rattraper le temps perdu et en même temps il veut pas perdre ce qu’il a : sa femme et son fils. La tendance de Joe à l’auto-apitoiement pourrait irriter s’il n’était pas aussi marrant, à son corps défendant. Il  faut dire qu’il ne s’épargne pas… et qu’il ne nous épargne aucune de ses (nombreuses) petitesses. Les personnages féminins s’en sortent beaucoup mieux. A commencer par Chan,sa femme, décidément très cool. A sa place, j’en connais plusieurs qui auraient déjà viré le bonhomme, qui peut se révéler assez mesquin. Du genre a chronométrer les minutes de grasse matinée de sa femme et à récriminer si elle dépasse de cinq minutes. Et puis, il y a Sherri qui est vraiment une fille en or. Déterminée, fidèle en amitié… une chose est sûre, elle mérite mieux que John ! La suite dans la BD…

Editions Presque Lune – 24 euros

ELLE – Harriet Lane

elleNina n’a aucun doute : Emma est là, sur le trottoir d’en face. Emma enceinte avec un enfant en bas âge dans une poussette. Et si elle profitait du hasard de ces retrouvailles?
Y a-t-il une chance qu’elle la reconnaisse? Infime, les années ont passé.
Une rencontre positive et cruciale pour Emma, une vengeance masquée pour Nina. Une amitié revigorante et sincère pour l’une, sournoise et intéressée pour l’autre. Pourquoi Nina en veut tellement à Emma ?

Harriet Lane donne la parole tour à tour à ces deux femmes que tout oppose et place le lecteur en témoin direct de scènes de plus en plus troublantes. Jusqu’où peuvent aller certaines personnes pour se venger? Un roman captivant qui se transforme au fil des pages en thriller psychologique…

Editions Plon / Feux croisés / 20,50 €

(traduit de l’anglais par Séverine Quelet)

NOUS LES MENTEURS – E. Lockhart

menteursDès les premières pages, on le sent, ce sera un grand livre. Sentiment confirmé une fois la dernière ligne lue.

Impossible à raconter, sinon je ne pourrais que mentir. Conseil donné en quatrième de couverture que je partage.

Histoire d’une maîtrise incroyable. Histoire bouleversante, belle, tragique, énigmatique.

Quand on termine ce roman, on n’a qu’une envie : le relire.

Editions Gallimard Jeunesse – 14,50 €

Dès 13/14 ans

(traduit de l’anglais par Nathalie Peronny)

LA FAVORITE – Matthias Lehmann

favoriteLa favorite dont il est question s’appelle Constance, et vit avec ses grands-parents, dans une belle mais décrépite demeure. Son univers se limite à cette maison, et son jardin : sa seule compagnie de jeu est une petite chatte, puisqu’elle ne va pas à l’école. Elle vit sous la férule de sa grand-mère, qui distribue cours et punitions, et ne lui laisse pas franchir les limites de la propriété. Son univers rétréci va être chamboulé par l’arrivée d’une famille portugaise : les parents ont été engagés pour travailler et surveiller le domaine, et sont accompagnés de leurs enfants, un garçon et une fille. Très vite, ils vont bousculer la petite bourgeoise.

Le nouveau livre de Matthias Lehmann est un récit noir, raconté par un enfant. En grandissant, Constance se pose des questions sur sa famille, son enfermement, son corps, et celui des autres. Avec quelques indices, elle mène l’enquête, se faufile, et survit malgré tout. L’histoire est cruelle, la grand-mère Folcoche, le grand-père veule, les voisins vicieux, et elle est servie par le beau dessin de Lehmann, tout en noir et en hachures, comme une gravure. Et l’on suit Constance, personnage qui ne se voit pas comme une victime, et qui s’acharne.

Actes Sud – 23€

LE PARCOURS DU COMBATTANT – Michael Malone

parcours du combattantLe quotidien bien réglé de M. Raleigh Hayes, bon père de famille, assureur prudent, citoyen modèle, est bousculé par son père.  Il faut dire que Raleigh détonne dans cette famille de doux dingues, qui s’enfilent des litres de sodas et de saucisses en chantant, alors que le diabète les réduit au fur et à mesure… un vrai cauchemar pour le prévoyant Raleigh. Et quand son père l’oblige à toutes sortes d’actions rocambolesques et à le retrouver à La Nouvelle Orleans, au terme d’un périple bien salé, Raleigh fulmine, traîne les pieds, mais se prend au jeu. Il faut dire qu’il est accompagné de son voisin obèse,  de son frère arnaqueur, d’un jazzman et d’un mafieux.

