HABIBI – Craig Thompson

habibiSi vous aviez trouvé que Blankets, le touchant roman graphique qui avait fait connaître Craig Thompson, était un pavé, vous ne serez pas déçu par son nouvel opus, Habibi. 700 pages, messieurs dames. Mais le fait est que ce récit au très long court est une vraie réussite. C’est l’histoire de Dodola et d’Habibi, esclaves enfuis et instruits, qui grandissent dans un bateau perdu dans le désert, puis sont séparés. Elle se retrouve dans un harem tandis que lui atterrit dans le bidonville. Voilà pour le début…
La fable orientale a des accents de conte cruel, et de chronique d’un monde moderne : le mélange des genres fonctionne, les digressions sur la calligraphie arabe et les histoires tirées du Coran s’imbriquent dans ce récit très romanesque aux multiples, et inattendues, péripéties. Loin des clichés, Craig Thompson raconte un récit âpre et passionnant, qui bouscule son lecteur.

Casterman – 24,95 €

JE NE SUIS PAS EUGENIE GRANDET – Shaïne Cassim

eugenieAlice se rend à l’exposition « Je ne suis pas Eugénie Grandet » à la Maison Balzac, accompagnée de sa soeur, Anne-Louise. Fascinée par son ainée, toujours dans l’ombre, elle a du mal à s’accepter et à vivre pleinement. Complètement intriguée par ce personnage romanesque célèbre et troublée par les choix de Louise Bourgeois, à l’origine de l’exposition, Alice s’évanouit et à son réveil, refuse de voir sa soeur. Un jeune coursier un bouquet à la main, se porte à son secours. Bizarrement, elle se sent en sécurité à son contact. Seule sa soeur réussissait à lui procurer cette plénitude. Comment se démarquer de sa soeur, sans la blesser ? Comment rentrer en contact avec sa grand-mère, réputée pour son antipathie et sa méchanceté ? Peut-on être soi quand on ne l’a jamais été ? Que faire pour supporter sa soeur et son beau-frère en pleine répétition de La Cerisaie ? Une chose est sûre : elle ne veut pas ressembler à Eugénie Grandet.

Un roman surprenant, drôle, intéressant sur la difficulté de grandir, l’importance de s’épanouir et de vivre pleinement sa vie en écoutant ses rêves. Une ado qui se cherche, une jeune femme sublime et émotive, une grand-mère faussement cruelle, un metteur en scène passionné, un caissier romantique… : une palette de personnages attachants et sympathiques, qui rendent ce livre original et captivant. Et il vous donnera certainement envie de relire Eugénie Grandet et La Cerisaie

Editions Ecole des loisirs – 10 €
à partir de 13/14 ans

LES DOLCE – Frédéric Petitjean

dolceTome 1 : La route des magiciens

Les Dolce, dernière famille de magiciens, essaye de s’installer incognito dans un quartier de Brooklyn. Mais quand on n’a pas le droit de boire ou d’utiliser un téléphone portable, cela suscite forcément quelques questions. D’autre part, la fondation 18 rachète tous les logements insalubres des grandes villes et surtout leurs souterrains : leur objectif premier étant de contraindre l’espèce humaine à vivre sous terre.

Deux événements vont obliger les cinq magiciens à fuir : l’effondrement partiel du Muséum qui accueille l’exposition d’un des grimoires de leur famille et la transformation d’un poteau éléctrique en oeuvre d’art. Pourquoi ces deux faits divers passionnent tant le directeur de la fondation 18 ? Pourquoi un retraité s’intéresse-t-il au grimoire exposé ? Les Dolce sont en danger. En qui peuvent-ils vraiment avoir confiance ? Ils doivent retrouver au plus vite la route des magiciens, seul endroit où leur force ne s’affaiblit pas… Mais ils ignorent encore leur rôle et leur puissance face à cette entreprise fort dangereuse.

Un roman passionnant, bien construit, où l’intrigue évolue et se corse en crescendo, où le suspense s’intensifie au fil des pages, avec des passages très drôles qui ponctuent le récit. On termine les 550 pages très vite, et quand on arrive à la dernière, on a déjà envie de lire la suite…

Editions Don Quichotte – 19,90 €
à partir de 12 ans
à paraître le 3 novembre 2011.
Pour tout savoir sur les Dolce, cliquez ici.

POUR EN FINIR AVEC LE CINEMA – Blutch

pour en finir avec le cinemaBlutch veut en finir avec le cinéma… C’est sans compter son amour immodéré pour la chose. Acteurs, réalisateurs, critiques peuplent ce recueil d’histoires, dont certaines prennent la forme de cadavre exquis dessinés, d’autres de conversations entre Blutch et son amante, où le cinéma intervient (Michel Piccoli qui participe au débat, des bribes de dialogues & d’images de films qui se glissent dans l’échange). Parfois énigmatique, Blutch vous conduit dans son imaginaire de cinéphile, où il disserte sur Burt Lancaster et les singes. Son dessin dense et expressif est une merveille. Et on attend la prochaine séance du cinéma de Blutch avec impatience.

