SANCTUAIRES ARDENTS & SOUS LE CHARME DE LILLIAN DAWES – Katherine Mosby

sanstuaires ardentssous le charmeMalgré une parution postérieure, Sanctuaires ardents se déroule avant Sous le charme de Lillian Dawes ; le premier commence dans les années 20, à Winsville, en Virginie, où le meilleur parti de la ville, Willard Daniels, installe sa charmante épouse, Vienna, newyorkaise cultivée, dans son domaine. Mais le mariage tourne court, Willard fuit et laisse Vienna avec leurs deux enfants. L’hostilité des gens du cru ne vient pourtant pas à bout des excentricités de Vienna, qui parle aux arbres, rédige une épopée et élève ses enfants comme bon lui semble. Le roman est centré sur ce personnage captivant de belle originale. Sous le charme de Lillian Dawes est dans le sillage du premier, mais nous sommes à New York dans les années 50, où un jeune garçon de bonne famille se retrouve dans les milieux bohèmes et fait la rencontre de Lillian Dawes, personnage aussi séduisant que mystérieux.
Ces deux opus sont un plaisir à lire, du romanesque (dans le bon sens du terme), avec ce qu’il faut d’émois et de coups de théâtre. Katherine Mosby a le chic pour vous dessiner des personnages envoûtants, les premiers rôles comme les seconds, et vous apprécierez sans doute son humour sophistiqué. Mention spéciale pour Tante Lavinia et son chien M. Phibbs, qui font d’ailleurs l’objet du troisième roman de l’auteur, pas encore traduit.

Sanctuaires Ardents, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud, Quai Voltaire – 23 €

Sous le charme de Lillian Dawes, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Arnaud, Folio – 6,60 €

LA COMMUNE DE PARIS PAR CEUX QUI L’ONT VECUE – Laure Godineau

COMMUNE Tout juste sorti des presses de Parigramme, ce bouquin passionnant sur une période elle aussi passionnante de notre Histoire nationale et municipale. Certes, ce ne sont pas les ouvrages qui manquent sur la Commune, mais celui-ci présente une double caractéristique. Un : ce n’est pas un ouvrage « militant », le point de vue est dépassionné. Deux : sa lecture ne présuppose pas la connaissance d’un certain nombre d’informations sur la question. C’est donc un livre grand public de qualité, hautement recommandable pour une première approche de la question. Comme toujours chez Parigramme, l’iconographie est particulièrement riche et soignée. Le plan de l’ouvrage, chronologique, rend la lecture à la fois attrayante et facile. Un chouette cadeau à faire et à se faire pour ces fêtesde fin d’année.

Editions Parigramme – 29 euros.

SPEED QUEEN – Stewart O’Nan

SPEED Marjorie est dans le couloir de la mort, à quelques heures de son exécution. Pour Stephen King qui en a acheté les droits, elle confie à un magnétophone l’histoire qui l’a amenée là. En adoptant ce procédé original, Stewart O’Nan construit un récit en flash-backs, nerveux et haletant, qui nous entraîne dans l’Amérique des petites villes, des centres commerciaux et des fans de tuning.

Le parcours de Marjorie, petite blanche paumée mais pas marginale, est d’une effrayante banalité. Il bascule et sombre dans la grande délinquance sur un ou deux coups du sort, qu’elle même a du mal à expliquer. Quel sens donner à sa vie à quelques heures de la quitter ? Cette interrogation ne quitte pas Marjorie, même si elle ne l’exprime pas ainsi. Elle se raccroche à son fils, c’est pour lui, pour assurer son avenir qu’elle « vend » son histoire à Stephen King. Elle y trouve une sorte de rédemption, car de pardon, elle sait qu’il ne peut en être question.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Philippe Garnier

Editions de l’Olivier – 19,67 euros ou Points policier – 7 euros

NORD – Frederick Bush

nord Policier, shérif adjoint, garde de sécurité, videur… Jack a dégringolé un à un les échelons sur l’échelle des métiers du maintien de l’ordre. Sur la touche depuis un drame personnel, il vit seul avec son vieux labrador. Une cliente du casino qui l’emploie, qu’il vient de sortir d’un mauvais pas, lui confie une mission susceptible de lui remettre le pied à l’étrier. Mais cela lui donne surtout l’occasion de revenir sur les lieux de son passé et de se confronter à de vieux démons.