Le Parcours du combattant est malgré son titre une lecture bien agréable, le bon gros pavé que vous pouvez emmener les yeux fermés en vacances, et qui vous fera pouffer sous le parasol. Les situations et les rencontres s’enchaînent, les personnages ne sont pas épargnés, et l’on passe un excellent moment en compagnie de cette famille toquée, qui cache quelques secrets. Un belle découverte des éditions Sonatine.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Caroline Nicolas.

Sonatine – 23 €

05/06 DEDICACE C. BLAIN

VENDREDI 05 JUIN A 18H

DEDICACE EXCEPTIONNELLE DE CHRISTOPHE BLAIN ! 

 

Quai-dOrsay-2

Nous sommes enchantés, ravis, émus de recevoir Christophe Blain ! Quai d’Orsay, Isaac le pirate, Gus, Socrate le demi-chien, Le Réducteur de vitesse, En cuisine avec Alain Passard, Donjon Potron-Minet, La Révolte d’Hop-Frog : vous avez forcément dans votre vie de lecteur croisé le travail de ce dessinateur hors-pair. Comédie du pouvoir, cowboys amoureux, peintre aventurier, cuisinier magicien : Christophe Blain a le don de jouer avec les genres et de surprendre… son trait vif et son humour en font un des auteurs les plus exaltants de la dernière génération.

 

Rendez-vous vendredi à 18h pour cette rencontre privilégiée !

fille

 

EXCELLENTES NOUVELLES D’AMERIQUE…- R. Rash & D.J Poissant

Deux beaux recueils viennent de paraître, de ce genre littéraire – la nouvelle –  dont les Américains sont aujourd’hui les maîtres incontestés.

incandescencesA tout seigneur tout honneur, commençons par Incandescences, de Ron Rash. Rash est connu des lecteurs français grâce à ses quatre romans précédents. Incandescences est son premier recueil de nouvelles a être traduit chez nous.  Rash est également poète, nous apprend l’éditeur; c’est une dimension qu’on perçoit immédiatement, dès la lecture de la première nouvelle et c’est une impression qui ne nous quitte plus. Les 12 histoires qui composent Incandescences se passent toutes dans les Appalaches, cette région de vieilles montagnes de l’Est des Etats-Unis, où les gens semblent ancrés à leur terre, génération après génération. Une région où la vie reste rude, où elle l’a toujours été. Rash nous y balade, à travers les époques.  Si la plupart des nouvelles ont pour cadre une Amérique contemporaine, d’autres nous parlent de la guerre de Sécession, de la grande dépression des années 20 sans qu’on ait l’impression que ce bout d’Amérique ait tant changé. La drogue, la misère, l’isolement et le violence qui en découle… les thèmes abordés par Ron Rash sont ceux d’autres auteurs américains ( Pollock, Woodrell , Offutt…) qui nous parlent de l’Amérique rurale contemporaine :, mais Ron Rash le fait avec un ton, et une poésie justement, qui n’appartiennent qu’à lui.  Ne vous laissez pas arrêter par la présentation  de l’éditeur qui en quatrième de couverture nous vend ces nouvelles comme autant de « portraits de désespoir rural » (!).  C’est noir, certes,  mais je vous garantis que vous ne regretterez pas votre lecture.

POISSANTDavid James Poissant est un nouveau venu, et comme souvent on est redevable de la découverte de cet auteur étasunien à la collection Terres d’Amérique.  Le paradis des animaux, son premier recueil de nouvelles, montre déjà une impressionnante maîtrise. D’animaux, il est en effet question dans la plupart des 15 nouvelles, mais ce qui constitue le véritable fil rouge de ce recueil, c’est la famille, les chocs qui la mettent à l’épreuve, les rancoeurs qui s’accumulent, les actes que l’on regrette et sur lesquels on aimerait revenir.  Transparents, farfelus, paumés ou carrément à l’Ouest, les personnages de Poissant aussi différents que les nouvelles qu’ils inspirent. Tour à tour drôles ou poignants, flirtant parfois avec le fantastique ou la réalité la plus crue, les récits de Poissant forment un tout cohérent sans jamais donner l’impression de doublonner. Cela nous donne une idée de l’étendue du talent de ce jeune auteur qui est à l’évidence un écrivain à suivre. C’est aussi ce que pense Augustin Trapenard , qui lui consacrait une présentation il y a quelques jours dans le Grand Journal de Canal plus.  

