ZOOM SUR 3 DECOUVERTES DE LA SEMAINE !

Notre rendez-vous du vendredi !

Parmi toutes les nouveautés de la semaine, nous vous proposons un zoom sur 1 livre illustré pour adultes, 1 roman et 1 ouvrage jeunesse : 3 livres qui sortent du lot par leur originalité et/ou leur grande qualité.

Cette semaine : Franky et Nicole, la super compil BD des Requins Marteaux, Outsiders de Guy Darol dans la collection Music du Castor Astral et enfin Petites et grosses bêtes de la jungle de Magali Attiogbe chez Amaterra .

LE LIVRE DES SECRETS – Fiona Kidman & L’INVITE DU SOIR – Fiona McFarlane

Hormis les wombats, Flight of the conchords, et des paysages à couper le souffle, l’Océanie recèle aussi de surprenants auteurs. Pour preuve, deux étranges romans parus récemment.

livre des secretsAprès des recueils de nouvelles très réussis (Rescapée et Gare au feu), les éditions Sabine Wespieser publie le roman de Fiona Kidman, Le Livre des secrets. C’est un vaste roman, qui embrasse trois générations de femmes, Isabella, Annie et Maria, et trois continents, l’Ecosse du vieux continent, l’Amérique du Nord avec la Nouvelle Ecosse, puis l’Océanie, avec un détour par l’Australie, pour finir en Nouvelle Zélande. Mais derrière les traversées spectaculaires se jouent surtout un subtil jeu de pouvoir et de liberté entre les différents personnages de la petite communauté, guidée par l’austère McLeod. Les choix de chacune composent un tableau nuancé du destin féminin au XIXe siècle.

invite du soirL’invité du soir est un tigre. Ruth, qui habite un tranquille bungalow au bord de la côte austalienne, le sent une nuit. Rêve ou hallucination, le félin est le premier signe de glissement de Ruth. Des enfants à distance, une aide-ménagère envahissante, un vieil amour de jeunesse qui réapparaît : le quotidien de cette femme bascule lentement mais sûrement. Fiona McFarlane dépeint une troublante atmosphère, entre rêve, cauchemar, souvenir et délire. Un texte qui vous bouscule non pas brusquement, mais profondément.

Le Livre des secrets de Fiona Kidman, traduit de l’anglais par Dominique Goy-Blanquet (éditions Sabine Wespieser) – 25€
L’invité du soir de Fiona McFarlane, traduit de l’anglais par Carine Chichereau (éditions de l’Olivier) – 22,50€

LA REVOLTE DES CAFARDS – Oscar Zeta Acosta

ACOSTA Quel que soit l’angle sous lequel on l’aborde, Oscar Zeta Acosta est un personnage hors du commun. Pote de Hunter S. Thomson (dans Las Vegas Parano, c’est lui Docteur Gonzo), le Bison – le surnom qu’il se donne – est à la fois un activiste politique et un bringueur invétéré. Si le premier de ses deux récits autobiographiques, Mémoires d’un bison (pas lu) traitait essentiellement de son histoire et de son parcours personnels, « La révolte des cafards » est centré sur le combat politique de Oscar Z. Acosta : la défense des droits des chicanos, ces étatsuniens d’expression hispanique et d’origine mexicaine qui vivent en Californie et dans les états du sud des E.U.A. et sont souvent considérés comme des citoyens de seconde zone.

Nous voici donc à Los Angeles, à la fin des années 60. Après avoir sillonné les Etats-Unis et travaillé de-ci de-là, Acosta souhaite se poser quelques temps et commencer LE livre qu’il rêve d’écrire. Sauf que l’action judiciaire et politique le rattrape et qu’il se retrouve très vite à défendre des groupes de militants chicanos arrêtés pour avoir perturbé le service religieux dans une église. Premier combat suivi de beaucoup d’autres, tous menés avec une énergie féroce par le Bison, qui ne vole pas son surnom ! Procès, sit-in, manifs et même campagne électorale pour le poste de shérif, le Bison fait feu de tout bois, sans oublier de recharger les accus à coups de beuveries et de parties de jambes en l’air. Un récit aussi énorme que son protagoniste, mystérieusement disparu en 1974, peu après la sortie de son deuxième et dernier livre.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Romain Guillou
Editions Tusitala – 20 euros Mémoires d’un bison est disponible chez Tusitala (20 euros) ou en poche, chez 10*18 (7.80 euros)

DU VIDE PLEIN LES YEUX – Jeremie Guez

GUEZ Découvert avec un certain retard (la sortie date de novembre dernier) et dévoré dans la matinée d’hier, cet excellent polar d’un auteur qui a déjà une certaine notoriété puisqu’il a reçu le prix SNCF du polar 2013 avec son bouquin précédent, Balancé dans les cordes.

Idir est le fils d’un médecin d’origine kabyle. Etudiant dans une école (de commerce ?) où les étudiants ont tous plus de pognon les uns que les autres, il est bien parti pour poursuivre l’ascension sociale entamée par son père. Jusqu’au jour où une sombre histoire de passage à tabac opéré sur l’un de ses camarades de classe contre un peu d’argent lui vaut un séjour de 6 mois derrière les barreaux.