Dupuis – 19,95 €

SOUS L’ENTONNOIR – Sibylline & Natacha Sicaud

sous l entonnoirDu haut de ses 17 ans, Aline fait le grand plongeon, une tentative de suicide qui la conduit à Sainte Anne, au service psychiatrique. Elle y passe un mois éprouvant, au contact d’autres patients, effrayants, touchants ou fuyants. Ce récit de l’intérieur de l’hôpital, du point de vue d’une patiente, tout en fragilité, vous entraine et vous empoigne sur 135 pages : de courts chapitres qui décrivent les usages du lieu, l’importance des cigarettes, les effets secondaires des médiacements, les relations avec le médecin, et les événements qui bousculent la routine (une sortie, un dialogue inattendu, un colis de l’extérieur). La narratrice raconte cette expérience sur le fil avec intelligence, et le trait de Natacha Sicaud, souple et délié, est particulièrement expressif. Une livre soufflant.

Delcourt – 17,50 €

JE CHERCHAIS UNE RUE – Charles Willeford

WILLEFORD Charles Willeford (1919-1988) est un romancier dans la plus pure tradition américaine : boxeur, militaire, entraîneur de canassons, éditeurs de magazines, il a exercé mille et un métiers. Chez nous, il est surtout connu comme auteurs de polars (édités chez Rivages). Cette fois, ce n’est pas un policier que Rivages nous propose, mais le récit autobiographique que Charles Willeford fait de ses jeunes années.
Né dans une famille plutôt fortunée, Charles vit chez sa grand-mère à Los Angeles, depuis le décès de ses parents. Une enfance heureuse, entouré de l’amour de la grand-mère, et de la figure un peu inquiétante d’un grand-oncle haut en couleurs. Malheureusement, la grande crise des années 30 vient chambouler cette vie heureuse. La grand-mère perd son travail de chapelière, les ressources de la famille s’amenuisent très vite. Charles, qui a conscience de ces changements, ne veut pas être un poids. Un beau matin, au lieu de se rendre à l’école, il prend la route. Ou plutôt le train, car comme des dizaines de milliers d’américains, il rejoint le flux des sans domicile-fixes qui sillonnent les Etats-Unis en empruntant clandestinement les trains de marchandises. Charles a alors treize ans, et cette errance va durer plusieurs années.

Je cherchais une rue est un témoignage de première main extrêmement intéressant sur l’Amérique des années de la crise. C’est aussi le récit touchant d’un adolescent qui, dans des conditions de vie parfois très difficiles, garde un optimiste et une joie de vivre communicatives.

Traduit de l’anglais ((E.U.A) par Ludivine Bouton-Kelly

Rivages noir – 8 euros

Z comme… Zikmu


C’est pas la musique qu’est trop forte, c’est toi qu’es trop vieux.

Définir l’ambiance musicale d’une boutique, c’est tout un art, j’en parlais à ma coiffeuse pas plus tard que ce matin. Le temps d’une publicité malheureusement gratuite, j’en profite pour vous signaler que Les Garçons Coiffeurs, rue Clauzel dans le 9ème est à ma connaissance un des rares endroits à Paname où l’on puisse se faire rafraîchir la couenne sans subir en retour les éprouvantes plaisanteries d’un animateur décérébré ni les gloussements orgasmiques de bimbos siliconées trop occupées à se frotter sur des limousines de fabrication allemande pour s’interroger quant à la pertinence de leurs éructations r’n’biesques. Tout au contraire, on profite de cette parenthèse pour apprécier les découvertes musicales des figaros du lieu, expérience pleine d’enseignements pour moi qui, en gros, ai cessé de m’intéresser à la création musicale quand Kurt Cobain a passé l’arme à gauche. Aucun rapport de cause à effet, c’est juste pour vous permettre de situer, historiquement. Histoire d’enfoncer le clou, sachez que je tape cette petite note au rythme d’un vieil album de Suicidal Tendencies, THE ART OF REBELLION, ça s’appelle (tout moi, ça).
Sans aller jusqu’à parler d’architecture sonore du lieu – ce qui reviendrait tout de même à se la péter un chouille – disons que nous aussi, à la librairie, accordons une certaine importance à ce qu’on met sur la platine, dans l’espoir souvent déçu de couvrir les cris de vos enfants. Mes goûts musicaux m’entraînant plutôt vers :

1) les musiques bruyantes et graisseuses de chanteurs morts ou en mauvaise santé
2) la country ambiance-corde-au- cou, genre Tindersticks

… c’est à Juliette que revient le choix stratégique de la bande-son des Buveurs d’Encre. En plus, elle dispose d’un avantage déterminant, car elle seule dispose d’un Ipod. La vérité m’oblige à préciser qu’elle est surtout la seule à savoir s’en servir.

