PESTE & CHOLERA – patrick Deville

DEVILLE Parmi les disciples de Pasteur, le grand public connaît les noms de Roux, de Calmette… pas celui d’Alexandre Yersin, qui a pourtant à son actif un vaccin contre la peste. Mais Yersin était tout sauf un « rat de laboratoire »; il était trop amoureux de la vie et des aventures qui s’offraient à lui pour se résoudre à n’être qu’un chercheur, fut-il de génie. Comme son biographe, Patrick Deville, Yersin avait constamment soif d’horizons nouveaux. D’où sans doute cette impression de réelle connivence entre l’auteur et l’objet de son roman.

Patrick Deville évoque avec talent et gourmandise la vie (les vies !) de Yersin, qui fut successivement chercheur, navigateur, propriétaire terrien, multipliant les expériences et à chaque fois atteignant le succès. Etabli au Vietnam où il passera de nombreuses années, Yersin développera ainsi la culture de l’hévéa et deviendra immensément riche, sans sembler l’avoir tellement recherché. Cette très grande facilité, cette touche de génie est très justement rendue par l’écriture ironique de Patrick Deville qui s’invite même dans l’aventure, pistant Yersin à travers les décennies et les salles d’un vieil hôtel vietnamien au luxe suranné. Un bonheur de lecture…

Le Seuil -18 euros

CHERE PATAGONIE – Jorge Gonzalez

patagonie En presque 300 pages d’une fresque absolument somptueuse, Jorge Gonzalez nous dépeint un siècle et demi de l’histoire tourmentée de la Patagonie, ce bout du monde argentin qui attira des vagues successives d’immigrants européens de tous horizons, venus se mêler aux populations indigènes.

Le dessin qui décline toute la gamme des gris et des bruns est magnifique, les nombreuses double-pages qui jalonnent le livre absolument bluffantes, tandis que le scénario, riche, complexe et original, invite à de nombreuses relectures. Une très, très belle réussite et un album sans doute appelé à devenir un classique.

Editions Dupuis – 26 euros

MONSIEUR KIPU – David Walliams

Monsieur kipuChloé passe tous les jours devant Monsieur Kipu quand elle se rend à son école privée ultra chic. Monsieur Kipu vit dans la rue avec son chien et doit son surnom à son odeur particulièrement forte.
Chloé intriguée par cet homme, décide d’aller faire sa connaissance en cachette évidemment. Evidemment, parce que si sa mère venait à apprendre qu’elle parle à un SDF elle serait sûrement folle de rage. Elle qui aime tellement la propreté et les bonnes manières. Chez elle, tout doit être prêt pour une éventuelle visite de la famille royale. Mais c’est une tout autre visite qui attend la petite famille.
Chloé décide de protéger son nouvel ami et de le cacher chez elle quand il risque de se faire expulser de la ville. Malheureusement pour la jeune fille, Monsieur Kipu et son chien sont loin d’être des invités très discrets ni très distingués…
Monsieur Kipu va-t-il se faire découvrir ? Quel est ce secret que dissimule cet étrange personnage ?

Un roman riche en rebondissements, qui rappelle que les apparences peuvent parfois être trompeuses …

Dès 8-9 ans
Editeur Albin Michel – collection Witty – 12€50
Traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec

DEUX TRES BEAUX ALBUMS…

Deux albums originaux dans cette rentrée 2012 (dès 9 ans):

princesse palais 2Une princesse au Palais
une histoire de Cécile Roumiguière, des images de Carole Chaix et Célestin au graphisme.

Contrairement au titre, ce n’est pas du tout un conte de fée traditionnel dans un beau château ! Le Palais est un café au décor extraordinaire, et la princesse, une jeune fille qui aime venir dans ce lieu le mercredi pour attendre sa grand-mère. Une journée entière à attendre, à observer les allées et venues des clients, fidèles ou pas, à rêver, à somnoler, à s’ennuyer. Mais cette journée est différente des autres, elle se sent bizarre, peut-être prend-t-elle conscience de grandir ?
En arrière plan, Poke son doudou discute avec un nouvel ami, Peek, tous deux aux premières loges de cette métamorphose…

Un beau format, des illustrations pleine page, des détails qui fourmillent, un mélange de crayonnés en noir et blanc et de dessins en couleurs… Cet ensemble confère à l’album un rendu très esthétique et harmonieux.

