LE VIANDIER DE POLPETTE – Julien Neel & Olivier Milhaud

polpette Il y a quinze ans de cela, le comte Eulpêtre de Scaramanda envoya son fils Fausto au domaine du Coq Vert, loin de la guerre et de ses ravages. Aidé de son précepteur Biryani, Fausto en fit un havre de paix et de savoir. Petit à petit la communauté s’agrandit avec Polpette, cuistot solitaire, la belle Alméria et ses inséparables (et détestés) furets, le petit Andrew, roi des cocktails en tout genre et bien d’autres encore… Tous vivent en paisible harmonie jusqu’au jour où, première fois depuis quinze ans, le père de Fausto est annoncé. Il vient chasser le légendaire ours Bellafonte, accompagné des trois cousins détestés de Fausto. Ceux-ci n’en veulent effectivement qu’au pouvoir et à l’héritage du comte et sont prêts à tout. Complots et intrigues se montent et s’enchaînent.

Le viandier de Polpette est une ode à l’amitié dont on ressort sourire aux lèvres. 0n retrouve le style sympathique et plein de couleurs de Lou, dont J. Neel est l’auteur. Les personnages, loufoques pour certains et tous charmants et attachants, participent de la pétillante bonne humeur qui ressort à la lecture de cette bande dessinée. De plus, les appétissantes recettes de cuisine dont est accompagnée cette BD vous incitent à les tester sans tarder ! À lire sans hésitation !

Bayou – 18 euros

note rédigée par Jeanne

LE PERROQUET DES BATIGNOLLES TOME 1 – Boujut, Tardi & Stanislas

perroquetOscar Moulinet mène l’enquête sur la piste de boîtes à musique en forme de canard : celles-ci portent malheur à leur propriétaire. Les accidents s’accumulent et Oscar se retrouve sur les traces d’un mystérieux marchand d’art. Le feuilleton (à l’origine radiophonique) vous balladera vite et bien, en Bretagne, à Paris, au couvent, et dans les couloirs de Radio France ; en effet, Oscar est preneur de son et son amie, Edith Lamantin*, est présentatrice de la météo marine.
Le Perroquet des Batignolles est un feuilleton policier joliment alambiqué (merci Tardi et Boujut), qui rebondit de façon surprenante ; on ne devine pas bien où l’on va, et c’est tant mieux. L’ensemble a un parfum particulier, un genre de policier à la française des années 60 ; le dessin de Stanislas y est pour beaucoup. Sa gracieuse ligne claire est intemporelle, chic et pimpante. Et dans ses planches, il glisse souvent au coin d’une case un petit détail, un clin d’oeil (une lampe grotesque, un discret hommage à Hergé…). Ce singulier mariage, feuilleton policier radio et bande dessinée, est une jolie réussite.

(*) Je ne vous vais pas vous nommer tous les personnages, je me retiens, car l’onomastique du Perroquet des Batignolles est un régal…

MALO DE LANGE, FILS DE PERSONNE – Marie-Aude Murail

malo-1Julien Quincampoix, alias Malo de Lange ou Hortense est de retour. Il travaille désormais pour son père, M. Personne, chef de la police secrète. Comme ses missions sont sans intérêt, Malo prend une initiative un peu risquée en se faisant embauchée comme habilleuse chez le duc d’Ecourlieu. Ce dernier possède le Golconde, un diamant d’une valeur inestimable et plusieurs sources affirment qu’il va bientôt être volé. En devenant Hortense et en étant sur place, Malo espère ainsi déjouer les plans du voleur et protéger le bijou. Malheureusement, celui-ci est quand même dérobé et le duc assassiné. Le commissaire croit en la culpabilité de Malo, l’arrête et l’envoie au bagne pour 20 ans. Comment prouver son innocence ? Et surtout réussir à s’évader ? Et Léonie, sa fiancée va-t-elle l’attendre ? Une enquête très complexe où Malo va devoir une fois de plus ruser, tout en espérant que son père ait un plan pour le secourir…
Marie-Aude Murail réussit comme toujours à imaginer une histoire complexe très bien construite et captivante, où chaque scène, chaque détail a son importance. Elle créé un vrai sac de noeuds et parvient au fil des pages à tout déméler avec talent. Et pour que l’histoire soit davantage crédible, rien de mieux que d’utiliser le langage de l’époque, l’argot. Bref, un très bon polar original et instructif.

