SCENES D’UN MARIAGE IMMINENT – Adrian Tomine

scenes mariage imminent Sarah et Adrian sont fiancés depuis peu et s’apprêtent à se lancer aussi naïvement que joyeusement dans les préparatifs de leur mariage, sans savoir qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines. Du DJ aux goûts musicaux douteux à l’élaboration du faire-part qui touche à la fierté du futur mari, en passant par la difficulté de concilier les cultures très différentes de leurs familles respectives (japonaise et irlandaise), chaque détail prend des allures d’incident diplomatique et les pousse lentement vers la crise de nerfs… mais toujours avec beaucoup d’humour ! On prend plaisir à suivre ce couple attachant dans leurs péripéties prénuptiales plus vraies que nature ! De quoi rappeler de bons souvenirs à ceux qui sont déjà passés par là, et donner un bon aperçu à ceux qui s’apprêtent à le faire… Et que tout le monde se rassure, tout est bien qui finit bien!

Traduit de l’anglais par Vincent Bernière.

Editions Delcourt – 9,40 €

LA MAISON DES SECRETS (Les lunettes magiques) – Jacqueline West

lunettes magiquesLa famille Dunwoody s’installe dans une vieille demeure. Très pris par leur métier, les parents n’enlèvent aucune affaire de l’ancienne propriétaire et laissent tout tel quel. Cela ne dérange absolument pas Olive leur fille qui explore ainsi chaque pièce et recoin. Elle remarque très vite des phénomènes étranges : il est impossible de retirer les tableaux des murs, les chats parlent, le grenier est inaccessible… Un jour, elle trouve de vieux objets dans une commode, et s’amuse à essayer une paire de lunettes. Une fois sur son nez, les peintures lui apparaissent sous un jour nouveau, et elle s’aperçoit qu’elle peut rentrer dans les cadres… Après quelques allers et venues, elle sent qu’elle n’est pas la bienvenue dans cette propriété et apprend que tous les personnages des tableaux ont peur de quelqu’un…

Ce roman fantastique est très réussi ; mystère, magie et suspense sont au rendez-vous. Cette nouvelle série séduira les lecteurs qui ont apprécié Spiderwick, Eidolon ou encore Les folles aventures d’Eulalie de Potimaron.

Editions du Seuil – 12,90 €
(traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jakuta Alikavazovic)

L’ART DE VOLER – Antonio Altarriba & Kim

voler Le père d’Antonio Altarriba se suicide à l’âge de 90 ans, en se défenestrant, du dernier étage de l’hospice où il a vécu ses 15 dernières années. Par cet acte, il « libère » la parole de son fils qui décide alors de retracer son histoire; un parcours riche et qui épouse l’Histoire de l’Espagne et celle de notre siècle.

L’art de voler est le témoignage d’amour, simple et émouvant, d’un fils pour son père en même temps qu’un document historique passionnant, retraçant les pérégrinations d’un homme ordinaire dans des circonstances exceptionnelles. On y retrace, entre autre, les conditions pas franchement glorieuses de l’accueil des réfugiés espagnols en France, en 37/38 (un épisode totalement absent de nos livres d’Histoire, à moins que ça ait beaucoup changé récemment).

On dit que l’Histoire est écrite par les vainqueurs, et ce n’est pas la moindre des qualités de cet album que de donner la parole à un perdant, un vrai, un beau, sur toute la ligne, et qui pourtant n’a jamais renié ses idéaux. Ce qui n’est pas le cas de tous ses anciens camarades, les plus rouges et les plus révolutionnaires devenant parfois les serviteurs les plus zélés du nouveau pouvoir et du Dieu Pognon. C’est vrai qu’on a connu cela de l’autre côté des Pyrénées aussi, et dans pas mal d’autres endroits. Raison de plus pour rendre hommage à Altarriba senior, ado révolté, adulte courageux, viellard qui refuse d’abdiquer sa dignité.
Un très bel album, sacré meilleur roman graphique de l’année en Espagne. On lui souhaite le même succès chez nous.

Traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco

Denoël Graphic – 23,50 euros

D’ACIER – Silvia Avallone

DACIER Nous sommes en Toscane, mais pas celle des magazines et des vacances qui font rêver. De vacances, il n’est d’ailleurs pas question à Piombino, ville industrielle située à quelques brassées de l’île d’Elbe et de ses touristes fortunés. L’île d’Elbe, où personne ne va jamais. Anna et Francesca pas plus que les autres. Elles ont treize ans, presque quatorze et passent leur temps libre au pied des immeubles HLM de bord de mer où vivent leur famille et celles des ouvriers qui travaillent à l’aciérie toute proche.

Aussi belles l’une que l’autre, Anna et Francesca sont les stars de leur cité et les meilleures amies du monde. Elles rêvent d’évasion et s’inventent un futur plus riant que leur vie actuelle, faite d’ennui, de frustrations, entre des mères accablées par la vie, des pères démissionnaires, magouilleurs et/ou violents.

Roman social et roman sur l’adolescence, d’acier est le premier livre d’une jeune femme de 25 ans à peine, elle même originaire de Piombino. C’est une vraie réussite, et l’accueil très favorable que lui a réservé la presse à l’occasion de sa sortie en France est à mon avis totalement justifié.

Traduit de l’italien par Françoise Brun

Editions Liana Levi – 22 euros

LA SEPTIEME VAGUE – Daniel Glattauer

septieme vaguePetite surprise du printemps : la suite de Quand souffle le vent du nord existe… Nous voici de nouveau emportés par la correspondance intense entre Emmi Rothner et Léo Leike. Emmi craque après 9 mois de silence et meurt d’envie de retrouver son ami épistolaire. Mais Léo est parti à Boston, a bloqué son adresse mail et il a rencontré Paméla : il pensait que cet exil serait suffisant pour oublier sa charmante partenaire virtuelle. Ils vont bien sûr renouer leur relation à distance et les mails vont redevenir vitaux pour l’un comme pour l’autre…
Une belle histoire romantique, originale, moderne et vraiment captivante. Même si à chaque fois, la lecture de mails en continu peut surprendre et dissuader certains, une fois la lecture commencée, il est impossible de lacher le roman !

Editions Grasset – 18 €
(traduit de l’allemand par Anne-Sophie Anglaret)

Info : Quand souffle le vent du nord vient d’ailleurs de sortir en poche.

LE GRAND IMAGIER DES PETITS – Ole Könnecke

imagier oleCe grand imagier en tout-carton est une vraie réussite ! Les illustrations, la maquette, le choix des mots… tout est bien pensé et donne envie de le regarder un long moment. L’illustrateur a imaginé une façon très harmonieuse de présenter les objets du quotidien des enfants : en associant des choses à des scènes simples. Cela apporte une touche d’humour très agréable à la lecture de l’album et permet de raconter des petites histoires.
Voici les principales doubles pages : la maison, les saisons, les fruits et légumes, les moyens de transport, la musique, le sport, sans oublier les grandes notions (chiffres, couleurs, lettres, contraires).

Editions de l’Ecole des Loisirs – 12 €
Idéal dès 18 mois

SAMEDI 23 AVRIL fête de la librairie indépendante

centpapier Samedi 23 avril, à l’occasion de la Sant Jordi – journée mondiale du livre – se tiendra la 13ème édition de la fête de la librairie indépendante, événement auquel participent près de 500 librairies, dont les buveurs d’encre.

Ce sera pour nous l’occasion de vous offrir ce jour « Eloge des cent papiers », hommage au livre lui-même, à sa forme, à son imaginaire… Ce bel ouvrage particulièrement réussi d’un point de vue graphique, propose une anthologie de textes de nombreux écrivains, autour d’extraits de l’oeuvre d’Alberto Manguel (et même d’un inédit !)

La fête de la librairie indépendante, c’est aussi traditionnellement, l’occasion pour chaque libraire de mettre en avant l’oeuvre d’un auteur qu’il apprécie particulièrement. Cette année, nous avons choisi Jaume Cabré, auteur barcelonais contemporain d’expression catalane. Trois de ses romans ont été traduits en français, tous trois par Bernard Lesfargues, et ont paru aux éditions Bourgois (*)

JAUME CABRE, UN IMMENSE ECRIVAIN

J’ai découvert Cabré avec Les voix du Pamano, son dernier roman à ce jour. un chef-d’oeuvre qui de manière totalement incompréhensible est passé relativement inaperçu. Chez nous, en tout cas, puisqu’il s’en est semble-t-il vendu 300 000 exemplaires en Allemagne (Cabré est traduit dans une dizaine de langues). Je sais bien que le nombre de ventes n’est pas forcément synomyme de qualité, mais si cela peut contribuer à convaincre certain()s lecteurs/trices, je n’hésite pas une seconde à recourir à cet argument fallacieux !

