PROFANES – Jeanne Benameur

profanesOctave Lassalle dresse un bilan de sa vie. Cet ancien chirurgien à la carrière irréprochable ne s’est jamais complètement remis du décès brutal de sa fille. Une solution originale s’impose alors à lui : il embauche quatre personnes d’horizons divers pour s’occuper de lui. Elles devront, chaque jour à tour de rôle, venir dans sa maison et partager quelque chose avec lui. Le matin, Marc aura entre autres pour mission l’entretien du jardin, en début d’après-midi, Hélène prendra le relais et devra se charger de la reproduction du portrait de sa fille à partir d’une photo, Yolande ensuite s’atèlera au rangement et au tri des placards et enfin Béatrice veillera sur lui la nuit. Se construit alors une belle osmose entre ces cinq personnes qui vont petit à petit sans le vouloir et sans le savoir s’apporter mutuellement. Octave Lassale va grâce à ses nouveaux pensionnaires avoir le courage et la force d’avancer et de s’autoriser des choses qui lui paraissaient impossibles voire insurmontables. Il va aussi s’interroger sur la vie et la mort, son intérêt pour les portraits du Fayoum ou sa lecture quotidienne de l’Ecclésiaste ne sont peut-être pas anodins. Ses quatre « aides », quant à elles, verront aussi la vie autrement, car chacune ont un point commun, elles cachent en elle une blessure profonde…

Jeanne Benameur signe ici un très beau roman que l’on savoure de la première à la dernière page. L’écriture, l’histoire, le sujet… tout est maîtrisé et confère au roman un côté sacré. Une lecture vraiment marquante.

Editions Actes Sud – 20 €

ILS VIVENT LA NUIT – Dennis Lehane

ils vivent la nuit Joe Coughlin a beau être né dans une bonne famille bostonienne et être le fils d’un commissaire, il préfère « vivre la nuit » et devenir hors-la-loi ; le jeune Irlandais compte bien devenir quelqu’un, et profiter de la Prohibition pour grimper dans la hiérarchie de la pègre. C’est sans compter sa rencontre avec Emma Gould, la maîtresse d’un des caïds de la ville.
Sur une trame classique, mais efficace, à la manière d‘Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, nous suivons le parcours d’un apprenti malfrat, avec en toile de fond l’Amérique des années 20. Joe passe par la case prison, puis débarque en Floride ; rebondissements, personnages secondaires et dialogues sont bien sentis, avec une bonne dose de femmes fatales et de coups fourrés inventifs! un délectable moment de lecture donc…

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Maillet

Rivages – 23,50€

MAMIE GANGSTER – David Walliams

Mamie gangsterBen déteste les vendredis soirs synonymes de soirées en tête-à-tête avec sa grand-mère. Elle empeste le chou, ne cuisine que du chou et en plus de ça, elle adore jouer au scrabble.
Oui mais voilà, Ben déteste le chou (et son odeur) et a horreur du scrabble.
Un jour, alors que le petit garçon s’apprête à prendre un biscuit, il tombe sur une boîte à gâteaux remplie de diamants et d’or, un vrai trésor ! Sa mamie est peut-être loin d’être celle qu’il imaginait, elle est peut-être même voleuse professionnelle…
Ben se prend alors d’une grande grande admiration pour sa grand-mère et monte même un plan pour aller voler les joyaux de la couronne anglaise.
Mais pourquoi une dame aussi riche qu’elle ne mange que du chou ? Qui est-elle vraiment ? Que cache-t-elle à son petit fils ?

Une histoire pleine de tendresse où une mamie est prête à tout pour rattraper le temps perdu avec son petit-fils avant qu’il ne soit trop tard…

Editions Albin Michel – collection « Witty » – 12€50
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Valérie Le Plouhinec
Dès 9 ans

S comme… STAGIAIRE



Des jeunes qui-n’en-veulent, on en veut !

Puisque grâce à la magie de l’internet, l’audience de ce site déborde aujourd’hui des limites du 19ème arrondissement, qu’elle s’étend de l’autre côté du périphérique et atteint des contrées sauvages et reculées, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler à ceux et celles qui nous connaissent par l’entremise de ce blog que notre librairie est cernée par les collèges.

De ce fait, nous constituons une cible de choix pour les élèves des classes de 3ème, lors de la grande transhumance annuelle qui les mène de commerce en bureau à la recherche d’un lieu d’accueil où réaliser le fameux « stage en entreprise », avatar moderne du service national, puisque l’ensemble d’une classe d’âge y est soumis .

