DEUX ROMANS POUR LES 7/9 ANS

TAGUEURLE TAGUEUR FOU DE BRACELONE – Jacques Vénuleth
Un individu s’amuse à détériorer les grands monuments de Barcelone avec de l’encre. Le grand-père de Lisa, un inspecteur de police à la retraite, est sur place pour aider la police locale chargée de l’affaire. Lisa, quand à elle, devant son ordinateur, l’aide en lui communiquant le maximum d’informations susceptibles de l’intéresser. Elle essaie aussi de lier les différentes détériorations commises et de comprendre les messages laissés par le tagueur fou. Un duo de choc pour résoudre une enquête complexe. Un charmant polar pour les jeunes lecteurs où l’on découvre Gaudi, Dali et Miro.
Editions Actes Sud Junior – 7,70 €

A lire dans la même collection : Le duel des frères Flint (une aventure au Far west, où l’arrivée des chemins de fer perturbe la tanquillité d’une petite ville…)

PRUNEPRUNE CHERCHE SON STYLE – Vidal et Di Giacomo Voici la quatrième aventure de Prune, une jeune fille de 8 ans avec un prénom de fruit, une mémoire d’éléphant et presque toutes ses dents. Elle aime entre autres le camembert et nager toute nue dans la mer et déteste les araignées et les frites molles à la cantine ! Lisez sa bio au début de chacune de ses aventures, vous la cernerez davantage !
Prune est impressionnée par la nouvelle tenue de Denise et constate son faible goût pour se vêtir ! Elle doit vraiment trouver son style et quitter sa petite robe à pois qu’elle porte tout le temps ! Un roman fort sympathique aux allures d’album avec une héroïne très attachante.
Editions Frimousse – 8,50 €
Autres titres : La grosse rumeurLe fils de la nouvelle fiancée de papaLa colo d’enfer

L’ENFANCE D’ALAN – Emmanuel Guibert

enfance allanAlan Ingram Cope est né en 1924, en Californie ; comme il avait raconté ses souvenirs de guerre Emmanuel Guibert dans La Guerre d’Alan, il lui a aussi confié ses souvenirs d’enfance. On imagine facilement ce vieux monsieur qui sait si bien raconter les histoires raconter à son cadet, dessinateur, son itinéraire de petit californien de l’entre-deux-guerres. Les bribes de souvenirs, une boule de glace tombée, le trajet pour aller à la plage, la vieille chaudière, les membres de sa famille, sont de petites choses qui mises bout à bout restituent le parfum et l’atmosphère de cette enfance. Le dessin de Guibert est un enchantement : de la couleur du sepia, il navigue entre réalisme quasi photographique et épure totale. La séquence où le jeune Alan est habillé par sa mère est d’une rare beauté : les atitudes de l’enfant, les gestes maternels, qui ressortent sur le fond blanc, disent toute la tendresse du souvenir, l’attachement du fils pour sa mère. Rarement la bande dessinée n’a évoqué avec autant de grâce la mélancolie de l’enfance perdue.

L’association – 19€

LE JEU DE L’ABSENCE – Jean-Daniel Verhaeghe

jeu absenceFerdinand est en train de traduire un roman de Jorgen Hörtan qui le perturbe : un couple âgé se quitte pendant un an, pour mieux se retrouver, enfin l’espèrent-ils ! Ils n’avaient jamais connu au cours de leur vie la moindre séparation et cette expérience leur est apparue comme une évidence. Séduit par cette idée, Ferdinand la soumet à sa compagne, mais en raccourcissant le délai de moitié. Rompre la routine, pimenter le quotidien, pourquoi pas ? Jeanne accepte sans trop réfléchir. Elle en profitera pour terminer son mémoire sur Pierre Loti et vivre six mois à Rochefort. Mais quand elle croise Victoria, l’héroïne du roman qui a inspiré ce jeu de l’absence, des doutes la submergent…
Concept plausible ou saugrenu ? Ferdinand et Jeanne ont testé pour vous…

Jean-Daniel Verhaeghe réussit à embarquer le lecteur dans un roman au sujet déjà traité maintes fois, tout en le surprenant. En mêlant habilement fiction et réalité et en alternant les points de vue du couple dans de courts chapitres, le rythme de lecture s’accélère, une tension se crée et l’on se demande comment le jeu va se terminer…

Editions Arléa – collection « 1er mille » – 19 €

MINUIT A COPENHAGUE – Dan Turèll

TURELL Dans la longue liste des auteurs de polars qui nous viennent du froid, voici un petit nouveau, le danois Dan Turèll. Enfin, pas si nouveau que cela, puisqu’une première édition française de ce livre date de 1995 et que l’auteur a le meilleur de son oeuvre derrière lui, vu qu’il est mort il y a 20 ans. En tout cas, il nous offre un polar à la fois drôle et très bien écrit dont l’intérêt réside plus dans le ton, les descriptions et les personnages que dans l’intrigue qu’on accompagne d’un oeil distrait.

