LES LECONS DU MAL – Thomas H. Cook

lecons du malAprès Les Feuilles mortes, le nouveau roman noir de Thomas H. Cook est publié par les éditions du Seuil : dans les années 50, dans l’Etat du Mississipi, un professeur, Thomas Branch, issu de la haute bourgeoisie, dispense un cours thématique sur le mal, à des lycéens de condition modeste. L’un d’eux est le fils d’un meurtrier. Et je ne vous en dirai pas plus, puisque l’auteur prend un malin plaisir à proposer de nombreuses fausses pistes…

L’ensemble paraît de prime abord pompeux (le titre, le ton du narrateur, quasi prophétique, et la couverture aussi, au cas où vous n’auriez toujours pas compris), où l’on vous annonce le pire sans le préciser, et où le suspense est maintenu jusqu’à la dernière ligne. Mais il convient parfaitement au climat du Sud des Etats-Unis et au personnage de Thomas Branch, dont la splendeur familiale est révolue et qui se complaît dans sa supériorité intellectuelle. Thomas H. Cook s’amuse, manipule ses personnages et son lecteur, avec une forme de sadisme raffiné, comme un supplice de Tantale narratif (« vous n’aurez jamais le fin mot de l’histoire… »). Un roman efficace, qui vous met sur des charbons ardents.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Loubat-Delranc.

Le Seuil Policiers – 21,50 €

LES PREMIERES AVENTURES DE SHERLOCK HOMES (Tome 1 : L’ombre de la mort) – Andrew Lane

sherlockPassionné par les aventures de Sherlock Homes, Andrew Lane a imaginé l’adolescence de ce fameux détective. A quoi ressemblait-il ? Qui étaient ses amis ? Où et quand a-t-il acquis son esprit logique, ses qualités de boxeur, sa fascination pour les abeilles ?

En vacances chez son oncle, les journées de Sherlock sont longues. Heureusement, son frère a embauché A. Crowe, un précepteur. Chaque jour, il apprend à réfléchir, passer inaperçu ou encore survivre en pleine nature. Lors d’une ballade, il rencontre Matty, un jeune orphelin. Témoins tous les deux d’une scène étrange, ils se retrouvent embarqués dans une mystérieuse histoire d’épidémie. Aidés du professeur et de sa fille, ils devront comprendre l’origine de la mort de deux hommes, déjouer les plans d’un homme machiavélique et semer sans cesse des poursuivants dangereux !

Un très bon polar pour les ados qui aiment les énigmes, et surtout pour les fans de Sherlock Homes. Cette nouvelle série est très intéressante car l’auteur connaît vraiment bien l’oeuvre de Conan Doyle et parvient à glisser des allusions au caractère, aux manies et aux méthodes du détective. Une écriture très fluide, des scènes rythmées, du suspense, une belle histoire d’amitié, un livre très agréable (la couverture, le papier…), on aimerait déjà lire la suite.

Editions Flammarion – 13 €
Dès 11-12 ans
illustrations de Matthieu Bonhomme
traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) par Marie Hermet

ILUSTRADO – Miguel Syjuco

syjuco Miguel Syjuco est un auteur trentenaire encore inconnu chez nous, mais qui, assurément, n’est pas destiné à le rester. Avec Ilustrado, ce jeune philippin – qui écrit en anglais et vit à Montréal – nous offre un premier roman proprement époustouflant. Ce récit kaléïdoscopique, à la narration éclatée, nous plonge dans l’histoire philippine des deux derniers siècles, mais aussi – surtout- dans l’esprit du narrateur, un certain Miguel Syjuco (vous me suivez ?) et de son mentor, Salvador Crispin, vieil enfant terrible des lettres philippines, mort (suicidé ?) sans avoir livré le Grand Roman auquel il travaille depuis de nombreuses années.

Ilustrado oscille entre enquête littéraire, fresque historique, polar métaphysique et échappe à toutes les classifications. Immanquablement, à la lecture, on pense à Bolano, Borges ou Cortazar. Ilustrado n’est pas d’un accès évident, une seule lecture ne suffit pas à en épuiser le sens, mais c’est une lecture inoubliable et c’est bien là l’essentiel.

traduit de l’anglais (Canada) par Anne Rabinovith

Bourgois – 24 euros

LE TEMPS QUI VA, LE TEMPS QUI VIENT – Kawakami Hiromi

kawakami temps Une photographe fascinée par la pluie, un jeune garçon qui se souvient des conquêtes féminines de son père, un étrange couple de messieurs vivant ensemble depuis la mort de celle qu’ils aimaient tous les deux… Kawakami Hiromi peint par petites touches le portrait d’une rue animée de Tokyô au travers de la vie de ses habitants qui se côtoient sans se connaître vraiment. Les récits s’entrecroisent et se rejoignent de manière subtile, chaque personnage jouant un rôle dans la vie d’un autre. Au travers de la mort d’un proche, d’un amour passionné ou déçu, d’une maladie ou d’un souvenir, les voix des habitants se conjuguent avec simplicité et humanité. Un roman au goût de nostalgie, doux et beau à la fois!

Traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu.

Editions Philippe Picquier – 19 €

LES YEUX AU CIEL – Karine Reysset

yeux cielA l’occasion de l’anniversaire du grand-père, toute la famille se réunit dans une propriété chargée de souvenirs et de secrets. La présence exceptionnelle des enfants et petits enfants va réveiller une blessure profonde, une tragédie qui les a tous marqués de façon différente. Ces retrouvailles pleines de tendresse et de nostalgie cachent aussi des non-dits et des reproches. Au fil du week-end, chacun va enfin accepter ce passé douloureux et s’épanouir après 30 ans de silence.

Karine Reysset réussit, avec finesse et sensibilité, à décrire une fausse ambiance de détente et de fête et en même temps à laisser apparaître la détresse de chaque personnage, enfants et adultes et à l’apaiser ou l’optimiser.

Editions de l’Olivier – 17 €

LE DERNIER STADE DE LA SOIF – Frederick Exley

dernier stade de la soifDernier né des honorables éditions Monsieur Toussaint Louverture, Le dernier stade de la soif est une première traduction d’un auteur américain à l’aura mythique ; la préface de Nick Hornby est un panégyrique enthousiaste et appétissant. L’objet, de la couverture au dos, est déjà une réussite, avec ses écritures en creux qu’on caresse… Mais venons-en au propos du livre ; il s’agit d’un écrit de 1968, largement autobiographique, qui revient sur les déboires de Fred Exley. A la manière d’un puzzle, on reconstitue au fur et à mesure la dérive de cet homme, à contre-courant du rêve américain des années 50. Hôpital psychiatrique, comptoirs de bar, Chigaco, New York, Los Angeles, mariages ratés : Exley est un personnage du chaos, qui se plaît à bousculer son entourage. Impossible pour lui de rentrer dans le rang, de réussir un entretien d’embauche (mémorables passages…), ou de finir un manuscrit. Ce génial poivron est cependant un conteur hors pair, capable de vous émouvoir lorsqu’il parle de son père, de vous faire rire quand il parle de ses conquêtes féminines et de vous troubler quand il décrit les gens dits normaux. Un très beau livre, à tous égards.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Aronson et Jérôme Schmidt.

Monsieur Toussaint Louverture – 23,50 €

CHIRAC, LES COMBATS D’UNE VIE – Patrick Girard

chirac Voici un livre qui régalera les amoureux de la politique tendance « microcosmique », pour paraphraser feu le meilleur économiste de France. Bref, les lecteurs du canard, de Marianne et plus généralement ceux et celles qui se souviennent que Couve de Murville fut le nom d’un premier ministre et pas celui d’un vainqueur du prix de l’Arc de Triomphe. De Couve, il est d’ailleurs question dans le livre de Patrick Girard, ainsi que de l’ensemble des barons du gaullisme, de l’époque du Général à la fin des années Chirac. Sur près de 300 pages, Patrick Girard nous épate et nous intéresse par sa connaissance des arrière-cuisines de la chose politique, lesquelles, si elles ne sont pas forcément ragoûtantes, se révèlent en revanche toujours intéressantes.

Jacques Chirac, vorace animal politique, a en quarante ans de vie publique laissé derrière lui un certain nombre de cadavres. Patrick Girard fait joyeusement oeuvre de légiste et nous décrit par le menu le sort des malheureuses victimes, sans jamais se départir d’une bonhomie amusée. Chaban, Balladur, Seguin défilent ainsi, et d’autres moins connus ou plus anciens. Une place de choix est également accordée à Marie-France Garaud et Pierre Juillet, les premiers mentors de « Poussin », à l’époque où celui-ci était à l’orée de la carrière que l’on sait. Un vrai plaisir de lecture pour revisiter les heures (plus ou moins) glorieuses d’une carrière politique assurément hors du commun.

L’archipel – 18,95 euros

SAN FRANCISCO – Catherine O’Flynn

san franciscoPrésentateur des informations régionales, Franck présente des faits divers sans importance, place de temps en temps des blagues qu’il achète à un soi-disant comique. Sentimental et extrêmement gentil, il est attristé par chaque annonce de décès et accepte la moindre inauguration.