Editions Ecole des loisirs – 10 €
collection Neuf
dés 11 ans

– On peut lire le tome 2 sans avoir lu le tome 1, mais ce serait dommage ; les 2 romans étant étroitement liés. Tome 1 : Malo de Lange, fils de voleur
– Ne vous inquiétez pas, un glossaire à la fin du roman permet de comprendre les termes utilisés.

LA NUIT LA PLUS LONGUE – James Lee Burke

burke Eté 2005 : le cyclone Katrina dévaste la Nouvelle-Orléans, livrant la ville aux pillards. Comme tout ce que la Louisiane compte de policiers, Dave Robicheaux est appelé pour prêter main forte à la police de la ville, complètement débordée par l’ampleur de la catastrophe. Au milieu de la désolation qu’a semée Katrina, Robicheaux va tenter de démêler un écheveau où s’entremêlent crime raciste, désir de vengeance, arnaques et réglements de comptes. Une intrigue un tantinet complexe, mais qui ne découragera pas le lecteur, car les personnages ont tous une vraie épaisseur, et la narration du roman est somptueuse. James Lee Burke évoque magnifiquement l’atmosphère de fin du monde qui s’empara de la Nouvelle-Orléans, et peint avec talent et poésie les couleurs et les senteurs des crépuscules de Louisiane. Un roman beau et sombre qu’on peut conseiller au-delà du cercle des amateurs du genre policier.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Christophe Mercier
Rivages – 22 euros

LA FOURMILIERE – Jenny Valentine

fouriliere-1Sam a fugué, il est parti sur un coup de tête avec un lourd secret… Il recherche la solitude et l’anonymat pour réfléchir à sa décision et à ses erreurs. Il quitte sa campagne anglaise pour atterrir à Londres, où il trouve refuge dans un studio meublé au 33, Georgiana Street. L’immeuble est en piteux état, mais ça lui suffit. Mais il n’a vraiment pas choisi le meilleur endroit pour se loger : ses voisins deviennent vite envahissants ! Isabel, la vieille dame du rez-de-chaussée ne cesse de lui poser des questions sur son passé, elle le sollicite pour réparer des petites choses, pour sortir son chien ; Bohémia, une jeune fille de 10 ans assez bavarde, délaissée par sa mère, apprécie sa compagnie et lui rend souvent visite…

Jenny Valentine raconte la vie de deux adolescents seuls, mais pas pour les mêmes raisons. En choisissant d’alterner leurs points de vue, l’auteur réussit à bien dépeindre leurs pensées et leurs sentiments, et raconte à merveille la vie de cette petite communauté, où chacun a son rôle comme dans une fourmilière. Et malgré l’état limite insalubre de l’immeuble, on a envie d’y habiter…

Editions Ecole des loisirs – 11 €
collection Médium, à partir de 13 ans
(traduit de l’anglais par Cyrielle Ayakatsikas)

LA REVELATION – Gemma Malley

revelationVoici enfin le tome 3 où l’on retrouve avec joie Anna et Peter !
Et si la pilule de longévité n’était pas la clé du bonheur ? Et si la Nature reprenait ses droits ? Beaucoup d’individus se sentent soudain affaiblis, alors que leur pilule quotidienne est sensée les empêcher de vieillir et de tomber malade. Richard Princent, le directeur de la société qui commercialise les pilules, ignore les nouvelles analyses de son équipe et au lieu d’alerter les Autorités en leur expliquant la situation, accuse le Réseau d’avoir contaminé les stocks. Les résistants vont devoir une fois de plus affronter Richard Princent et les Autorités, prouver leur innocence et combattre pour la liberté.

Une vraie réussite ! Une trilogie captivante et intéressante pour les ados, à partir de 13/14 ans.

Editions Naïve – 18 €
(traduit de l’anglais par Nathalie Peronny)

Petit rappel des tomes précedents :

declarationTome 1, La déclaration
Anna vit dans un foyer et est considérée comme une Surplus. Nous sommes en 2140 en Angleterre et les naissances sont controlées. Les adultes doivent prendre des pilules de longévité et surtout ils ne peuvent avoir qu’un seul enfant. De nombreux enfants sont enlevés à leurs parents et placés dans des orphelinats. Anna plutôt bonne élève accepte son sort et obéit au réglement, jusqu’au jour où Peter arrive au foyer… Il lui explique qu’il est venu la sauver et qu’il connaît ses parents…

resistanceTome 2, La résistance
Angleterre, 2150. La mort n’existe plus. Peter et Anna refusent de vivre dans ces conditions. Au sein du Réseau souterrain, Peter a pour mission d’infiltrer le plus grand des laboratoires, Pincent Pharma… dirigé par son grand-père. Cet homme insensible et froid est bien décidé à dissoudre la résistance et continuer à tout contrôler…