Nord fait suite à Filles, sorti il y a quelques années chez le même éditeur, mais peut se lire même si on découvre Bush avec ce titre, ce qui est mon cas. L’écriture, l’intensité du récit font de Nord un roman de très haute tenue, entre polar et drame psychologique. Je vais de ce pas me commander Filles, et je vous dirai ce que j’en pense à l’occasion.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Stéphanie Levet

Gallimard – 23,90 euros

LES FOLLES AVENTURES D’EULALIE DE POTIMARON (tome 1) – Anne-Sophie Silvestre

potimaronEulalie vit à la campagne, préfère porter un pantalon à la place des grandes robes habituelles, manie l’épée mieux que les aiguilles ou le violon. Ce garçon manqué tombe des nues à l’annonce de son départ imminent pour Versailles. Fini les entraînements d’escrime et la liberté, elle sera demoiselle de compagnie de Mademoiselle, la première princesse du royaume ! Elle va devoir porter des robes, faire attention à son langage, apprendre à saluer… A son arrivée, elle est plutôt rassurée : elle a trouvé un moment après le déjeuner pour son passe-temps favori dans le grenier. Mais elle ne sera pas seule longtemps, c’est exactement le lieu de rendez-vous quotidien du Dauphin et de ses amis…

Un roman sympathique pour les jeunes filles de 9-10 ans, qui apprécient les énigmes (Eulalie a découvert un tableau qui change parfois d’apparence) et les histoires de coeur et d’amitié (elle signe un pacte secret avec Gaétane, sa copine de chambre).

Editions Flammarion – 12 €

ELMER – Gerry Alanguilan

ELMER 1979 : suite à un phénomène inexplicable, les poulets, poules et autres coqs se réveillent, du jour au lendemain, doués de conscience et capables de parler. Ce changement perturbe légèrement, on s’en doute, les humains et l’ensemble de la société. 25 ans après ces événements, nous faisons la connaissance de Jack Gallo, jeune coq de son état. Sans boulot, sans petite amie et devant assister sa mère dans ses derniers instants, Jack traverse une période difficile. Il est assez remonté, car malgré le statut humain accordé aux poulets par un vote de l’ONU, malgré les lois de « discrimation positive », Jack fait le constat que rien n’a vraiment changé depuis l’époque où l’homme boulottait ses semblables. Jack va retrouver le journal que tenait son père, Elmer, ce qui va le plonger dans l’histoire familiale, dans cette étrange période qui vit les poulets devenir « des hommes comme les autres ».

Des BD qui mettent en scène des animaux, ce n’est pas ce qui manque, de même les albums qui jouent sur l’anthropomorphisme. Mais croyez-moi, vous n’avez jamais rien lu qui ressemble à Elmer (La ferme des animaux serait ce qui s’en rapproche le plus). Ici, les poulets souffrent et aiment comme nous, partagent les mêmes interrogations, les mêmes espoirs. De fait, Elmer nous parle d’abord de nous, à travers les sujets graves qu’il aborde : haine raciale, difficulté à respecter l’autre, racisme… C’est le décalage, le changement de perspective « homme/poulets » qui donne toute son acuité au propos et nous laisse avec une étrange sensation. Une fois l’album refermé, il est probable que vous ne regardiez plus votre poulet rôti tout à fait de la même façon.

traduit de l’anglais (Philippines) par Sidonie van Dries

Edtions ça & là – 14 euros.