Editions Thierry Magnier – 19 €

Quatre filles, quatre filles
une histoire à fenêtres écrite et illustrée par Nine Antico

Quatre filles, quatre saisons, quatre époques… Chacune prend le premier rôle, chacune son tour, Lili, Frankie, Paula et Edie. Leur point commun, un livre, les aventures de Nelly Olson. Quand elles l’ouvrent en même temps, elles se retrouvent ensemble, au domicile de l’une ou de l’autre. Une conversation commence alors, elles comparent leur vie ou se racontent simplement leur quotidien. Mais, peu à peu, elles grandissent, sont de plus en plus occupées et ouvrent moins le livre…

Un texte intrigant et original mêlant dialogues et descriptions, des échanges qui surprennent, des détails qui donnent envie de retourner sur les pages précédentes, une chute que l’on devine un peu au fil de la lecture et qui éclaire les rencontres des quatre filles,… et surtout des dizaines de volets à soulever qui éclairent certains passages… Bref, un album que l’on a du mal à lâcher !

Editions Albin Michel – 19,50 €

APATHY FOR THE DEVIL – Nick Kent

KENT Les Stones, les Who, Iggy, Bowie, Led Zep, Johnny Rotten et tant d’autres… Nick Kent, rock critic au NME, les a tous connus et a partagé avec eux de nombreuses expériences. Loin de la critique rock savante, Nick Kent invente avant l’heure le journalisme embedded, version backstage… et n’hésite pas à payer de sa personne. Replongez au coeur des années 70 avec cette autobiographie passionnante et souvent très drôle. A offrir à tous les fans de rock.

Traduit de l’anglais par Laurence Romance

Rivages rouges – 21.50 euros

VIVIANE ELISABETH FAUVILLE – Julia Deck

viviane elisabethSon mari vient de la quitter. Elle se retrouve seule avec un bébé. Heureusement, il est calme, dort de manière très régulière. Une fin d’après-midi, elle se rend chez son psy, seule, et le tue. Elle a tout planifié. Elle a calculé par rapport au temps de sieste de son nouveau-né, la durée du trajet en métro, l’acte en lui-même. Elle l’a fait et ne regrette pas son geste. Elle attend juste peut-être une réprimande et surveille quand même chaque jour la rubrique « faits divers » du journal. Puis son mari revient pour voir l’enfant, des inspecteurs l’interrogent en tant que patiente du médecin défunt, elle établit un contact avec des personnes l’ayant connu… Elle s’appelle Viviane Elisabeth Fauville, elle a 42 ans et elle vient d’assassiner son psychanalyste.

Un premier roman marquant où l’on dirait que Julia Deck s’est amusée à ne garder que l’essentiel de l’histoire de son héroïne. Epuré, bref, précis, ce roman se lit quasiment d’une traite, et mériterait une lecture plus attentive, avec peut-être une plus grande vigilance aux quelques détails clairsemés dans le texte. Un auteur prometteur !

Editions de Minuit – 13,50 €

UNE PARTIE DE CHASSE – Agnès Desarthe

partie chasse 2Chasser, un bon moyen de s’intégrer ? Tristan n’en est pas convaincu, mais sa femme insiste. Il accepte alors d’accompagner trois anciens du village à une partie de chasse. Sans le faire exprès, il tire comme les autres et blesse un lapin. Honteux, il le glisse dans sa besace. Commence alors, en cachette, un curieux échange entre notre héros et l’animal, car ce beau lapin de Garenne communique ! Il explique, argumente, donne son avis sur de grandes notions telles que la Vie, la Mort, l’amour ou encore la destinée.
La journée suit son cours, Tristan imite les autres, écoute, se force à paraître enchanté de cette initiation. Mais la nature se déchaîne, un orage éclate et fait basculer cette escapade masculine artificielle en une quête de vérité. Quelques heures interminables où les langues se délient, où tout semble revenir à l’état sauvage…
Un texte court et intense où Agnès Desarthe s’amuse une fois de plus à mélanger les genres et à jouer avec des situations aux allures simples et paisibles. Elle signe ici un roman surprenant, où ruralité et philosophie se combinent à merveille !

