UNE PARTIE DU TOUT – Steve Toltz

partie tout Martin et Terry sont demi-frères et pourtant tout les sépare : l’un est maladif, éternel philosophe et souvent détestable, l’autre est séduisant, sportif et voué à devenir un gangster mort adulé dans leur pays d’origine, l’Australie. Toute sa vie, l’ombre du frère qu’il se donne tant de mal à détester aura plané sur Martin, influant sur son destin et ses choix plus qu’il ne peut l’imaginer. Jasper, le fils de Martin, n’arrive pas à se décider sur les sentiments qu’il nourrit envers un père qui l’aura mêlé à des histoires toutes plus abracadabrantes les unes que les autres jusqu’à son dernier souffle.

De l’Australie à Paris en passant par la Thaïlande, Steve Toltz dévoile dans ce premier roman une fresque familiale passionnante à coup de scènes délirantes et de savoureux retournements de situations qui entretiennent le suspense jusqu’à la fin. Un roman burlesque et surprenant qu’on a du mal à lâcher !

Traduit de l’anglais par Jean Léger.

10×18 – 9,40 €

BLOG – Jean-Philippe Blondel

blogLe narrateur pensait à tort garder secret son blog. Comment aurait-il pu imaginer que son père connaisse l’existence de cette page sur Internet ? Et pourtant, son père a lu son blog régulièrement pendant quelques mois… Mais un jour, l’ado a compris et s’est senti trompé, mis à nu. Il racontait plein de choses sur sa vie quotidienne, son ressenti sur des événements, ses goûts musicaux, comme l’on fait dans un journal intime. Furieux, il décide de ne plus jamais adresser la parole à son père. Un soir, il trouve un carton tout poussiéreux devant la porte de sa chambre, avec à l’intérieur, des photos, des carnets, beaucoup de souvenirs conservés par son père. Au début, il hésite car il se retrouve dans la même situation que son père : lire ou pas ? Il va juste survoler le contenu, puis par curiosité ou par vengeance, il va tout lire et voir son père sous un nouvel angle. Lui qui adorait écrire, pourquoi a-t-il arrêté en avril 1980 ? Pourquoi n’a-t-il pas terminé ses études à Paris comme il souhaitait le faire ?

L’auteur nous livre un roman court, bien rythmé, un texte très juste sur la vie d’un ado d’aujourd’hui, qui aime écrire et qui a envie de partager ses passions et qui choisit l’idée du blog naturellement. Quand il crée son blog, il est persuadé de la confidentialité de ses écrits et pourtant… Un beau roman sur le rapport père-fils et sur l’intimité.

Actes Sud – 10 €
à partir de 15/16 ans

S comme… SAMEDI

Le samedi, le libraire prend la vague.


Le week-end, avec son vendredi soir plein d’espoir, son samedi flânerie, et son dimanche reposant… tout être humain normalement constitué adore le week-end, et le samedi en particulier, puisqu’on se ballade, tout est ouvert, il y a du monde ; le dimanche c’est plus triste, enfin surtout si vous avez grandi en province : il gardera toujours un goût d’ennui. Quoiqu’il en soit, le libraire normalement constitué aime aussi le samedi, mais pour d’autres raisons : le samedi, c’est jour compte triple, comme au scrabble. On a bûché toute la semaine à débiter du carton, des offices, des commandes pour quoi ? pour le samedi pardi. C’est le jour phare de la semaine, celui qu’on attend avec impatience pour vider la réserve.

Donc nous, on bosse, pendant que vous, vous êtes censés faire du shopping, consommer, et dilapider la paye de la semaine. Normalement. Parfois vous avez la mauvaise idée de partir en week-end, de faire le pont (maudit mois de mai), ou d’être en vacances, et de nous laisser à notre triste sort. Un truc presque infaillible pour savoir si on va avoir du monde le samedi, c’est l’oracle de la boucherie : s’il y a la queue à la boucherie, on fera le plein aussi à la librairie. Comme quoi la consommation de viande est à pondérer avec les appétits de lecture.

Le truc chouette du samedi, c’est qu’on passe du temps avec vous, chers clients. Pas de montagne de cartons à bipper dans la remise, pas d’office monstrueux à caser sur la table, pas de distributeurs ou de représentants à appeler pour demander ceci ou cela. Non non non le client est roi, les autres jours aussi, mais surtout le samedi.