LOIN DE LA VILLE EN FLAMMES – Michael Morpurgo

flammesLizzie vit dans une maison de retraite et ce qu’elle apprécie le plus, ce sont les visites de Karl, le fils de l’infirmière qui s’occupe d’elle. Il lui rappelle tellement son frère… Karl aime écouter la vieille dame, surtout quand elle lui parle de Marlène…

Elle vivait tranquillement avec sa famille à Dresde jusqu’à ce que la guerre éclate. Son père a dû partir sur le front russe, beaucoup de villes ont déjà été détruites, et Dresde semble être la prochaine. Sa mère qui travaillait au zoo apprend que tous les animaux seront bientôt tués pour éviter toute dispersion dans la ville. Elle réussit à convaincre le directeur de sauver Marlène, une jeune éléphante qu’elle a vu naître… Commence alors une drôle de vie pour Lizzie, Karl et leur mère. Au début, ils la gardent dans leur jardin, mais très vite leur ville est la cible des bombardements. Ils doivent fuir, et décident de se rendre à la campagne chez leurs cousins. Le voyage est long, les conditions climatiques mauvaises, leurs provisions terminées depuis longtemps. Une fois arrivés, ils constatent que la maison est abandonnée et qu’un officier ennemi se cache dans la grange… Peuvent-ils lui faire confiance ? Où sont leurs cousins ? Que doivent-ils faire ?

Voici une grande et belle aventure à travers l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. Ponctué d’illustrations en noir et blanc, le texte est passionnant, bien écrit et se lit d’une traite. Idéal pour les 9-11 ans.

Editions Gallimard Jeunesse – 13,50 €

UN ETE SANS LES HOMMES – Siri Hustvedt

un ete sans les hommesMia est une écrivain discrète, mariée depuis 30 ans à Boris, un brillant neuroscientifique. Lorsque ce dernier lui annonce qu’il veut faire une Pause (sachant que la Pause a 20 ans de moins et qu’elle est Française), l’univers new-yorkais feutré de Mia explose. Pendant quelques semaines elle est même délirante, et internée. Cet état de crise l’oblige à fuir la ville, et à trouver refuge dans le Minnesota, où sa mère est en maison de retraite. Durant un été, elle va se lier avec le cercle de vieilles dames, qu’elle appelle « les cygnes », avec sa voisine, une jeune mère, avec un groupe de lycéennes qui suivent son atelier de poésie ; elle correspondra aussi avec un étrange corbeau, et bien sûr avec Boris. Siri Hustvedt décrit un univers féminin plein de fantômes et de colères, mais qui ne manque pas d’autodérision : les personnages sont sur le fil, fragiles et superbes, comme Abigail, une excellente couturière de 94 ans qui dissimule dans d’innocents couvre-théière ou rideaux des motifs discrets mains néanmoins cauchemardesques ou fantasmatiques. Un roman sur les déchirures et les rapiècements, sans fard, mais brodé avec malice et verve.

Traduit de l’américain par Christine Le Boeuf.

Actes Sud – 18 €

W comme WEB

Chacun son rythme.

Le site de la librairie va fêter ses 3 ans ; à cet âge on est propre et on galope vers son destin et l’âge de raison. Les parents gardent un œil sur la courbe de croissance et de poids et les plus phrénologues voient déjà le génie à venir. En ce qui concerne le dernier né de la librairie, notre cher site, nous sommes heureux de constater son bon développement. On le nourrit régulièrement (okay on avoue, on espace un peu le blog, mais bon il fait ses nuits maintenant, on n’est plus obligé de le gaver toutes les semaines), et la rubrique Archives s’allonge copieusement. Les plus observateurs d’entre vous auront d’ailleurs remarqué qu’il existe même d’improbables archives de janvier 1970 et 1971 : un petit bug, comme disent ces entomologistes d’informaticiens, qui permet cependant un hommage discret au disco.

Ce qui est donc formidable dans ce chaleureux monde virtuel, c’est bien sûr l’échange ; nous vous présentons des livres qui nous ont plu, et vous complétez nos fines analyses de pertinents commentaires. Encore un peu et on se tiendrait par la main et on chanterait des chansons comme dans une pub pour la téléphonie mobile. Nous n’avons cependant pas beaucoup de commentaires, et j’en conviens, vous avez sûrement autre chose à faire ; d’ailleurs, au vu des échanges qui se déroulent dans les espaces d’autres sites bien plus fréquentés, je ne m’en plains pas. Apparemment, les forums et autres commentaires sont des havres de haine où les ânes braient à n’en plus finir avec la véhémence de boucs ; je vous préfère ainsi, silencieux certes, mais je me plais à vous imaginer timides, le rose aux joues, tacites mais complices.

