PHIL PERFECT L’INTEGRALE – Serge Clerc

phil perfectFin d’année oblige, voici venue le temps des intégrales ; on apprécie énormément l’idée de Dupuis d’avoir réédité Les Aventures de Phil Perfect de Serge Clerc, qui avaient disparu des catalogues depuis belle lurette. Que vont devenir les moins de 30 ans s’ils ne lisent pas les aventures de Phil Perfect et de son érotomane de pote, Sam Bronx ? Retour à la ligne claire et rock des années 80, qui fera les beaux jours de Rock and Folk et de Métal Hurlant. C’est chic, énergique, drôle, un poil ringard aujourd’hui, donc délicieusement désuet. A découvrir et à apprendre par coeur, il y a à la toute fin du volume, Les Limaces rouges, dernière occurence de Phil Perfect complètement débridée, « avec de l’action vivante (comme dans Heidegger) » et « de la bravoure en milieu urbain »…

Dupuis – 32 €

WEIRD SCIENCE – Collectif

WEIRD Voici un album qui nous plonge dans l’âge d’or de la science-fiction, une science-fiction contemporaine de Ray Bradbury, de Robbie le gentil robot de La planète interdite. Dans les années 50 aux Etats-Unis, la revue Weird Science réunissait la crème des auteurs et dessinateurs de la maison d’édition EC Comics. De 50 à 53 parurent ainsi une vingtaine de numéros ; une sélection d’une trentaine de ces récits est proposée dans cette anthologie.

On les feuillette d’un œil amusé, car ces récits paraissent bien datés. Mais au-delà de cet aspect un peu kitsch, les histoires sont en général d’excellente facture. Le format court, quatre à six pages, favorise une écriture précise, nerveuse et ramassée.

Et puis, lire Weird Science aujourd’hui, c’est aussi lire un témoignage sur une époque. Ces histoires de science-fiction, a priori anodines, ne fonctionnaient-elles pas comme une sorte de boite noire de la société américaine ? Une manière de conjurer les peurs d’une société dominatrice, mais rongée par une certaine angoisse intérieure ? Le thème central est celui de la crainte de l’invation, par des extra-terrestres forcément hostiles, qui annonce avec une quinzaine d’années d’avance David Vincent et ses envahisseurs. Autre thème dominant, la catastrophe naturelle causée par la science, amplifiée par la réaction d’un pouvoir politique désireux de tirer bénéfice d’une invention prometteuse, sans tenir compte des dangers encourus.

Un regard porté sur la société plutôt critique, si on considère l’époque. Les dirigeants de la revue eurent d’ailleurs maille à partir avec les commissions de censure. Une SF à découvrir ou redécouvrir…

Akileos – 27 euros

MINE, UNE VIE DE CHAT – Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg

mineLéon est un jeune homme sensible, plutôt seul, avec un quotidien assez triste. Suivi par un chat, Léon est surpris, mais il le recueille chez lui. Il est d’autant plus étonné quand il se retrouve face à une jeune femme chez lui, à certains moments. Intrigué par ces apparitions, il pense rêver. Et si les deux créatures ne formaient qu’une seule personne ? Léon va essayer de comprendre ce phénomène étrange, au risque de se faire passer pour un fou. Heureusement, Gaspar, son seul ami le soutient, il l’invite même à la représentation d’un grand pianiste pour lui changer les idées…

Cette histoire qui se lit comme un conte raconte une rencontre atypique à la limite du fantastique, avec de belles illustrations en noir et blanc au trait délicat et sombre.

Editions Sarbacane – 22 euros
Dès 13/14 ans

LE PRIX DE MON PERE – Willy Uribe

PRIX Il y a les losers magnifiques et les autres, minables de bout en bout. Ismael appartient clairement à la deuxième catégorie. Ouvrier en Andalousie, dealer au Maroc, camionneur au Mexique, il a tout foiré avec une admirable constance. Mais ce qu’on lui reproche surtout, dans son Pays Basque natal, c’est de s’être engagé dans la Légion, l’armée espagnole, ce qui fait de lui un traître, honni par tous.

Il revient au pays assez mal disposé vis-à-vis de ses compatriotes. On est d’ailleurs tenté de partager son animosité, tant les villageois qu’il nous décrit composent une belle brochette de sales types, à l’étroitesse d’esprit remarquable, dont le nationalisme confine au racisme le plus étriqué. Pas de quoi nous réconcilier avec Ismael cependant, qui a décidé d’élargir le champs de ses actvités en embrassant la carrière de maître-chanteur. La victime désignée : l’un de ses amis d’enfance, qui lui a réussi sa vie professionnelle…

Le prix de mon père, dont on devine qu’il n’a pas été financé par l’office du tourisme du Pays Basque espagnol, est un polar nerveux et percutant qui plaira aux amateurs du genre. Le lecteur désireux de se réconcilier avec le genre humain choisira une autre lecture.

Traduit de l’espagnol par Claude Bleton

Rivages – 8.15 euros

L’HOMME DES VALLEES PERDUES – Jack Schaeffer

vallee « Il arriva dans notre vallée au cours de l’été 1889″… Dès la première phrase de ce grand petit livre, on se trouve embarqué par le récit, impossible à lâcher. Sur un thème classique du western, celui de l’homme surgi de nulle part pour affronter seul la force brute et faire respecter le droit, Jack Schaefer propose un petit joyau impeccable et épatant. L’action est rapportée par un petit garçon de 10 ans, Bob, fils d’un fermier qui doit lutter contre les intimidations du propriétaire d’un grand ranch qui veut lui ravir ses terres. L’inconnu, c’est Shane, dont on devine qu’il a gagné sa vie en maniant les armes. Il s’était arrêté à la ferme des Starett pour faire boire son cheval et prendre un peu de repos, mais il va finalement rester pour aider Joe Starett, le père de Bob, dans son combat. Une amitié va naître entre la famille et l’inconnu, elle est rapportée avec beaucoup de talent et de sensibilité. Mais rassurez-vous, L’homme des vallées perdues propose aussi son compte de bagarres au saloon et de duels impitoyables.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Eric Chédaille

editions Phebus – 8.70 euros

JEANGOT TOME 1 RENARD MANOUCHE – Clément Oubrerie & Joann Sfar

jeangotHabitués à l’exercice biographique iconoclaste, Joann Sfar (avec Pascin, Gainsbourg, Chagall) et Clément Oubrerie (avec Pablo Picasso) ont décidé de transformer le célèbre guitariste manouche en renard. Et c’est un hérisson, prénommé Niglaud, qui officie en tant que narrateur. Les deux se connaissent depuis l’enfance et Niglaud prend grand plaisir à évoquer leurs hauts faits de garnements, leur jeunesse nomade, en hors piste. Les galères de l’âge adulte, avant la gloire, sont aussi racontées, avec la même verve, et un art consommé de la digression. La séquence du cambriolage chez le dentiste est réjouissante…
La lecture de ce Jeangot est particulièrement délicieuse : l’hommage est espiègle, facétieux, et ce n’est sûrement pas une bande dessinée pour spécialistes orthodoxes de la musique, mais pour tous. On y rit énormément, chaque page recèle une surprise, un gag, une répartie bien sentie. A mettre entre toutes les mains donc.

Gallimard - 14,50€