CHRONIQUE DE LA NECROPOLE – Golo & Dibou

chroniques necropoleGolo et Dibou dressent le portrait du village égyptien de Gournah, proche de la Vallée des Rois. Golo le fréquente depuis longtemps, Dibou y est introduite en 1995, et tombe à son tour sous le charme. Les personnalités fantasques de certains villageois, les décors naturels et archéologiques, mais aussi les enfants des rues, le tourisme à outrance, la corruption : cette invitation au voyage est saisissante, tout en restant réaliste. Le trait de Golo, et son sens de la caricature, les passages photographiés, donnent une grande vivacité à ce récit au long cours.

Futuropolis – 22 €

EDWARDA, UNE CHAMBRE EN VILLE -Sam Guelimi & Collectif

EDWARDA Edwarda est une revue érotique littéraire chic et raffinée à la maquette particulièrement soignée qui existe depuis un peu plus d’un an. Elle accueille dans ses pages les travaux d’auteurs contemporains qui trouvent ici la possibilité d’exprimer leur vision du corps et de l’érotisme ainsi que les textes d’auteurs, connus ou moins connus. C’est une indéniable réussite. Edwarda sort aujourd’hui son premier « beau livre », Une chambre en ville. Sam Guelimi, directrice de la revue, signe l’ensemble des prises de vue. Les modèles sont seules, dans une chambre d’hôtel, livrées à l’objectif de la photographe.

Entre les séries, la littérature prend place. Les lecteurs de la revue retrouveront les auteurs chers à Edwarda. Les autres découvreront à travers « une chambre en ville » cet étrange objet du désir. Tous les numéros de la revue Edwarda sont disponibles à la librairie. Un petit tour sur le site d’Edwarda vous donnera une idée de l’univers de la revue, superbe et envoûtant.

Une chambre en ville – 30 euros.
Revue Edwarda : 10 à 16 euros en fonction des numéros.

EROS & THANATOS

HUMUS L’ex-libris, c’est une vignette permettant au bibliophile de personnaliser ses ouvrages. Il en existe de toutes sortes, et bien sûr, il y en a d’érotiques qui sont, paraît-il, parmi les plus collectionnés. Organisé par la galerie Humus et l’Association Pro Ex-libris, se tint l’année dernière en Suisse un concours ouvert aux artistes contemporains de tous pays, sur le thème d’Eros et Thanatos. La galerie Humus publie aujourd’hui un double album d’environ deux fois cent pages, présentant les oeuvres des lauréats et l’ensemble des contributions. Une sélection d’ex-libris plus anciens précède les oeuvres des participants.
Le résultat est incroyablement créatif, tout simplement somptueux, et je pèse mes mots. La qualité des ex-libris présentés, la finition soignée (on regrettera juste l’absence de coffret) et le prix très attractif font d’Eros et Thanatos un cadeau rêvé, pour bibliophile exigeant. Petit tirage, bien sûr, donc dépêchez-vous.

Editions Humus – 36,30 euros

X comme… RAYON X


Le rayon X vous en promet de belles.

Cela ne rate jamais, l’arrivée des vacances signe le retour en kiosque du marronnier des marronniers : les français et le sexe. Par respect pour son lectorat, notre modeste blog ne se soustraira pas à cette obligation estivale. On va donc parler de cul, et plus exactement de livres de cul. Mais, amateur de gaudriole, passe ton chemin… Ce billet ne se départira pas du ton austère qui sied à la gravité de la menace qui plane sur nous : la disparition progressive du deuxième rayon, la fin programmée de l’enfer, bref, la lente agonie du rayon X en librairie…

Quand SEXE est la requête la plus tapée sur les claviers juste après DSK, quand la moindre pub pour lave-vaisselle ressemble à un casting porno, par quel mystère le rayon érotique se réduit-il comme peau de chagrin pour devenir le parent pauvre des librairies ? Grave question. A défaut d’y répondre, j’aimerais proposer quelques pistes de réflexion. Commençons par bien cerner le problème, voulez-vous…