Rappelons en quelques mots le principe de ce stage. Le collégien(ne) de 3ème est cruellement arraché(e) à son smartphone pour être plongé(e) dans le grand bain de la vie professionnelle, histoire d’y tremper un orteil pour voir l’effet que ça fait. L’immersion dure une semaine et doit permettre au collégien de prendre conscience du quotidien d’une entreprise. Arriver à peu près à l’heure, ne pas occuper la chaise du chef à la place du chef, tenir la porte aux vieilles dames, apprendre à partager ses Petits Lus, le genre de choses qui fait de nous des êtres civilisés.

La difficile sélection des stagiaires

Avec le nombre de demandes que nous recevons tout au long de l’année (avec un pic en février) nous pourrions sans problème pratiquer l’élevage industriel de stagiaires en batterie, ce qui toutefois n’entre pas dans nos projets, pas tant que l’Union Européenne ne proposera pas des subventions au moins égales à celle offertes pour l’élevage des bêtes à cornes. Dès lors se pose la question : quel collégien prendre et sur quels critères faire ce choix ? Comme demander un CV à des gamins de 13 ans ou faire passer des entretiens d’embauche me semble légèrement grotesque, c’est la bonne vieille méthode du « premier arrivé, premier servi » qui s’applique dans toute sa rigueur. Ce qui en définitive n’est pas plus ridicule que la graphologie, la numérologie, l’astrologie ou la dernière lubie à la mode que les cabinets de recrutement facturent à prix d’or à leurs crédules clients. Par rapport aux techniques précitées, mon système a l’avantage de l’antériorité puisqu’il fut utilisé dès le 6ème siècle par l’Empereur Anastase qui désigna ainsi son successeur, lequel ne s’avéra pas pire qu’un autre (*). Pour être tout à fait honnête, reconnaissons que ce système efficace et juste n’exclut pas une judicieuse dose de piston, pratiqué pour des raisons familiales, amicales ou même commerciales. Mais n’est-il pas justement formulé sur les documents de liaison que me remettent les collégiens que le stage doit permettre de leur donner « une première approche de la vie en entreprise » ? Qui prétendra sérieusement qu’une bonne compréhension du principe du piston aille à l’encontre de cet objectif pédagogique ?

Le choix cruel étant fait, c’est en moyenne trois stagiaires de 3ème que nous accueillons chaque année. Nous venons ce mois-ci de « finir » ce qui doit être le vingt-deux ou vingt-troisième stagiaire et attendons la prochaine de pied ferme.

23, c’est un nombre suffisant, me semble-t-il, pour tirer quelques leçons, dégager des constantes et essayer de proposer une petite typologie.

L’ingénu(e). C’est plutôt un garçon, et il habite à moins de 5 minutes de la librairie. C’est d’ailleurs pour le côté pratique qu’il a posé sa candidature. Une raison qui en vaut une autre et qu’il donne en toute innocence. Et puis, la librairie, c’est moins dangereux que la boucherie et moins salissant. D’ailleurs la boucherie ne prend pas de stagiaire. Il le sait car il s’est fait les magasins de la rue un par un, et que le boucher, c’est justement notre voisin. Si nous le refusons, l’ingénu poussera jusqu’au pressing d’à côté. La persévérance est une de ses qualités. De même que l’honnêteté. L’ingénu n’essaie pas de se faire passer pour le lecteur forcené qu’il n’est pas, mais vu qu’il se trouve maintenant dans une librairie et qu’il a bon esprit, il est bien décidé à s’intéresser à la vie de notre petit commerce. Il ne rechigne à aucune tâche, et peut même se révéler tout à fait intéressé. Il en est alors le premier surpris. Sa tâche préférée : le classement des mangas par numéro, la vérification des stocks de mangas, qu’il accomplit avec zèle et sérieux. Il est content d’arriver le lundi et tout aussi content de repartir le vendredi. L’un dans l’autre, tout le monde, stagiaire et libraires a passé un agréable moment. La famille des ingénus constitue le gros des troupes de stagiaires, la majorité silencieuse.

Le dilettante. En règle générale, le stage de 3ème a lieu juste avant les vacances. Mais pour le dilettante, le stage de 3ème c’est déjà les vacances. Je dis le dilettante, car si la version féminine existe, nous ne l’avons pas encore rencontrée. Le dilettante est plus sûr de lui que l’ingénu, ce qu’on vérifie par sa maîtrise précoce du pipeau, pratique qu’il portera à la hauteur d’un art dans quelques années, par la fréquentation d’une école de commerce. Le dilettante nous a choisi entre toutes les possibilités qui s’offraient à lui, et n’envisageait pas un instant de faire son stage dans un autre endroit, parce ce que nous le valons bien. C’est en tout cas ce qu’il nous dit en déposant sa candidature. La tâche préférée du dilettante est de tenir la caisse. C’est ce qui lui paraît le plus proche du rôle qu’il mérite : chef d’orchestre, en pleine lumière. Tenir la caisse offre l’avantage non négligeable de lui permettre d’utiliser la douchette-scanneuse de code-barres dont le maniement est pour lui une source de jeux, de joie et d’étonnement infinis.

