MAUVAIS SANG NE SAURAIT MENTIR – Walter Kirn

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A la rencontre d’un effrayant usurpateur…

Walter Kirn est écrivain et vit dans le Montana ; pour rendre service à ses voisins, de bonnes âmes amies des chiens, il propose de convoyer un chien estropié auprès d’un homme prêt à l’adopter, un New Yorkais d’une famille prestigieuse, Clark Rockfeller. Cet excentrique le séduit, et il imagine en faire un matériau littéraire. Leur amitié va durer et prendre un tour nouveau quand Clark est arrêté pour avoir enlevé sa fille à son ex-femme, et qu’on découvre qu’il s’appelle en vrai Christian Karl Gerhartsreiter, qu’il est allemand, qu’il a usé de plusieurs pseudonymes et qu’il est mêlé à un meurtre…

Entre polar, non fiction novel et autoanalyse, Mauvais sang ne saurait mentir est un texte inclassable, insaisissable, comme son objet, cet homme qui ment comme il respire. Walter Kirn, dupé, tente de décrypter le personnage, et de comprendre comment lui aussi a pu y croire à ce point : le menteur a besoin d’un auditoire, et au regard de l’expérience du narrateur et des témoins appelés lors du procès de Gerhartsreiter, l’arnaqueur est somme toute banal, ses inventions grotesques. Mais il manipule le regard, les gens, et les utilise avec une perversité subtile. Un exaltant jeu de miroirs.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par  Éric Chédaille.

Christian Bourgois – 21€

LA SEMAINE DES BETISES – Mily Cabrol & Amélie Graux

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L’emploi du temps d’une petite fille très facétieuse…

Mila est une petite fille brune à frange, qui ne ménage pas ses parents : chaque jour, elle invente des histoires et des bêtises, et met à sac chaque pièce de la maison avec le sourire. Quand va-t-elle s’arrêter ?

C’est pas moi c’est mon loup des mêmes auteurs était déjà un régal, avec son dessin au crayon tout en rondeur et en couleurs. La petite fille a un minois et des attitudes facétieuses ; ses parents ont des grimaces et des expressions tordantes. Avec une feinte innocence, Mila est une vraie tornade et en fait voir de toutes les couleurs à ses pauvres parents qui sont bien à plaindre … une ode à la créativité enfantine et l’on pouffe à chaque page!

A partir de 4 ans.

Milan – 9,90€

LE GRAND MENSONGE – Valentine Goby

pommerolLa famille Pommerol doit annuler son voyage en Chine ! Après des mois de préparation, ils doivent accepter d’y renoncer quelques jours avant le grand départ… Les parents ont alors une idée saugrenue : faire croire qu’ils sont réellement partis. Ils ne se sentent pas de l’annoncer à tout le voisinage, aux commerçants du quartier et surtout pas à la famille et aux amis !

Ils vont rester à la maison, volets clos, en essayant de ne faire aucun bruit, ils vont manger chinois à tous les repas, potasser cartes et documentaires sur ce vaste pays… Mais combien de temps vont-ils tenir ? Surtout Juliette la plus jeune des soeurs qui aimerait bien se dégourdir les jambes à l’extérieur…

Un nouveau roman dans la collection En voiture Simone ! signé Valentine Goby, un auteur talentueux que j’avais découverte avec Banquises… Elle réussit à merveille à adapter sa plume aux 8-10 ans en écrivant un texte drôle et instructif autour d’un gros mensonge ! En tout cas, une fois terminé, on a déjà envie de découvrir une nouvelle aventure de la famille Pommerol…

Editions Thierry Magnier – 7,20 €

MENTINE – JO WITEK

MENTINETome 1 : Privée de réseau !

Mentine est déçue, son mois de juillet tant attendu va prendre une toute autre tournure. A cause de ses mauvais résultats scolaires, ses parents ont décidé de l’envoyer passer les deux mois d’été dans une bergerie dans le Larzac, chez Raoul, un vieil ami de sa grand-mère ! Elle commence à regretter d’avoir échoué à tous ses contrôles, malgré son QI démentiel… Même en promettant d’avoir 19 de moyenne en 3ème, cela n’a pas suffi. Elle arrive avec une vraie valise de fille (robes légères, maquillage…), avec comme seul souci, savoir si elle aura du réseau une fois sur place… Accueillie par un grand monsieur un peu abrupt voire antipathique, son arrivée est encore pire que ce qu’elle avait imaginée !