De peur d’être déçu, on aborde parfois avec une certaine crainte la lecture d’un autre roman d’un auteur pour lequel on a eu un énorme coup de coeur. Je peux rassurer les lecteurs enthousiastes des Voix du Pamano : ils ne seront déçus ni par L’ombre de l’eunuque, ni par Sa seigneurie.

Je recolle ci-dessous mes notes de lecture sur les romans de Cabré et si vous manquez de temps, je vous livre ma conclusion dès l’intro. 1 chef-d’oeuvre + 2 très grands romans sur 3 livres parus = découvrez Cabré sans attendre.

(*) d’autres textes ont été traduits dans les années (essais et nouvelles, semble-t-il) chez de petits éditeurs aujourd’hui disparus et sont épuisés

CABRE LES VOIX DU PAMANO

Oriol Fontelles est un jeune instituteur, dans un petit village de Catalogne. Un jour de 1944, par lâcheté, il laisse le maire du village et les phalangistes assassiner un jeune garçon. Sa femme ne peut lui pardonner. Sur le point d’accoucher, elle quitte pourtant le domicile et sort de la vie d’Oriol. Voici pour « l’acte fondateur », autour duquel s’articule ce roman d’une qualité et d’une force exceptionnelles.

Comment écrire sur ce livre qui résiste à toutes les tentatives de résumé ? Les voix du Pamano peut se lire à la fois comme une saga historique et politique au suspense haletant, qui court sur plusieurs décennies, et/ou comme une oeuvre littéraire expérimentale. Jaume Cabré a ainsi choisi de « tordre » les frontières du temps et dans la même scène – parfois dans le même dialogue- il mêle des pans du récit que séparent 60 années. Jamais cela n’apparaît comme un procédé gratuit destiné à épater la galerie, mais comme un procédé qui s’impose avec naturel et renforce la cohérence interne du roman.

Les voix du Pamano est un pari pour le moins ambitieux, et s’avère une totale réussite. On est ici en droit de parler d’un authentique chef-d’oeuvre.

eunuque L’OMBRE DE L’EUNUQUE

La lecture des Voix du Pamano avait été un tel choc que je m’étais promis de lire ce que Cabré avait écrit avant ce très grand roman. J’ai continué par son livre précédent, L’ombre de l’eunuque, paru chez Bourgois en 2006.
Le principe qui consiste à mêler les époques en floutant les frontières temporelles est déjà là (les six ou sept générations évoquées dans le roman sont « compressées » dans la durée du -long- repas que partagent le protagoniste et la jeune journaliste qui l’interroge), mais semble moins maîtrisé. La lecture des premières pages demande un réel effort de concentration, peut-être est-ce dû au fait que nous sommes là dans une saga familiale, avec ce que cela suppose de liens familiaux compliqués. Reste tout de même la qualité de l’écriture (et de la traduction), cette capacité remarquable de Cabré à créer des profils psychologiques ultra-crédibles permettant une vraie empathie, cette qualité rare qui consiste à instiller du suspense dans une trame, sans que l’édifice narratif ne repose entièrement sur cela.
Bref, si vous avez déjà lu (et aimé) Les voix du Pamano, procurez-vous sans hésiter cet autre roman de Jaume Cabré car en dépit des quelques réserves que j’exprime ici, L’ombre de l’eunuque est un très bon livre, qui se situe bien au dessus de l’essentiel de la production actuelle. .

SEIGNEURIE SA SEIGNEURIE

1799. Toute la bonne société barcelonaise s’apprête à fêter dignement le passage au 19ème siècle, et au sein d’elle Don Rafael Masso, la plus haute autorité judiciaire de la Catalogne, un roturier ambitieux et dénué de scrupules. L’assassinat d’une cantatrice française qui passait par là et l’arrestation du présumé coupable n’auraient pas suffit à bousculer le bel ordonnancement des choses, sans la découverte d’un courrier très compromettant… qui va faire de la vie de Sa Seigneurie un enfer.
Avec Sa Seigneurie, c’est bien plus qu’un roman historique que nous propose Jaume Cabré. Sa capacité à tisser la toile dans laquelle s’empêtre Sa Seigneurie est proprement diabolique, au point qu’on en arrive à plaindre ce personnage pourtant assez abject.