Amateurs de littérature nord-américaine, à vous de vous faire maintenant votre propre idée.

Incandescences est traduit de l’anglais (E.U.A) par Isabelle Reinharez. Editions du Seuil – 20 euros

Le paradis des animaux est traduit de l’anglais (E.U.A) par Michel Lederer – Albin Michel (Terres d’Amérique) – – 25 euros

 

M comme… MUSIQUE

 

musique

Allez, tous en choeur derrière nous.

Malgré un intérêt certain pour les discomobiles, ma carrière de disc-jockey a avorté spontanément, et j’ai dû me rabattre sur la librairie. Mais nous revoilà tout de même confrontés à la question de l’ambiance musicale, car notre modeste échoppe est équipée d’un mange-disque. En fait il était même censé manger les ipods et les clés usb, ce qui réjouissaient les modernes que nous sommes, mais comme on a pris un truc Proline, l’engin s’avère être une fine bouche. Impossible de coller ma playlist d’enfer, 628 morceaux variés et élégants. Fine bouche, et dure d’oreille : la machine ne connaît pas vraiment la nuance dans le volume ; ou c’est fortissimo ou c’est silenzio radio. On a dû planquer les baffles très haut et les retourner contre le mur…

Alors nous voilà retournés au XXe siècle et au bon vieux CD. Mais là, j’ai envie de dire, comme 60 millions de consommateurs, que choisir ? quel miel verser dans vos oreilles ? du jazz ? du rock ? de la chanson à textes ? du smooth trip hop ? de la world dansante ? dans le doute, et en l’absence d’étude convaincante sur le comportement des consommateurs en fonction des ambiances sonores, on met en général ce qu’on aime, et on apporte nos CD. Après tout, on est les premiers concernés. Et c’est là que ça se complique.

D’abord parce qu’on est parfois flemmard, et qu’on rappuie sur le bouton play sans changer de disque. Ce qui fait qu’on peut écouter douze fois le même album. C’est beaucoup. Et même si vous avez une profonde admiration pour un artiste, douze fois, ça commence à sentir le vinaigre. Et vous avez beau planquer le CD au fond du tiroir, votre collègue finit toujours par le retrouver et le remettre, et dès les premières notes, ça commence à vous hérisser le poil.

Et que faire quand votre estimé(e) collègue se prend de passion pour le tango, ou la musique celte, ou les polyphonies corses, et se met à vous inonder avec ?  Il n’y a plus qu’à espérer qu’elle/il se mette au yoga ou à la couture, enfin un truc silencieux. Se pose aussi le problème du chant. Comment faire quand ce(tte) collègue, au demeurant charmant(e) et bourré(e) de qualités, chante tellement faux que cela surprend à chaque fois ? Comment réagir quand certain(e)s se mettent à chantonner du Michel Sardou ou Joe Dassin? Tout de même, empêcher les gens de chanter risque de nuire à notre légendaire team building (*)…

Autre alternative aux CD, la radio ; en jetant l’antenne souple dans la vitrine, on parvient à capter sans trop de grésillements quelques stations. On évite l’écueil de la radio libre bourrée de spots publicitaires, qui interviendrait sur le thème de « avec Mammouth, on écrase les prix » au moment où vous tentez tant bien que mal de convaincre un client d’acheter un coffret Chris Ware à 70€. J’aime bien Fip, parce qu’il n’y a pas de pub, et une programmation épatante. Sauf certains samedis après-midi, où ils sont capables d’enchaîner Barbara avec Léo Ferré, ce qui se révèle un poil lugubre.

C’est pour cela qu’il arrive régulièrement que lorsque vous franchissez le seuil de la librairie, il n’y a pas de musique. C’est apaisant le silence aussi.

(*) Si quelqu’un suggère une soirée karaoké comme séminaire d’entreprise, elle sera châtiée lentement, mais sûrement, et longuement.