Si d’aventure vous passiez le pas et que vous vouliez laisser un commentaire, ne croyez pas qu’il se doive d’être du même bord que nous. On ne censure pas, on est très liberté de parole vous savez, on ne rabat pas le caquet des gens qui ne sont pas d’accord avec nous. Je me souviens d’un commentateur en verve qui lançait, à propos d’un livre dont j’avais fait une belle tartine d’éloges, qu’il trouvait qu’il avait les qualités littéraires d’un guide du routard. Comme je suis très liberté de paroles et que je refoule mes pulsions d’âne, je ne me vexe pas, ni ne réponds et continue mon chemin tel un yogi.

Ce que j’aime beaucoup aussi, ce sont les faux commentaires, issus de nébuleux automates qui postent des commentaires creux dans l’espoir qu’ils soient mis en ligne avec le lien sur le site internet qu’ils sont censés promouvoir. Par exemple, M. Casino en ligne m’indique : « Merci pour ces informations! c’est ce que je recherchais depuis un moment afin de finaliser mon dossier ! merci ! » et signe d’un lien internet tout aussi explicite que son nom ; ou bien Mme Carol m’explique que « Looks like you are an expert in this field, excellent post and keep up the good work, my friend recommended me this. » Que c’est bon d’être apprécié à sa juste valeur de l’autre côté de l’Atlantique, je m’imaginais déjà une nouvelle BFF ; dommage que Carol signale que son blog s’appelle « rachat de prêt immobilier ». Sûr que les têtes pensantes qui sont derrière ces programmes de spams automatisés ont bien compris que les auteurs de blog sont sensibles à la flatterie voir même à la flagornerie, mais de là à croire que je vais tomber dans un panneau aussi criard, c’est encore me prendre pour un âne.

A propos de ce site internet, je voulais aussi vous dire d’y faire attention ; je sais que vous vous y sentez en sécurité, mais sachez que vous êtes surveillés. Je sais d’où vous venez, où vous habitez, combien de temps vous restez sur le site… j’ai des petits diagrammes à bâtons, des camemberts et des graphiques que je pourrais utiliser si d’aventure je me décidais à publier une étude sociologique sur les lecteurs du blog. Nous avons en fait un compte sur un site qui analyse les flux de personnes sur notre domaine ; on y apprendra l’humilité en constatant que 70 % des gens qui atterrissent sur le site de la librairie y restent moins de 5 secondes. Et quand on regarde le listing des mots clefs qui vous font arriver jusqu’à nous, on restera pantois devant les impénétrables voix de Google qui mènent les brebis égarées sur notre site : un internaute angoissé, qui lança la requête « priere pour réussir dans sa vie et son avenir », se retrouva ainsi parmi nous ; j’imagine sans peine sa déception. Plus exotique, l’amateur de magie noire, avec « la datte entouree de scotch dans la sorcellerie » et son « TABLEAU QUI TOMBE DU MUR – ETRANGE PHENOMENE ». Plus attendues, au vu des connotations du nom de la librairie, et néanmoins flatteuses, les requêtes comme «bière ancre pils », « tonneau de bière », « 69 raisons qu’une bière », « biere ancre », « image humour femme biere surf ». Il y a aussi les questions professionnelles : « CV d un libraire original » (là aussi je me reconnais), « aucun libraire ne veut de mon roman à compte d’auteur », « office librairie cavalerie », et le résolument pathétique « est-il normal que l’apprenti ne fasse que des cartons de retour ». Les inévitables amateurs de sensualité, qui jouant trop la singularité finissent dans nos filets : « pensionnat fouet sm danseuse classique galerie blog », « mari humilié texte ou bd », « amour malgré l’age », « livre sur les meilleurs amants selon la tendance » (si vous l’avez trouvé, je veux bien les références, ce doit être un morceau de choix). Et puis il y a une tripotée de requêtes incongrues, que je me fais un plaisir de thésauriser : « qu’est-ce qu’un avaleur de sabres ? », « recupérer chaussette machine a laver », « bertrand delanoé et photos compromettantes », « les cous sont tres interessants », « retaper canape », « bébé bras poilus », « bonbons haribo produits addictifs », « pourquoi dit on fou comme un lapin », « recherche des restaurants pour manger une bouillabaisse paris et sa banlieue », « napolitains humoristiques ». Le surréalisme revu et corrigé par Google.