METAL MELODIE – Maryvonne Rippert

metalLuce n’en revient pas : sa mère est partie. Ces derniers temps, elles ne s’entendaient pas très bien. Luce se sentait incomprise et ne faisait rien pour que la situation s’améliore, bien au contraire : son look (gothique voir punk), son langage (rebelle), son comportement (très secret). La première semaine, Luce trouve le départ de sa mère étrange, mais elle est plutôt heureuse et se sent enfin libre. Elle invite chez elle dès le premier soir tous les copains de ses copains, elle fait la connaissance d’une sorte de clocharde, qui s’installe très vite chez elle avec son chien, elle sèche les cours… Mais après l’euphorie du début, elle commence à s’inquiéter, guette sa boîte mail en espérant à chaque fois avoir des nouvelles de sa mère, mais rien. En appelant la secrétaire de sa mère, elle apprend que celle-ci a pris un congès sabbatique, quand elle interroge ses anciens amis, elle découvre que sa mère était une chanteuse Punk très à la mode à l’époque… Son enquête va la conduire à Grenade. Un voyage où Luce va grandir, s’épanouir, faire des rencontres marquantes (dont Esteban…) et surtout rechercher sa mère et comprendre.

Un beau roman très émouvant, une belle écriture, des passages très drôles et d’autres plus surprenants : un roman qu’on ne lâche pas un instant. On suit pas à pas la vie de cette lycéenne mal dans son peau et qui devient vraiment attachante !

Editions Milan – collection « Macadam » – 9,50 €
Dès 15 ans

LA FEMME QUI TREMBLE – Siri Hustvedt

femme qui trembleAlors qu’elle prononce une allocution en l’honneur de son père décédé depuis peu, Siri Hustvedt se met à trembler : sa voix résiste mais son corps est secoué de spasmes, du cou jusqu’aux pieds. Ce phénomène se reproduira, et la patiente-écrivain se prend à enquêter sur son mal. Hystérie, migraine, hallucinations, épilepsie, anxiété : de la neurologie à la psychanalyse, en passant par la psychiatrie, elle questionne les disciplines. Elle s’intéresse à son propre cas et à celui d’autres patients, rencontrés dans la littérature médicale ou lors d’ateliers d’écriture qu’elle anime dans des institutions psychiatriques. D’hypothèses en digressions, elle compose une passionnante réflexion autour de l’identité, du rapport corps-esprit, de la maladie. Sa rigueur d’analyse (pas vraiment , mais plutôt obsessionnelle), même dans l’introspection, n’empêche pas l’ensemble d’être littéraire : cette Histoire de mes nerfs décrit, autant qu’il y participe, les liaisons entre cerveau, langage, maladie et écriture.

Traduit de l’américain par Christine Le Boeuf

Actes Sud – 22€

SAVOIR-VIVRE OU MOURIR – Catherine Meurisse

SAVOIR VIVRE OU MOURIREnfin de la bande dessinée utile et pratique! L’auteure, comme tout un chacun à la lecture de La Princesse de Clèves, est séduite par la délicatesse et l’élégance de cette noblesse qui a des lettres. Et par son étiquette : ni une ni deux, en route vers le raffinement, via l’Académie de Savoir-vivre de Genève, dont la directrice n’est autre que Nadine de Rotschild. Ce sera pour certains, moi la première (mais j’ai découvert que je n’étais pas la seule ignare du coin), une première approche des bonnes manières et du savoir-vivre en bonne société. Tout ce que j’ai toujours voulu savoir pour réussir mes soirées mondaines : comment on se tient, ce qu’il convient de dire, comment recevoir, et bien sûr, comment manger du fromage comme une comtesse. Le dessin nerveux de Catherine Meurisse rend ce stage de bienséance encore plus drôle qu’on ne pouvait l’imaginer, et la découverte de ce monde lointain et codifié à l’extrême a des airs de safari en pays exotique au milieu d’espèces en voie de disparition. Il existe bien une espèce hominidée qui ne croise pas les jambes (ça fait de grosses cuisses), qui ne porte pas de montre à une soirée (pendant la fête le temps s’arrête), qui a inventé la pince à moule et ne dit jamais « à vos souhaits » suite à un éternuement. Il n’y a plus qu’à mettre en pratique…