Le narrateur est un journaliste en pleine crise existentielle, face à une paternité potentielle. Un soir qu’il sort se promener pour s’éclaircir les idées, il tombe nez à nez avec le cadavre tout frais d’une jeune femme. Ceci devient bientôt une habitude car les cadavres de jeunes femmes ont une fâcheuse tendance à apparaître sur l’itinéraire des promenades nocturnes de notre journaliste. Ce petit roman plein d’esprit et sans prétention est d’une lecture vraiment réjouissante. Voici en effet un polar où il ne se passe pas grand-chose, un sorte de roman de serial killer pépère qu’on ne songe pourtant à aucun instant à abandonner. Une deuxième aventure de ce journaliste sans nom paraîtra fin octobre aux éditions de l’Aube, je l’attends avec impatience.

Traduit du danois par Sophie Grimal et Frédéric Gervais

L’aube – 9.50 euros

LA VOITURE D’INTISAR – Pedro Riera & Nacho Casanova

intisarIntisar est une jeune femme de 27 ans, qui travaille comme infirmière dans un hôpital, adore être au volant de sa voiture… et ne sait pas dire non à une bonne assiette de frites. Rien que de très banal, à ceci près qu’Intisar vit au Yemen, un pays qui se caractérise par l’extrême ségrégation qui existe entre les sexes et la très forte domination des hommes sur les femmes.

Intisar est intelligente, drôle et dotée d’une forte personnalité qui la pousse à chercher par tous les moyens à se créer des espaces de liberté dans cette société très corsetée. Au volant d’une vieille Toyota qui a à peu près son âge, elle n’hésite pas à « griller » les hommes au feu rouge, ce qui est toujours pour elle source d’une intense jubilation !

Tout au long des 200 pages de l’album, Intisar nous parle de sa vie de tous les jours, dans une succession d’histoires drôles ou émouvantes, effrayantes et tragiques parfois. Elle nous permet ainsi d’entrevoir la réalité complexe de ce pays. Intisar est tellement vivante et attachante qu’on a du mal à admettre qu’elle n’existe pas. Enfin, pas tout à fait, puisque Pietro Riera, le scénariste s’est inspiré de la personnalité de plusieurs femmes rencontrées lors d’un séjour d’un an dans le pays, pour composer le personnage d’Intisar. Des femmes qu’il a pu rencontrer par le truchement de sa femme, car celle-ci a eu l’opportunité de passer un an dans le pays pour y travailler. Au cours de ce séjour, il a pris de très nombreuses photos à partir desquelles a travaillé Nacho Casanova, qui s’est chargé de la mise en images de ce très bel album.

Roman graphique très documenté et extrêmement touchant, La voiture d’Intisar plaira à ceux et celles d’entre-vous, de plus en plus nombreux, qui s’intéressent à la BD Reportage.

Delcourt – 14.95 euros

CERTAINES N’AVAIENT JAMAIS VU LA MER – Julie Otsuka

certainesAu début du XXe siècle, la Californie comptait un grand nombre de Japonais ; désireux de se marier avec des Japonaises, ils faisaient venir du pays des femmes grâce à des entremetteuses. Julie Otsuka évoque l’histoire de ces femmes, la traversée en bateau, l’arrivée au port et la rencontre avec ces fiancés inconnus, la découverte des maisons américaines, la naissance des enfants, puis dans les années 40, après Pearl Harbour, leur disparition. A la manière d’un choeur antique, le texte est écrit à la première personne du pluriel. Mais en quelques phrases, un destin singulier est évoqué ; toute une génération de femmes oubliées sort de l’ombre, avec cette belle voix puissante et modulée. Julie Otsuka a une écriture très travaillée, délicate et souple.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau

Phébus – 15€

A lire aussi en poche, pour connaître le sort des Japonais aux Etats-Unis durant la Seconde Guerre Mondiale, Quand l’empereur était un dieu de Julie Otsuka en 10/18.

LA VERITE SUR L’AFFAIRE HARRY QUEBERT – Joël Dicker

dickert Si vous recherchez le roman qui va écourter vos nuits et vous faire rater votre station de métro à l’aller et au retour, précipitez-vous sur La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Car la surprise de cette rentrée littéraire, c’est que le meilleur « roman américain » de l’automne est écrit directement en français… par un auteur suisse dont ce n’est que le deuxième roman. Presque un coup d’essai et déjà un coup de maître, puisque Joël Dicker nous offre 650 pages savamment maîtrisées qui nous tiennent en haleine jusqu’au bout. On dévore ce gros bouquin en trois ou quatre soirées… et on en redemande !

L’histoire, c’est celle de deux écrivains et de la manière dont un meurtre vieux de 30 ans ressurgit brusquement pour influencer leur oeuvre, leur vie, leur amitié. Le premier écrivain et narrateur du récit, c’est Marcus Goldman, la nouvelle idole des lettres américaines, qui souffre du syndrôme de la page blanche et n’arrive pas à se mettre à l’écriture de son deuxième roman. Il va chercher refuge, soutien et inspiration auprès de Harry Quebert, « monument de la littérature mondiale » et son ancien professeur à l’Université, son ami, le père spirituel qui l’a encouragé dans la voie de l’écriture. Quand Harry Quebert se retrouve accusé du meurtre d’une jeune fille de 15 ans disparue en 1975, Marcus refuse de croire à la culpabilité de son ami et mentor et se lance dans une enquête parallèle.