A la sortie, pas question de reprendre les études, mais grâce à la double formation Taule + Ecole de commerce, il se trouve un boulot dans ses cordes, simple à défaut d’être super valorisant. Aider les riches à régler des situations problématiques. « Je ne suis pas un voyou et je n’en serai jamais un » dit Iris. Pour la rue, je suis une grosse baltringue mais pour ces gens-là, je suis le putain de grand méchant loup. J’offre une solution de facilité : je comprends leur besoin, je parle leur langue et leur garantis que les choses n’iront pas trop loin. »

C’est ainsi qu’à quelques jours d’intervalle, Idir se retrouve convoqué par l’héritier d’un groupe de presse dont le jeune frère a disparu et par le patron d’un grand groupe, père de l’un de ses copains, qui veut récupérer la très luxueuse voiture qu’on lui a volée. Deux enquêtes qui vont entraîner Idir bien loin des boulots de pure routine auxquels il souhaitait se cantonner.

Un excellent polar français, bien écrit et très nerveux, impossible à lâcher avant la dernière page.

Editions La Tengo – 15 euros.

RENCONTRE AVEC LAURA CARRERE JEUDI 26 JUIN A PARTIR DE 19 HEURES

Jeudi 26 juin à partir de 19 heures, Laura Carrere signera Sortie de route, son premier recueil de nouvelles qui vient de paraître aux Editions Territoires Témoins.

sortieroute

Avec Sortie de route, Laura Carrere signe un épatant premier recueil de nouvelles où s’affirment déjà un univers et un ton très personnels. Elle nous offre sept histoires, tour à tour graves ou légères, qui nous font entendre une même petite musique, reprise chaque fois sur un registre différent.

Travailleurs bien insérés socialement, pères de famille responsables, sages amoureuses, employées consciencieuses, les protagonistes de ces histoires sont des gens ordinaires, que rien ne distingue de la masse de leurs contemporains. Ce qui les rapproche, outre leur quotidien (trop ?) bien huilé, c’est une certaine tendance à vouloir tout contrôler, une évidente difficulté à lâcher prise. Voici des gens bien, sans doute, mais de la « chair à roman » ? Sûrement pas…

Sauf que Laura Carrere entreprend d’introduire dans ces mécaniques de vie si bien huilées le grain de sable qui va forcer ses héros à s’engager sur des itinéraires inconnus, les confronter à des problématiques nouvelles, inhabituelles. Que se passe-t-il quand l’inattendu s’invite dans votre vie et que s’effilochent les certitudes ? Les héros de Laura Carrere explorent chacun à leur manière, avec leurs forces, leurs craintes et leurs espoirs secrets cet inconnu, qui se manifeste sous des formes très diverses : de l’incident anecdotique (la perte d’une peluche adorée) à la nouvelle dramatique (une grossesse non désirée).

Sortie de route est une belle réussite. Un peu à la manière d’une Annie Proulx, l’auteur met en scène notre quotidien avec beaucoup de délicatesse, d’humour, de mélancolie parfois, sans s’interdire d’introduire au besoin un grain de folie (l’hilarant Gougou). Voilà qui promet aux lecteurs et lectrices un vrai bonheur de lecture.

Editions Territoires Temoins – 19 euros

APRES LA PEINE – Ahmed Kalouaz

apres peineLudovic ne sait pas comment réagir : des policiers sont venus chercher son père à leur domicile et ont emporté tout leur matériel informatique. 3 mois de prison, un verdict très dur pour Ludovic et sa mère. C’est une réelle surprise, ils ne soupçonnaient pas une seconde qu’il pourrait un jour tomber dans l’illégalité. Comment ce comptable à la vie en apparence irréprochable a pu arnaquer plusieurs personnes ? Ils doivent en plus gérer un nouveau quotidien, affronter le regard des autres, se rendre à la prison régulièrement. Ludovic est perdu, il ne sait pas comment réagir face à son père : lui pardonner ? comprendre ? Comment supporter cette nouvelle et comment se préparer à son retour ?
Après cette absence hors-norme, son père lui propose une virée à deux dans les Cévennes, l’occasion de renouer, de réparer un lien fragilisé. Après les Chiens de la presqu’île (un petit polar original pour les 9-11 ans), Ahmed Kalouaz raconte ici une histoire très touchante et réaliste; avec une fin belle et inattendue. Il réussit dans ce court roman à trouver les mots justes et à retranscrire à merveille leur difficulté de communiquer, et le décalage de leurs attentes respectives. Ludovic est impatient et inquiet, il attend les réponses à toutes ses questions avec la crainte d’être déçu. Quant au père, il a envie avant tout de passer du temps avec son fils, de profiter de ce moment privilégié, hors du temps.

Editions du Rouergue – 9,70 €
Dès 13 ans

HIGHLAND FLING – Nancy Mitford

highland flingSally et Walter se fiancent dans un taxi puis se marient, tandis que leur ami Albert part à Paris étudier la peinture. De retour à Londres, il va suivre le couple à qui l’on a prêté un manoir en Ecosse, et faire plus ample connaissance avec Jane, la meilleure amie de Sally, au milieu de l’habituelle faune du lieu qui vient comme chaque année pour la chasse à courre.
Nancy Mitford incarne à merveille la comédie anglaise, version années 30. On brocarde gaiement l’aristocratie en buvant des cocktails, on tombe amoureux en un clin d’oeil, on est snob comme on respire… Comédie de mariage et satire sociale, Highland Fling est le premier roman de cette écrivaine anglaise qui écrivit ensuite Charivari (dont je vous répète tout le bien que j’en pense) et plus tard La Poursuite de l’amour. Les dialogues piquants et les personnages pittoresques devraient bien vous arracher quelques gloussements entre deux gorgées de thé. Ou de cocktails.

Traduit de l’anglais par Charlotte Motley.

Christian Bourgois – 18€