Editions de l’Olivier – 16,50 €

MON AMERIQUE – Alice de Poncheville

mon ameriqueQuelle déception ! Son voyage aux Etats-Unis est annulé ! A la place, ses parents l’envoient chez sa grand-mère dans le sud de la France. Heureusement, ce n’est pas du tout la mamie qu’on imagine ! Dynamique, amoureuse, elle croque la vie à pleine dent, et ses amis aussi possèdent ce petit brin de folie…
Un matin, elle se réveille avec des plumes dans les cheveux. Que faire avec ses allures d’indienne ? Mettre un bonnet lui paraît la meilleure idée, sauf qu’on est en été, et même s’il est en coton, elle a désormais un look étrange, à la frontière du ridicule. Surtout qu’elle a repéré chez l’amie de sa grand-mère, un jeune homme secret et gentil tout à fait charmant, nommé Lalou. Une fête s’organise, déguisée bien sûr, et là aucune hésitation pour Lisa, elle sera indienne pour la soirée et espère en secret la présence de son nouvel ami…

Un beau roman touchant, d’une grande sensibilité par l’auteur du Don d’Adèle que j’avais aussi beaucoup aimé. Alice de Poncheville réussit à relever ces petites failles de l’adolescence et à les retranscrire avec subtilité et humour.

Editions Ecole des loisirs – collection « Medium » – 8,50 €
Dès 12 ans

JE SUIS LA MARQUISE DE CARABAS – Lucile Bordes

CARABASA la fin du XIXème siècle, Papa Chok animait une petite troupe de marionnettes. Véritable divertissement à l’époque, le théâtre sillonait les routes et était fort bien accueilli à chaque étape. Auguste Pitou, jeune épicier séduit par cette vie de nomade, rejoint la petite équipe. Cette rencontre entre Papa Chok et Auguste marque le début d’une grande histoire, celle du Théâtre Pitou.
La narratrice découvre peu à peu l’histoire de cette famille atypique dans la bouche de son grand-père à la fin de sa vie. Jamais il n’avait abordé son enfance dans une roulotte ou encore moins la passion de sa famille pour les marionnettes. Elle apprend ainsi que trois générations ont vécu grâce à l’animation de près de ces 150 pantins articulés. Malgré un bel essor, la troupe devra surmonter la révolution industrielle, la première guerre mondiale et surtout l’arrivée d’un futur concurrent, le cinéma muet.
Le héros de cet intéressant récit est de loin, Crasmagne, une marionnette limite vivante qui faisait chaque soir salle comble. Dans son premier roman, Lucile Bordes emmène ainsi le lecteur sur les traces de sa famille, les Pitou, largement plus plébiscités à l’époque que les Guignols.

Editions Liana Levi – 14,50 €

CHAPARDEUSE – Rebecca Makkai

chapardeuse Lucy est bibliothécaire dans une petite ville du Missouri. A presque 30 ans, elle a l’impression que sa vie d’adulte n’a pas vraiment commencé. Son travail, qu’elle n’aime qu’à moitié, n’égaie pas vraiment un quotidien un peu tristounet. A la bibliothèque municipale, elle fait la connaissance de Ian, curieux gamin de 10 ans avide de lectures, celles-ci étant très sévèrement contrôlées par des parents chrétiens fondamentalistes. A force de lui prêter des livres sous le manteau, Lucy se prend d’affection pour Ian, d’autant qu’elle soupçonne ses parents de le maltraiter psychologiquement pour lui faire « abandonner » une inclinaison homosexuelle réelle ou fantasmée.

Un matin qu’elle ouvre la bibliothèque, Lucy tombe nez à nez avec Ian, son balluchon sur l’épaule. Il a passé la nuit sur place et attend son amie de pied ferme pour fuguer avec elle. Au lieu de le ramener chez lui, ce que ferait toute personne sensée, Lucy finit par céder à la demande du gamin. A bord de la vieille voiture de Lucy, l’improbable duo va partir dans une virée qui les conduira à travers plusieurs états américains, offrant à Ian une parenthèse de liberté dans son quotidien étouffant.

La chapardeuse est un très beau premier roman, original, aux personnages attachants, et qu’on a du mal à quitter.

Gallimard – 21 euros