D’abord, est-ce une question de manque d’intérêt pour la chose ? Le sexe n’intéresse-t-il pas les clients des librairies, espèce calme, méditative, peu portée sur la chose un peu à l’instar du grand panda et comme le sympathique plantigrade menacée à terme d’extinction ? La question mérite d’être posée puisqu’on tiendrait là une explication à la problématique plus vaste de la baisse de fréquentation en librairie. Des clients plus âgés, des clients moins nombreux et puis un jour plus de clients du tout… On en garderait quelques uns pour mettre en vitrine des centres Leclerc afin d’édifier les prochaines générations, et ce serait tout. On les nourrirait de feuilles arrachées aux best-sellers de chez X.O. Les plus fragiles bien sûr ne survivraient pas. Mais les joyeuses cavalcades qui rythment nos mercredis et nos samedis à la librairie me font penser que nos clients n’ont perdu ni le mode d’emploi ni l’envie de faire des petits. On a eu chaud… Cette bonne nouvelle nous oblige pourtant à chercher ailleurs les réponses à la question qui nous obsède.

Faut-il donc convoquer le suspect habituel, l’internet ? En effet, pourquoi payer pour un contenu dont on peut maintenant disposer gratuitement, discrètement et à satiété ? L’hypothèse n’est pas à rejeter sans examen. Elle a d’ailleurs les faveurs de mon voisin et camarade le-marchand-de-journaux-du-kiosque-à-côté qui le dit tout net : « le cul, c’est mort ». J’opine lâchement quand il lâche cet avis définitif, mais je dois bien vous l’avouer, je suis loin d’être convaincu. Car voyez-vous, de même qu’on ne mélange pas les serviettes et les torchons, on ne saurait confondre les déshabillés classe des modèles d’Edwarda avec les strings lycra des filles de Pouf’magazine. Car il y a cul et cul. De même que la multiplication des Mac Donald, KFC et autres marchands de cochoncetés n’a pas sonné le glas de la restauration traditionnelle de quartier, la profusion des sites X, XX et même XXL ne me semble pas devoir signifier la fin de l’ouvrage leste de qualité.

La qualité de l’édition érotique serait-elle alors à blâmer ? Non pas. Loin de la production standardisée et stéréotypée du cul en kiosque, la librairie indépendante qui se respecte a l’embarras du choix pour constituer le rayon qui ravira l’amateur éclairé. Sans revenir sur les Mémoires du libraire pornographe, toujours présent sur nos tables et qui remporte un succès d’estime bien mérité, nous avons reçu rien que cette semaine deux nouveautés qui dans des genres forts différent sont de nature à satisfaire les lecteurs les plus exigeants. Je me fais un plaisir de les chroniquer dans nos pages nouveautés et j’attends avec impatience le « Sade-up », pop-up pour grands prévu au Rouergue à la rentrée et qui illuminera les fêtes de fin d’année des enfants pas sages et peut-être notre vitrine. D’ailleurs, puisqu’on parle de vitrines…

La communication des libraires serait-elle trop frileuse ? En ces temps où la censure revient en force, faire une O.P (*) avec les éditions Dynamite (**) peut faire jaser dans le quartier. D’ailleurs, à moins de tenir boutique près d’une caserne, et elles sont chaque année moins nombreuses, le libraire risque bien de faire un flop. On peut faire une vitrine coquine et aguichante qui exclut toute vulgarité mais peu nombreux sont les libraires à s’y risquer. Une bonne amie qui se reconnaîtra avait coutume de consacrer chaque année une (très belle) vitrine thématique à Eros et ses copains. Elle y a cette année renoncé, c’est d’autant plus triste que ses vitrines sont assez largement considérées comme les plus réussies de la Capitale. Son abandon me navre car personne chez n’a le talent artistique qu’il faut pour reprendre le flambeau. Ceci ne nous empêche pas de prendre part au combat à notre façon, moins visible, plus modeste sans doute, mais pas moins militante. Après tout, c’est bien aux Buveurs d’Encre qu’Hughes Micol présenta et signa cette année « La planète des vulves » , deuxième titre de la toute jeune collection BD CUL des Requins Marteaux. C’est pas un peu la classe, ça ?

Bonnes vacances à ceux qui partent, et pour les autres, la librairie reste ouverte en août. Et bien sûr, le rayon X aussi.

(*) Opération Promotionnelle, vous le sauriez si vous lisiez ce blog plus assidûment

(**) Je vous laisse la joie de découvrir par vous-même leur catalogue et décline toute responsabilité pour les sites que vous pourriez être amené(e) à visiter.