La vie de Franck est marquée par les disparitions. Tous les bâtiments construits par son père, architecte reconnu dans les années 70, sont démolis petit à petit. Phil, un de ses meilleurs amis meurt de manière suspecte, renversé pendant son jogging sur une rue déserte. En lisant des faits divers, il apprend qu’un homme est mort sur un banc, il était resté là 48 heures avant que quelqu’un ne réagisse. Sa photo lui étant familière, il décide d’aider la police à retrouver des parents proches. Très vite, il découvre qu’il était un des plus anciens amis de Phil…

Un très bon roman sur les disparitions et la mémoire. A travers son héros, Catherine O’Flynn évoque la peur du futur, du vieillissement, les transformations du paysage urbain et les traces laissées par chacun. A la manière de son précédent roman (Ce qui était perdu), elle mêle à l’intrigue un mystère, qui devient très vite le fil conducteur de l’histoire. Un roman très agréable à lire, des personnages que l’on a du mal à quitter à la fin, des scènes assez comiques notamment celles sur les coulisses d’une émission régionale ringarde. En Angleterre, son premier roman a été primé à de nombreuses reprises.

Editions Jacqueline Chambon – 23 €
(traduit de l’anglais par Manuel Tricoteaux)

LA PRIERE D’AUDUBON – Isaka Kôtarô

priere audubon Itô, un jeune homme d’affaires japonais, perd les pédales après une rupture amoureuse et braque un supermarché, mais s’en sort lamentablement. Il se fait alors embarquer par un homme mystérieux afin d’échapper aux policiers, se réveille le lendemain matin dans un appartement inconnu et découvre avec stupeur qu’il est sur une île oubliée de tous, repliée sur elle-même depuis plus de 150 ans.

Les habitants de l’île vivent paisiblement sans l’abondance technologique et le rythme de vie japonais effrené, selon des règles mêlant la loi officielle et des principes beaucoup plus étranges. Plus surprenant encore, il va faire la rencontre de Yûgo, un épouvantail qui parle et semble être une sorte de maître spirituel pour tous.

Mais dès le lendemain de l’arrivée d’Itô sur l’île, Yûgo est retrouvé démembré aux quatre coins de son champ, et sa tête a disparu. Ce n’est que le début d’une étrange série de meurtres…Dès lors, une chasse au coupable commence sur l’île oubliée où Itô, « l’homme de l’extérieur », joue un rôle privilégié.

A la manière d’Alice qui parcourt le pays des merveilles, son chemin va croiser celui d’une galerie de personnages singuliers et attachants qui le feront réfléchir au sens de sa vie et à son avenir. Intrigue policière et voyage onirique se mélangent dans ce roman surprenant et réussi qui plaira aux lecteurs de Haruki Murakami. Une très bonne découverte!

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Editions Philippe Picquier – 22,50 €

GOLGOTHA – Leonardo Oyola

GOLGOTHA Il y a des romans imparfaits, voire un peu bancals, dans lesquels on décèle un vrai potentiel : Golgotha est de ceux là. L’histoire tient sur le dos d’un timbre poste : un flic venge la mort d’une mère et d’une fille, en tuant le caïd de banlieue qu’il tient pour responsable, sachant que cette vengeance lui coûtera la vie. Mais l’intérêt du bouquin ne vient pas de sa construction, bien que l’enchaînement tragique des effets et des causes soit plutôt bien rendu par l’auteur. Non, Golgotha vaut essentiellement par sa capacité à nous plonger de manière très crédible dans un univers violent et glauque, à cent lieues de ce que le mot « Argentine » évoque d’ordinaire pour nous. Il est intéressant de le souligner aussi, les flics du récit échappent aux stéréotypes : ni chevaliers blancs, ni salopards corrompus comme apparaissent souvent les forces de l’ordre décrites dans les romans noirs latino-américains. Bref, Golgotha mérite votre lecture. Je trouve au bouquin un air de de parenté assez affirmé avec Carancho, un bon film noir argentin que vous pouvez voir en ce moment (grouillez-vous). C’est noir, violent, un peu foutraque et au final tout de même convainquant.

Sur ce coup là, on retiendra aussi l’intéressante préface signée Carlos Salem, qui contextualise de manière intéressante le texte de Leonardo Oyola. Enfin, en bonus, la playlist choisie par l’auteur, et disponible sur le site de l’éditeur,en cliquant ici. que je suis en train d’écouter, et qui propose (entre autres) du rap et du hard FM argentins pour ceux que ça intéresse. Disfrute, chicos !

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton

Asphalte – 14 euros