Voici la première aventure de Mentine, une jeune fille qui combine une intelligence démesurée à un sacré caractère ! Même si parfois elle surfe sur des clichés, avec un scénario sans réelle surprise, Jo Witek signe ici, grâce à une écriture assez vive et dialoguée,  une histoire agréable à lire très ancrée dans le quotidien d’une collégienne qui va redécouvrir des petits plaisirs de la vie, la joie de recevoir des lettres, de faire des veillées à la belle étoile…

Editions Flammarion – 13 €

Dès 11-12 ans

Avec des petits portraits signés Margaux Motin, qui s’amuse à chaque entrée de chapitre, à imaginer les expressions de Mentine au fur et à mesure de ses vacances…

 

 

L’ILE AUX FEMMES – ZANZIM

ZANZIMCéleste Bompard est un homme comblé. Pour qui apprécie autant la compagnie de la gent féminine que notre héros, y a-t-il sort plus délectable que de se réveiller sur une île habitée exclusivement par des femmes ? Ce fantasme masculin assez répandu, Céleste Bompard le réalise à la faveur du tir d’artillerie dont son biplan est la cible. L’as de l’aviation, touché par les Allemands au-dessus des tranchées du nord de la France se réveille dans l’île de la tentation. L’effet de surprise digéré, Céleste Bompard entend bien profiter au maximum de la situation. Mais l’île aux femmes, malgré ses attraits n’est pas sans désagréments ni dangers comme notre héros ne va pas tarder à s’en apercevoir.

Zanzim signe ici un récit coquin et drôle de bout en bout, servi par un trait expressif et élégant qui rappelle parfois celui de Christophe Blain. Un très chouette album à découvrir sans tarder.

Editions Glénat – 19,50 euros

AVALER DU SABLE – ANTONIO XERXENESKY

AVALERDes familles rivales, une tenancière de saloon délurée, un shérif taiseux sorti de nulle part, une jeune fille séduite par le fils de la famille adverse… on tient là tous les ingrédients d’un western classique. L’originalité d’Avaler du sable tient à la façon qu’a l’auteur de les assembler. Car Avaler du sable c’est un western et c’est en même temps l’histoire de Miguel, l’homme en train d’écrire le western que nous lisons par dessus son épaule, western qui retrace l’histoire (fantasmée ? jusqu’à quel point ?) de ses ancêtres dans la petite ville poussiéreuse de Mavrak, au beau milieu de nulle part.

Cette mise en abyme, plutôt réussie, donne du relief au thème qui traverse le roman : l’incompréhension entre père et fils et l’inévitable déception qui s’ensuit. Surtout,  elle confère au roman un faux rythme qui nous indique que justement, on n’est  pas en train de lire un western classique.  Bien vu aussi le contraste entre l’atmosphère crépusculaire du récit installée dès l’incipit (« Et les morts reviendront à la vie ! » s’exclama le chaman dans la nuit) et le côté foutraque assumé qui tire le roman vers la série B et empêche qu’à aucun moment on ne prenne cette histoire tout à fait au sérieux.  Si on doit se risquer à faire un parallèle, le nom de Tarantino vient assez naturellement à l’esprit. Plus précisément, le roman de Xerxenesky me fait penser à Une nuit en enfer une réjouissante série B  de Robert Rodriguez, scénarisée par Quentin Tarantino, justement.

Un premier roman avec de belles promesses, à découvrir, qu’on soit ou non amateur de westerns.

Traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro

Editions Asphalte – 15 euros.

 

PIEGES ET SACRIFICES – Roger Smith

SMITHRetour au cap, pour ce  5ème roman de Roger Smith, qui nous montre une fois encore l’envers du décor de la nouvelle Afrique du Sud.  Le héros de Pièges et sacrifices est Mike Lane, un libraire très à l’aise financièrement (*). Mike et sa femme Beverley ont un fils, grand espoir du rugby sud-africain et une brute épaisse non dénuée de sadisme.  Chris – c’est le nom de ce charmant garçon – ramène un soir une fille à la maison et la soirée dérape salement. Sous l’effet des stéroïdes dont il fait une grande consommation, Chris tue la fille. Beverley décide de faire porter le chapeau au fils de Denise, leur bonne qui vit à proximité, dans une dépendance de la propriété. Par lâcheté, parce qu’il n’ose ni s’opposer à sa femme ni dénoncer son fils, Mike laisse faire. Le stratagème marche d’autant mieux que le fils, Lynndall, est une petite frappe qui  s’est déjà rendue coupable d’une nombre conséquent de méfaits.

La seule à ne pas croire à la version officielle des faits est Louise, la fille de Denise et soeur de Lynndall. Louise qui s’est élevée socialement, a fait des études en grande partie grâce à Mike qui fut pour elle un appui constant et dans une certaine mesure un père de substitution. Pour Louise, remettre en cause l’histoire concoctée par la famille Lane, c’est remettre en cause l’attachement quasi-filial qu’elle continue à porter à Mike Lane un peu à son corps défendant.

 Pièges et sacrifices est un roman sombre et violent qui nous montre les nouvelles formes que peut prendre la discrimination dans le pays libéré de l’Apartheid.  Tous les personnages sont extrêmement bien campés, Louise en particulier à travers la relation complexe qui la lie à Mike Lane. L’intrigue psychologique prend vite le pas sur l’enquête policière et s’il y a peu de suspense à proprement parler, le roman est haletant du début à la fin.