Les foules ne font tout de même pas la queue devant le rideau à l’ouverture, mais ça commence souvent dès le lever de rideau de fer (on est un peu jaloux de Naturalia pour ça, eux les gens trépignent sur le trottoir en attendant l’ouverture). Avant 14h, les clients sont souvent de jeunes gens invités qui viennent chercher les cadeaux pour goûter d’anniversaire, espérant rafler le titre de meilleur camarade de classe avec le dernier opus des Légendaires. La moyenne d’âge est donc très basse : on peut dénombrer en heure de pointe jusqu’à 3 poussettes dans la librairie + 8 enfants âgés de 6 à 10 ans + 4 adultes oscillant entre l’aîné surexcité par la perspective de ce Saturday afternoon fever, et le cadet boudeur à l’idée d’aller au parc, qui s’en prend donc à la vitrine, et le petit dernier qui dans le meilleur cas babille dans la poussette, dans le pire braille parce qu’il se découvre une allergie à la librairie. Mention spéciale pour ce samedi où trois garçonnets avaient décidé de faire la bataille, pendant que le voisin du dessus se lançait dans l’exploration des capacités de sa nouvelle perceuse, et que le téléphone sonnait à tout-va : la symphonie du samedi en ut.

Une fois le tardif déjeuner consommé, les clients arrivent, par vagues. Une déferlante avec 15 personnes dans la librairie, qui veulent causer, jouer aux devinettes (« il me semble que le livre s’appelle Mes anges sont tombés ; vous l’auriez ? » « – Attendez. [rien sur Electre ni sur Librisoft ; concentration maximale]. Vous êtes sûre que c’est le bon titre ? non ? ce ne serait pas Mes étoiles on filé ? » « – Tout à fait ! »), qui ont besoin de paquets cadeaux, qui veulent le dernier exemplaire dans la vitrine. Il y a la queue à la caisse, c’est formidable, on se frotte les mains comme des petits écureuils gourmands.

Ensuite le ressac ; plus personne. Une impression de vide, comme une salle de concert après la fermeture de la buvette. La fête est finie et il n’y a plus que nous qui restons. On s’occupe, genre exercice de rédaction : qui écrit sa notule sur un petit carton orange et hop ! on colle sur le livre, qui écrit une critique sur le site, qui écrit un article pour le blog, genre ce que je fais actuellement. On peut aussi ranger, les déferlantes sont parfois dévastatrices, surtout dans le rayon jeunesse. Et puis nouvelle vague arrive.

Comme il n’y a pas de coefficient de consommation aussi fiable que les coefficients de marée, nous sommes toujours à la merci du hasard pour ce qui est de la régularité des vagues. Quant à l’amplitude, eh bien le mois de décembre est en général le mois des grandes marées. Le dernier samedi avant Noël a des airs de Tsunami humain. Tout ça pour vous dire que Noël approche, et qu’il est grand temps de préparer vos cadeaux. Avant que nous, surfeurs, pardon, libraires, soyons totalement lessivés…

CHRONIQUES DE L’UNIVERSITE INVISIBLE – Maëlle Fierpied

univ invisibleMélusine entend tout ce que pensent les gens autour d’elle. Framboise est très maladroite et provoque sans cesse des accidents. Tristan est un pickpocket d’un nouveau genre, il obtient les portefeuilles de ses victimes par la pensée. Leur point commun : avoir été enlevés par des agents de l’université invisible. Cette école mystérieuse aide des ados « particuliers » à développer leur potentiel et les accueille sur une île top secrète qui n’est présente sur aucune carte. Les élèves sont très vite capables de dialoguer par la pensée, de déplacer des choses ou des gens, de prendre le contrôle de l’esprit d’un individu… Seul bémol : les agents effacent la vie de leurs protégés, plus aucun de leurs proches ne se souviendra de leur existence ! Tout paraît parfait pour ces ados jusqu’à leur première mission. Lors de « l’effacement » de la vie de Tristan, les choses se compliquent car son ancien chef du gang résiste étrangement à toute attaque par la pensée…
Cet excellent roman fantastique offre une très belle réflexion sur la pensée et sur les dérives de toute manipulation. Le scénario est bien construit et original : l’histoire débute avec la vie de 3 ados dans leur quotidien, puis on les découvre sous un nouveau jour sans aucun repère dans une école où la parole ne sert à rien et où l’on n’a pas besoin de se déplacer pour obtenir quelque chose, puis l’on bascule dans une guerre entre télépathes et vampires…
Editions Ecole des loisirs – collection « Medium » – 12,50 €
Dés 12 ans