La passionnée. C’est toujours une fille. Pas étonnant, car à 13 ou 14 ans, elles représentent au bas mot 90% des lecteurs réguliers. J’entends par lecteur régulier les boloss (**) qui trouvent que les lectures que donne la prof, c’est pas suffisant et trouvent fun de s’envoyer 3 ou 400 pages sans image, sans baston, sans Naruto, sans rien, quoi. La passionnée compte les jours qui la séparent des débuts de son stage, revient plusieurs fois pour être bien sûre qu’on ne l’a pas oubliée. Une fois dans la place, elle n’hésite pas à faire du rab’. On est presque obligés de la mettre dehors le soir. Sa tâche préférée ? Toutes, sans exception. Son objectif, c’est de comprendre notre travail en long, en large et en travers. D’où une incessante batterie de questions. Avec elle, c’est bien simple, c’est nous qui avons l’impression de passer un examen.

L’expert. Si les petits cochons ne le mangent pas en route, il entrera à Polytechnique un jour, car il a déjà compris le mot d’ordre de cette noble institution « La première fois tu m’expliques, la fois suivante c’est moi qui te dis comment faire ». Avec lui ou avec elle, vous bénéficiez d’un consultant à l’oeil. Libre à vous d’en tirer parti, il est là pour cela. Il n’hésite pas à vous conseiller dans votre stratégie d’achat, à interrompre le représentant qui présente ses nouveautés, « Pourquoi tu prends pas ce bouquin ? ça a l’air très bien ». L’expert est en général ravi de son stage et il ne doute pas que ce fut un grand moment pour nous. Au moment de vous quitter, il a tout de même un petit pincement au cœur : comment diable allez-vous bien faire pour vous en sortir sans lui ?

Je m’en voudrais de terminer ce petit laïus sans vous entretenir d’un phénomène curieux mais que j’observe de manière systématique. Je crois utile de préciser que je ne fais pas partie des vieux schnocks sortis de l’école depuis 30 ans et qui critiquent toute nouveauté et disent systématiquement que c’était mieux avant (moi, je me contente de penser que c’était mieux avant). Mais bon, il faut le dire, il faut l’écrire, les choses filent en quenouille.

Je ne parle pas de l’orthographe, bien sûr, qui n’est qu’une survivance rigolote et un peu désuète, un peu comme la pince à sucre, c’est amusant mais on peut vivre sans. De toute manière, je m’empresse de rassurer les parents dont la progéniture fait preuve d’une orthographe créative, on peut faire carrière sans. Même dans l’édition. J’en veux pour preuve les courriels adressés par certains directeurs commerciaux de maisons d’éditions de premier plan, que seules la charité, la crainte de possibles rétorsions commerciales et aussi une certaine forme de lâcheté m’interdisent de nommer. Fermons la parenthèse. C’est de l’ordre alphabétique dont je veux causer. Parce qu’à l’instar du gypaète barbu, il est sérieusement menacé de disparition. Le A, le B ça va, c’est après que ça se complique. Chacun a sa propre idée sur l’ordre à respecter. Ce qui explique le temps que nous mettons à mettre la main sur les commandes (mal) rangées à votre nom dans l’armoire derrière la caisse. On voit des choses surprenantes, vraiment. Mais bon, quand je vois la vitesse avec laquelle ils apprennent à se servir du bouzin informatique qui nous sert à faire à peu près tout, instrument avec lequel j’entretiens encore des relations distantes après bien des années d’utilisation, je fais moins mon malin. Comme quoi, le stage de 3ème, c’est bien utile, et pas que pour les élèves de 3ème.

(*) page 65 de L’écriture du monde, l’excellent roman que François Taillandier vient de faire paraître chez Stock.