En général, j’aime bien ce qu’elle choisit et j’espère que vous aussi, mais je garde le final cut. Je n’en abuse pas, car j’ai peur des réactions. Il y a quelques mois, j’ai eu le malheur de dire « enlève-moi ce truc s’il te plaît » à un morceau que je persiste à trouver assez pénible. J’ai senti son regard lourd de mépris et de rage contenue quand elle a coupé la chique à Carlos Gardel (car c’était lui). Ca m’a servi de leçon. J’ai appris à ronger mon frein, et c’est surtout quand on passe sur F.I.P que je peux avoir les réactions les plus épidermiques. Je suis incapable d’écouter jusqu’au bout un morceau de Vincent Delerm ou de Bénabar et je m’en honore.

Pourtant, malgré mon absence aux platines de la librairie, c’est plutôt moi qui fais les choix au rayon musique. Raison sans doute pour laquelle il est surtout fréquenté par des quadras qui ont un peu le même type de parcours. J’en profite pour leur signaler la sortie du premier livre digne d’intérêt sur AC/DC. (35 euros aux editions EPA) Ca fait un peu Kididoc pour grand, avec le disque-qui-tourne assez ridicule en couverture. C’est sorti la semaine dernière, je ne l’ai pas encore lu en détail, mais ça semble valoir le coup. Il était temps…

UNE TRIBU DANS LA NUIT – Glenda Millard

tribuSkip a fui sa famille d’accueil et s’apprête à passer sa première nuit dehors. Il ignore encore tout du monde de la nuit et surtout la difficulté de trouver une place dans les foyers. Il rencontre Billy, un vieux SDF, maladroit et solitaire. Fasciné par les dessins à la craie du jeune, il l’accepte peu à peu et décide de s’occuper de lui. Pendant qu’ils sont à la Grande Bibliothèque, un coup d’état éclate. Une partie du bâtiment s’effondre, un mouvement de panique envahit le lieu. Ils trouvent alors un jeune garçon caché qui attend sa mère. Une nouvelle vie commence alors : ils vont devoir se débrouiller pour survivre, trouver de la nourriture, un endroit sûr pour dormir en toute sécurité, se protéger des pilleurs et des soldats. Et pourquoi pas s’installer dans le parc d’attractions de la ville ? Ils vont bientôt être rejoint par Tia, une adolescente de 15 ans et de son nourrisson, Sixpence. Ces cinq personnes devront être solidaires pour s’en sortir, et ensemble, vont enfin trouver un sens à leur vie…
Un roman remarquable, une belle écriture, un sujet fort et dur. Idéal à partir de 14 ans.

Editions Helium – 13,90 €

PERSONNE NE BOUGE – Olivier Adam

personneEt si le temps s’arrêtait l’espace d’une heure, que ferions-nous ? C’est ce que vit Antoine. La première fois, il était dans la cuisine en train de faire ses devoirs, sa mère à côté de lui en train d’éplucher des carottes. Et tout d’un coup, tout s’est figé, sauf lui ! Que faire ? Visiter la maison des voisins, où vit une charmante ado ? Se promener ? Faire des choses interdites ? La seconde fois, au collège, il va être très tenter de tricher pour avoir une bonne note à sa dictée… Là, les ennuis vont commencer… Doit-il garder son secret ? Ou le partager ? Peut-il trouver une stratégie pour anticiper ce phénomène ?
Un texte court, prenant, sur un thème surprenant chez cet auteur, du fantastique, et ça fonctionne ! Combiné à une belle histoire d’amitié, voici un roman qui plaira aux élèves de CM2 ou 6ème qui n’aiment pas trop lire ou tout simplement les fans d’Olivier Adam.

Editions Ecole des loisirs – collection Neuf – 9,80 €

LA BANDE DES SUPER – Fouillet / Beigel

superTome 1 : Mon père est un agent super-top-secret

Lulu sort un soir en cachette avec sa « bande de super » et tombe nez à nez avec Max Simone et ses deux accolytes, en train de kidnapper ses parents. Heureux de détenir le fameux espion, James Blonde, les ravisseurs ont oublié que leur fille n’était autre que Super Lulu ! Accompagnée d’un dinosaure qui gonfle, d’un chat, d’une bouée canard, de deux squelettes, d’un crayon et d’une gomme, elle va tout faire pour sauver ses parents. Après une course poursuite dans l’espace, une visite sur l’île de Nulpar habitée par le clone de Tarzan, une rencontre surprenante avec un pirate sorti de nulle part… elle réussira haut la main à vaincre ses redoutables adversaires.
Une BD très réussie qui mêle humour et suspense pour des jeunes lecteurs de 8 ans et plus.

Editions Bang, collection « Mamut » – 10 €