Côté traitement, on est quelque part entre John Irving pour l’ambiance et la description de la petite ville du New Hampshire où se déroule l’action et Stephen King pour le suspense que l’auteur insuffle à chaque page. Autant dire que Joël Dicker est un sacré bon raconteur d’histoires ! Certes, tout n’est pas parfait, et si on cherche la petite bête, on peut reprocher à l’auteur le côté caricatural (mais franchement drôle) de certains personnages secondaires (l’éditeur, la mère…). Il y a aussi un peu trop de rebondissements à mon goût, des pièces du puzzle qui s’assemblent trop parfaitement pour qu’on ne flaire pas un peu l’artifice. Mais qu’importe, ce sont des défauts mineurs comparés au plaisir de lecture que procure à chaque instant La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Avis aux amateurs…

Editions De Fallois / L’Age d’homme – 22 euros

LES DERNIERS JOURS DE SMOKEY NELSON – Catherine Mavrikakis

smokey nelson Smokey Nelson est un jeune homme condamné à mort pour le massacre d’une famille entière et attend depuis de nombreuses années dans le couloir de la mort. Mais avant de connaître les derniers jours de Smokey Nelson, nous partageons ceux des personnes ayant croisés le chemin du tueur.
Sidney Blanchard : un fan de Jimmy Hendrix, originaire de la Nouvelle-Orléans, a failli se retrouver inculpé du meutre à la place de Smokey Nelson à cause de sa couleur de peau.
Pearl est le témoin principal de cette affaire. Le soir des meurtres, elle se retrouve sur le parking à flirter avec le tueur sans se douter de quoi que ce soit.
Et puis, il y a Ray Ryan, le père d’une des victimes. Un fervent croyant qui ne jure que par un Dieu vengeur qui le récompensera par la mort du tueur de son enfant.
L’annonce de l’exécution de Smokey Nelson va faire ressurgir en eux des souvenirs qu’ils auraient préféré oublier. Chamboulés, affaiblis, déterminés, personne n’en sortira indemne…

Ce roman choral questionne sur la peine de mort mais pas que, l’auteur s’interroge sur les Etats-Unis. L’american dream peut-il exister au milieu du racisme, de la pauvreté et de la religion ?

Un roman dénonciateur et poignant !

Editions Sabine Wespieser – 22 €

LE COURSIER DE VALENCIENNES – Clélia Anfray

coursier-1Simon lui a promis et il tiendra parole. Après de nombreuses recherches, il a retrouvé l’adresse de la famille de Pierre à Valenciennes, cet ami poète rencontré dans un camp pendant la guerre qui lui avait demandé de remettre un paquet à son épouse. Trempé, fatigué, inquiet de leur réaction, ce commercial perd ses moyens devant la porte de leur maison, il ne sait pas s’il a eu raison de venir à l’improviste. Simon a pris des risques en le cachant et en le conservant, mais en sa mémoire, il se sent obligé de réaliser sa dernière quête.
Une femme ouvre, la belle-soeur de Pierre. A la fois à l’aise dans cette demeure bourgeoise et en même temps confus et gêné, il va lui être très difficile de raconter son histoire et l’objet de sa venue. Et sans le savoir, Simon va réveiller de vieilles blessures et regrets, et surtout raviver une envie de vengeance…

Un premier roman d’une grande précision où la proximité prime, le lecteur se sent tout de suite très proche des personnages et de leur rencontre, un livre autour du travail de mémoire et de la faisabilité des promesses.

Editions Gallimard – 14,90 €

43, RUE DU CIMETIERE – Kate et M. Sarah Klise

43 rueVolume 1 : Trépassez votre chemin

Imaginez que vous soyez l’auteur d’une série de romans pour enfants, mais impossible pour vous d’écrire la suite ! Louer une maison isolée pour vous concentrer sur le nouveau scénario tant attendu vous paraît être la meilleure solution. Mais rien ne se passe comme prévu !
Quand Ignace Bronchon choisit la maison du 43, rue du Cimetière, il est loin d’imaginer que le fils des propriétaires loge au 2ème étage avec son chat, et qu’un fantôme hante le grenier… Il faut préciser qu’Ignace aime les enfants, mais de loin uniquement et ne croit absolument pas aux fantômes, contrairement à la cible et au sujet de ses livres ! Comme il lui est impossible de s’adresser à l’enfant directement, il décide de lui écrire une lettre et de la lui déposer devant sa porte. Commence alors un grand échange de lettres entre les 3 occupants de la maison, mais aussi avec l’avocat de l’auteur, son éditrice, l’agent immobilier…

Drôles, touchantes ou taquines, ces lettres se lisent d’une traite et reflètent à merveille le climat tendu de la maison et l’absurdité de la situation. N’oublions pas la gazette de la ville avec des interviews et des scoops, insérée dans le livre ! Enfin bref un roman épistolaire irrésistible pour les 8-11 ans !

Editions Albin Michel – collection « Witty » – 8,50 €
traduit de l’anglais par Mickey Gaboriaud