D’un abord sans doute plus facile que les deux romans qui suivront, Sa seigneurie constitue une excellente introduction à l’oeuvre de Cabré.

LES MADONES D’ECHO PARK – Brando Skyhorse

madones de skyhorseEcho Park est un quartier de Los Angeles, qui connut son heure de gloire dans les années 20, avant que les studios de cinéma ne lui préfèrent Hollywood. Il est devenu le quartier d’adoption des migrants mexicains, un quartier pauvre et violent ; aujourd’hui il attire les convoitises des promoteurs immobiliers. En huit chapitres, centrés autour d’un petit groupe de personnages d’origine mexicaine, de différentes générations, Brando Skyhorse donne une vision vivante et mouvante de la ville. On se passionne pour ses personnages, en particulier ce couple mère-fille, qui est au coeur du roman. La composition en ricochet (le personnage secondaire d’un chapitre devient le personnage principal du suivant) multiplie les angles d’attaque de ces histoires, et retourne les personnages pour leur donner une profondeur inattendue. A l’arrière-plan du récit, il y a, par exemple, la caissière de la supérette, la jolie femme, qui fait tourner les têtes de tous les hommes, la maîtresse occasionnelle d’un bon nombre d’entre eux, et que cherche désespérément un homme qui vient de sortir de prison, qui voit à quel point les lieux ont changé, et qui se raccroche à ce souvenir. Un très beau premier roman.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adèle Carasso.

L’olivier – 22 €

MEMOIRES D’UN AVALEUR DE SABRES – Daniel Mannix

mannix Le jeune Daniel Mannix a une vingtaine d’années lorsqu’il décide, sur un coup de tête, de rejoindre l’une des nombreuses troupes de forains qui sillonnent les routes américaines dans les années 30. L’aventure va durer un an, au cours de laquelle il va devenir cracheur de feu puis avaleur de sabres et même de néons, le fin du fin de la spécialité puisqu’ils vous éclairent de l’intérieur. Effet garanti, et âmes sensibles s’abstenir !

Ces mémoires se dévorent de bout en bout, pour peu qu’on s’intéresse à l’atmosphère magique des fêtes itinérantes, si typiques de l’Amérique de ces années là. Forcément, on pense à Freaks, et c’est vrai que là aussi on se prend de sympathie pour des personnages plus haut en couleurs les uns que les autres : fakirs, télépathes, diseuses de bonne aventure… et même un « homme autruche » qui régurgite des rats vivants. Mémoires d’un avaleur de sabres est un passionnant récit d’aventures qui peut également intéresser un jeune public, à partir de treize ou quatorze ans

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Jeanne Toulouse et Nicolas Vidalenc.

Les fondeurs de briques – 21 €

LE CHANTEUR SANS NOM – Arnaud Le Gouëllec & Olivier Balez

chanteur Malgré son pseudonyme et le masque qu’il portait sur scène, le chanteur sans nom n’était ni un catcheur ni un super-héros, mais un vrai chanteur de charme qui connut son heure de gloire dans l’immédiate avant-guerre, avant de devenir le secrétaire et confident d’Edith Piaf.

Vous ignoriez l’existence du personnage ? Arnaud Le Gouëllec aussi, jusqu’au jour où il tombe par hasard sur une anthologie dans laquelle figure le chanteur sans nom, Roland Avellis pour l’état-civil. Intrigué par ce drôle d’oiseau et vite fasciné par le caractère extrêmement romanesque du personnage, il entreprend de le faire revivre en partant à la recherche de ceux qui l’ont connu et, malgré tous ses défauts, qui l’ont aimé. Menteur, affabulateur, buveur et même voleur à l’occasion le chanteur sans nom n’était sans doute pas un parangon de vertu, mais c’était un fameux boute-en-train ainsi qu’un ami fidèle. Ce qui fait dire à Charles Aznavour, « Il nous a tellement donné en échange de ce qu’il nous a pris ». Phrase qui résume assez bien l’image laissée par Roland Avellis

En attendant de découvrir cet album très bien ficelé et souvent très émouvant, faites un tour sur myspace, histoire d’entendre la voix du chanteur sans nom.

Glénat -20 euros