LE CLUB – Leonard Michaels

clubA Berkeley, dans les années 70, un groupe d’hommes, psy, prof, ou avocat, se retrouve pour passer la soirée entre soi, à l’instar de leurs femmes et leurs groupes de parole. Ces hommes boivent et causent : on y parle de femmes et d’amour. Mi-porcs, mi-poètes, ils racontent au travers d’anecdotes la difficulté des rapports hommes-femmes. Leurs échanges mélangent provocation et désillusion. L’auteur du remarquable Sylvia (publié l’an passé chez le même éditeur) évite néanmoins les clichés, ou la vulgarité, et préfère évoquer les silences, les quiproquo, les choix hasardeux. L’humour caustique de Leonard Michaels côtoie une douce mélancolie, et ce court texte vous reste longtemps en tête.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy.

Bourgois – 13 €

REDEMPTION FACTORY – Sam Millar

REDEMPTION Paul vient de se faire embaucher dans l’abattoir de l’effrayant et colossal Shank. Il découvre là un univers d’une effarante violence, gouverné par Shank et ses deux filles. La scène de bizutage, qui arrive très tôt dans le roman, est proprement inoubliable et vaut son pesant de viande tiède. Redemption factory est un roman qui vaut par son atmosphère bien poisseuse et ses personnages qui sortent vraiment du commun. L’écriture est plutôt enlevée, et j’ai lu le roman d’une seule traite avec beaucoup de plaisir. Ames sensibles s’abstenir, cependant.

Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal. Fayard – 19 euros

THE AGENCY (LE PENDENTIF DE JADE) – Y. S. LEE

jadeLondres. 1853. Mary est mystérieusement sauvée de la pendaison et atterrit dans une école pour jeunes filles. Au bout de quelques années, elle s’ennuie et en fait part aux directrices. Elles lui proposent alors de travailler pour l’Agency, une organisation secrète qui travaille au côté de Scotland Yard. L’idée est simple : recruter des jeunes femmes, les former au métier d’agent secret, puis les envoyer sur le terrain avec un métier passe-partout, comme domestique ou demoiselle de compagnie. Première mission pour Mary : tenir compagnie à Angelica, la fille de Mr. Thorod soupçonné de trafic. Pour obtenir des informations, elle se sent un peu obligée de transgresser quelques règles… comme partir la nuit déguisée en garçon visiter les entrepôts de M. Thorod, fouiller le bureau de celui-ci pendant une fête… Elle fait ainsi la connaissance de James, qui enquête lui aussi sur les activités douteuses de l’homme d’affaires. Il lui propose très vite une collaboration…

Un très bon polar avec de l’action, du suspense, des rebondissements originaux qui donne envie de retrouver Mary dans une nouvelle mission !

Editions Nathan – 14,90 €
dès 12 ans

PETITE SOEUR, MON AMOUR – Joyce Carol Oates

oates Qui a assassiné Bliss, mini championne de patinage sur glace et chouchou des media ? Joyce Carol Oates s’empare ici d’un fait divers qui passionna l’opinion publique étasunienne il y a une quinzaine d’années. Elle ne cherche cependant pas à conduire une enquête, le meurtre de cette gamine servant de prétexte pour nous offrir une plongée en apnée dans une certaine « upper middle class » américaine.

Pression énorme exercée sur les enfants, culte de l’argent et de la réussite matérielle, vie sociale réduite à la seule volonté de paraître… Ce récit étouffant est mené à la première personne, et c’est Skyler – le frère ainé de Bliss – qui parle. Bousillé lui-même par le drame et son éducation, ce garçon brillant mais asocial porte un regard sans aménité sur sa vie familiale.

J’ai rarement terminé un livre avec un tel sentiment de malaise. « Petite soeur… » est un roman poisseux et étouffant, une lecture marquante à défaut d’être une lecture récréative.

Traduit de l’anglais (E.U.A) par Claude Seban Editions Philippe Rey – 24 euros