(**) une sorte de blaireau 2.0

KONGO – Tom Tirabosco & Christian Perrissin

kongoAvant d’être un auteur à succès de splendides romans de mer et d’aventure, Joseph Conrad fut Jozef Teodor Konrad Korzeniowski, un capitaine d’origine polonaise qui travailla pour la marine marchande britannique. En 1890, il ne trouve plus de travail sur la flotte anglaise, et signe un contrat de 3 ans avec Thys, promoteur des ambitions coloniales du roi des Belges Léopold. Sa mission consiste à assurer le transport des marchandises sur le fleuve Congo. Si dans les salons européens on se gargarise en parlant de philanthropie et de progrès, le capitaine Korzeniowski va découvrir une toute autre face de l’entreprise.
Perrissin, en scénariste très documenté, compose un roman du romancier des plus passionnants, qui éclaire singulièrement le travail de Conrad. La découverte de l’Afrique n’a rien d’un exaltant roman d’aventure : son chef est un rustre, ses collègues cauteleux, sa mission consiste à convoyer des quantités d’ivoire achetés à des mercenaires qui ont jeté depuis belle lurette leur humanité aux gogues. Le cauchemar moite (pluie tropicale, fièvre, fleuve, hallucinations) est dessiné avec une belle densité, grâce à la technique très particulière de Tirabosco, où le pastel gras réhausse l’encre noire. Un voyage graphique, et historique, crépusculaire.

Futuropolis – 24€

LES PIEDS BANDES – Li Kunwu & MON FIANCE CHINOIS – Laure Garancher

BANDES Voici deux albums qui, chacun à leur manière, nous parlent de la Chine et plus précisément de la condition de la femme dans l’Empire du Milieu, à travers les itinéraires personnels de femmes chinoises du début du 20ème siècle jusqu’à nos jours.

Li Kunwu, à qui l’on doit le passionnant récit autobiographique UNE VIE CHINOISE revient avec cette fois-ci le récit d’une vie, celle de Chunxiu qu’il connut enfant, et qui était déjà une vieille femme quand elle devint sa nounou. L’histoire commence au tout début du 20ème, quand Chunxiu, fillette née au sein d’une famille paysanne aisée, subit le procédé du bandage des pieds. Si la mère de Chunxiu choisit de lui imposer cette douloureuse mutilation (elle-même n’a pas les pieds bandés), c’est dans l’espoir de voir sa fille s’élever dans l’échelle sociale en se trouvant un mari au-dessus de sa condition. Avoir les pieds bandés était en effet l’apanage des femmes de condition élevée, puisqu’elles ne pouvaient ensuite exercer que des tâches domestiques simples, ce que ne pouvaient pas se permettre les familles pauvres. Les pieds bandés, c’est aussi pour les mâles chinois de l’époque, l’objet d’une véritable fascination érotique, très bien rendue par le récit. Ils ont inspiré de nombreux poèmes et des manuels érotiques, car ils étaient considérés comme des zones érogènes.

Pour Chunxiu cette mutilation va se doubler d’une malédiction qui la poursuivra toute son existence. Car elle devient adulte à une époque où les choses changent en Chine. La Chine impériale cède la place à la Chine nationaliste, qui s’empresse d’interdire cette pratique féodale. Sous les communistes, les choses empirent encore, car avoir les pieds bandés, c’est en plus la preuve que l’on faisait partie du groupe honni des classes possédantes… Triste destin que celui de Chunxiu, superbement illustré par Li Kunwu dans un très beau noir et blanc. L’auteur, qui a débuté dans le dessin de propagande, a choisi un style réaliste très éloigné cepednant des affiches de fiers paysans et de paysannes enthousiastes qu’on pouvait voir un peu partout en Chine. Une belle réussite .

FIANCE Avec Le fiancé chinois nous retrouvons la ville de Kunming quelques dizaines d’années plus tard, pour un récit qui nous plonge, sur deux générations, dans la vie d’une famille chinoise. Le récit est centré essentiellement sur la figure de deux femmes, Lan et sa belle-fille Pad. L’histoire commence en 1984. Lan, 22 ans, rencontre son futur époux dans le cadre d’un mariage arrangé. Elle aurait aimé autre chose, peut-être, mais cela aurait signifié aller à l’encontre des voeux de ses parents. Un choix difficile… C’est d’ailleurs ce qui transparaît tout au long de cet album, le poids des traditions, qui fige la place de la femme, dont le rôle essentiel est de donner un héritier mâle à la famille. Du jour où Lan tombe enceinte d’un garçon, sa situation au restaurant familial et ses relations avec sa redoutable belle-mère s’améliorent nettement. Lan utiise d’ailleurs avec habileté ce nouveau statut. Si les règles et la tradition ne peuvent être ignorées, qu’est-ce qui interdit de les utiliser à son profit ?