Pièges et sacrifices est le meilleur polar que j’ai eu l’occasion de lire depuis pas mal de temps.

Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Elsa Maggion

Calmann-Lévy – 20.90 euros

(*) ce livre est une fiction.

NE T’ARRETE PAS – MICHELLE GAGNON

ne t'arrete pasTome 1  : Expérience Noa Torson

Voici un thriller très réussi, l’intrigue démarre dès la première page, le scénario est bien construit, et suffisamment riche pour que le rythme ne ralentisse à aucun moment. Entre Komiko (pour les références informatiques, nos deux héros sont hackers pour de nobles causes…) et Jenna Fox (pour l’ambiance, l’incertitude de l’époque, notamment au début et le côté médical), ce polar fantastique met en scène deux ados face à une épidémie qui touche essentiellement les adolescents.

Noa se réveille sur une table d’opération, dans une sorte d’hôpital improvisé, avec une cicatrice sur le torse. Une mauvaise intuition la pousse à se sauver ! Peter fouille, pendant leur absence, dans les dossiers de ses parents, consulte un fichier sur l’ordinateur, et au bout de 5 minutes, des hommes armés entrent dans sa maison… Chacun des deux  ados devra fuir, de tout urgence ! Leur point commun, un site de hackers nommé Alliance…

Editions Nathan – 16,90 €

Dès 13/14 ans

 

EURAOUNDZEWEURLD – Merlot et Joëlle Jolivet

around worldA première vue, imprononçable… puis quand on le lit à voix haute, bien sûr, Around the world !!! On ouvre ce bel album, on met le CD dans le lecteur, avec en tête quand même l’air de Daft Punk, et on est immédiatement séduit ! Joëlle Jolivet a composé des planches d’une grande richesse pour chaque pays. On reconnaît son coup de crayon, mais elle s’est amusée en plus à créer de vrais univers à chaque fois, très colorés, avec selon les planches un mélange d’illustrations et de photos, mis en valeur par une maquette très réussie et harmonieuse.

Idem pour la musique et les paroles… Merlot et ses musiciens nous embarquent dans un très beau voyage, on fait le tour du monde en chansons, avec des compositions et des rythmes très adaptés à chaque pays. Les paroles évoquent des clichés mais pas que, on trouve des anecdotes, des infos géographiques, climatiques, linguistiques, politiques, gastronomiques… Des textes légers, drôles parfois, plus sérieux pour d’autres. Et les mélodies restent en tête une fois le disque fini, avec une seule envie: le réécouter !

Voici une vidéo avec la présentation des musiciens, et des extraits de chansons  :

Editions Little Village – 22 €

Les pays : le Liechtenstein, l’Espagne, la Chine, le Mali, le Mexique, le Congo, l’Algérie, l’Irlande, la Russie, l’Arctique, Tahiti, les Etats-Unis, le Bangladesh et le Brésil.

Et une chouette chanson sur tous les pays, une sur les avions et même une, instructive sur les dictateurs…

 

Le démon avance toujours en ligne droite – Eric Pessan

DEMON PESSANComment devenir père quand on n’a pas connu le sien et qu’on entend depuis l’enfance des absurdités sur les hommes ? Elevé par sa mère et sa grand-mère, notre héros est persuadé qu’une malédiction détruit les hommes de la famille… « Ton père a été emporté par ses démons, comme ton grand-père, on n’échappe pas à ses démons. Personne. Jamais. » Elles lui ont transmis leur mal-être, en lui répétant chaque jour qu’ils étaient des lâches, des bons à rien.

Un couple en perte de vitesse, des voix qui le hantent, une peur terrible d’avoir un enfant… Il décide de faire une pause, et de partir sur les traces de ces deux hommes qu’il n’a pas connus. Il commence par l’Allemagne, juste le week-end de la fête des pères, coïncidence surprenante. Puis direction le Portugal avec un besoin vital d’explorer les quartiers de Lisbonne où son père aurait pu se rendre avant de disparaître. Pourchassé par son démon, il se dédouble inconsciemment, tantôt en un homme sensible, réfléchi et résistant tantôt en un homme égoïste et solitaire. A ces moments-là, il se glisse dans la peau de son père, qui avait choisi de vivre dans la rue…

Un roman troublant et marquant sur le parcours d’un homme en réflexion sur la paternité, avec un héros qui essaie de comprendre les choix de son père et de son grand-père, qui ont choisi tout deux d’abandonner femme et enfant, de pardonner ou pas les rancoeurs de leurs épouses  et d’approcher ce fameux démon pour un combat à l’issue incertaine… Eric Pessan réussit à nous faire partager les pensées complexes de son héros qui lutte avec violence contre ses angoisses, en retranscrivant parfaitement cette atmosphère oppressante, comme dans son précédent roman,  Muette.

Un auteur à découvrir !

Editions Albin Michel – 20 €