Quand viendra le moment de marier son fils et d’accueillir une bru, Lan va reproduire la situation dont elle a souffert avec sa propre belle-fille. Pour Pad, la belle-fille, la situation est encore plus dure à supporter, car elle vient d’un pays et d’une culture différente. Pad vient des montagnes du nord du Vietnam, elle est de l’ethnie Hmong ? Comment en vient-elle à épouser le fils de Lan qui vit à Kunming ? C’est l’histoire que nous raconte Laure Garancher dans ce premier album. L’auteur connaît bien la région dont Pad est originaire puisqu’elle y a passé quelques années pour l’OMS. Le graphisme, à la fois naîf et expressif, contribue à la réussite du récit. Laure Garancher a réussi à rendre très touchantes ses héroines, qu’on ne peut quitter sans un pincement au coeur.

Les pieds bandés – éditions Kana – 15 euros

Mon fiancé chinois – éditions Steinkis – 14.95 euros

LA TETE EN L’AIR – Paco Roca

ROCA Ernest souffre de la maladie d’Alzheimer et parce qu’il n’est plus capable de vivre seul, ses enfants le placent dans une maison de retraite. Une épreuve pour Ernest, que ces journées interminables rythmées seulement par les repas, en compagnie de pensionnaires dont la situation préfigure la sienne.

Sur le difficile sujet de la maladie et de la perte d’autonomie, Paco Roca signe un album admirable de sensibilité dont l’humour n’est pas absent ! Un récit bouleversant, à lire absolument. Un long métrage d’animation – en ce moment sur les écrans parisiens – à été tiré de cet album et est parait-il très bien.

Editions Delcourt – 14.95 euros

LE SINGE DE HARTLEPOOL – Lupano & Moreau

SINGE Nous sommes en 1814, à la fin des guerres napoléoniennes, sur un bateau de la marine française commandé par un officier particulièrement obtus. Pris dans une terrible tempête, le navire fait naufrage sur les côtes anglaises, près du village de Hartlepool. Seul survivant, la mascotte du bateau, un chimpanzé nommé Nelson. Nelson va être capturé par les pêcheurs de Hartlepool, et c’est là que l’histoire, tirée d’un fait réel, se hisse au niveau d’une fable ou d’un conte cruel. Aux yeux d’un pêcheur anglais du début du 19ème siècle jamais sorti de son village, à quoi peut bien ressembler un français ? A quelque chose de pas très ragoûtant, forcément. Que celui qu’on vient de découvrir dans l’épave du bateau soit couvert de poils, pousse des cris et morde tout ce qui passe à sa portée n’est guère étonnant quand on connait les manières de ce peuple répugnant. Puisque l’Angleterre est un pays civilisé et policé, le « Français » va être traduit en jugement avec juge, procureur, avocat, la totale !
La suite de cette singulière histoire est racontée dans le très bel album de Lupano et Moreau. Sans dévoiler la fin, on peut toutefois préciser que ni la tolérance ni l’intelligence humaine n’en sortent grandies. A lire et à méditer.

Delcourt – 14,95 euros

LA GRANDE EMBROUILLE – Eduardo Mendoza

EMBROUILLE Saluons le grand retour du coiffeur dingo (*) pour une nouvelle aventure tout aussi loufoque que les précédentes. Dans Madrid en crise, la désertion des clients sonne le glas du salon de coiffure et donne tout loisir à son propriétaire de partir à la recherche d’un vieux copain disparu en tentant au passage de déjouer les plans de mystérieux terroristes. On croisera au cours de l’aventure un vieux copain d’asile sosie de Tony Curtis, une famille de restaurateurs chinois pleinement intégrée, de faux gourous mais aussi de vrais dirigeants du G20. Très drôle, comme chaque aventure du coiffeur sans nom.

(*) voir Le mystère de la crypte ensorcelée, Le labyrinthe aux olives et L’artiste dces dames parus précédemment et tous disponible en poche

Traduit de l’espagnol par François Maspero

Le Seuil – 21 euros

MELODIE, CHRONIQUE D’UNE PASSION – Akira Mizubayashi

MELODIE Sans pathos ni mièvrerie, Akira Mizubayashi – écrivain japonais d’expression française – nous parle de sa relation fusionnelle avec un être « non humain », sa chienne Mélodie, morte il y a quelques années. Allant bien au delà du simple récit animalier, Akira Mizubayashi explore les thèmes de l’mour et de la fidélité, prend parti pour Rousseau contre Descartes et sa théorie de « l’animal machine ». La disparition de son animal l’amène aussi à revenir sur la perte de son père, disparu il y a de nombreuses années.

La mise en perspective des deux deuils, des deux pertes pourrait paraître triviale, voire choquante. Elle ne l’est pas du tout. Ce beau livre, touchant et profond, est d’ailleurs dédié à la mémoire du père de l’auteur.

Gallimard – collection L’un et l’autre – 19.50 euros