Les échappés – 13 €

CENTURY (TOME 1 : L’anneau de feu) – Pierdomenico Baccalario

centuryTous les cent ans, 4 adolescents sont choisis pour relever le défi. Tout commence à Rome, la ville du Feu.
C’est la panique à la Domus Quintilia ! Fernando a opté pour la réservation en ligne pour remplir sa petite pension familiale, mais 3 familles ont réservé la même chambre ! Une fois de plus, Elettra et ses tantes vont devoir, en un temps record, trouver une solution. Et pourquoi ne pas mettre les 4 ados dans la même chambre ? Quelle coïncidence : 4 ados nés un 29 février qui se retrouvent au même endroit un 29 décembre… Mais est-ce vraiment le hasard ?
Dès leur première escapade nocturne, ils rencontrent un homme en fuite, qui juste avant de mourir leur confie une mallette. A l’intérieur, ils trouvent des objets étranges sans rapport : un parapluie, des toupies, une dent…
Commence alors une grande enquête qui va vite se transformer en chasse au trésor géante puisqu’ils doivent chercher le maximum d’indices dans toute la ville pour découvrir qui était l’homme assassiné et le sens de tous les objets. Ils ont peu de temps surtout qu’un tueur est à leur trousse…

Avec ce roman très prenant, le lecteur visite la capitale italienne au rythme de l’enquête et découvre l’histoire de Néron, de Sénèque et d’autres philosophes, car la clé de l’énigme est là. Voici un très bon roman d’aventures, idéal pour les 10-12 ans.

Editions Bayard – 12,90 €
(traduit de l’italien par Jacques Barbéri)

OLIVE KITTERIDGE – Elisabeth Strout

kitteridge Une prof de maths âgée et obèse, même pas sympathique et qui habite Ploucville, d’après vous, ça fait un bon personnage de roman ? Entre les mains d’Elisabeth Strout, en tout cas, le résultat est très convaincant. Parfois personnage central et parfois simple silhouette, Olive Kitteridge est le fil rouge de ce recueil de nouvelles original et attachant. J’en ai terminé la lecture il y a maintenant plusieurs semaines, et sa petite musique ne cesse de m’entêter. Il y a une vraie humanité dans la description des personnages, qu’il s’agisse de la chanteuse de jazz du club local, de la jeune fille anorexique qu’Olive couve comme un poussin, où d’Henry, le mari d’Olive, une crème d’homme – et il faut cela, parfois, pour supporter sa femme !

Au final, cela donne un excellent recueil, le personnage d’Olive acquérant une densité au fil de la lecture des nouvelles, qui ne sont pas présentées par ordre chronologique, même si elles couvrent une période d’une trentaine d’années. J’ignore si c’est une volonté de l’auteur ou de l’éditeur, mais ce choix, un peu déroutant au début, se révèle une bonne idée. Olive Kitteridge a obtenu le Prix Pulitzer en 2009, je crois que c’est un peu comme les « produits de l’année », il y en a pléthore, mais,quoi qu’il en soit, c »est un très bon recueil de nouvelles, dont on ne peut qu’encourager la lecture.

traduit de l’anglais (E.U.A) par Pierre Brévignon Editions Ecriture – 22 euros.

VERS LA POUSSIERE – Jean-Louis BAILLY

BAILLY Voici un petit bijou d’humour noir, aussi drôle qu’inventif. Deux récits qui s’entrecroisent, traitant de deux époques différentes de la vie d’un même personnage, on a lu cela plein de fois. Bailly utilise ici ce procédé classique, pour ne pas dire banal, d’une façon certainement sans précédent.

En effet, le premier des deux récits, plaisamment intitulé « naissance » (on comprendra pourquoi par la suite) nous met en présence du tout récent cadavre de Paul-Emile Loué, pianiste génial, en dehors de cela un individu terne et d’une très grande laideur. Le deuxième récit débute à la petite enfance de Paul-Emile. Les récits alternés nous renseignent sur l’évolution du héros, mort ou vif. Le point d’orgue et dernier chapitre du récit narre le décès, qui survient dans des circonstances qu’on vous laisse le plaisir de découvrir. Bref, un roman concis et brillant, très bien tourné et qui se lit avec délectation.

L’arbre vengeur – 13 euros.

ASTERIOS POLYP – David Mazzucchelli

asteriosAsterios Polyp a une cinquantaine d’années, une carrière d’architecte virtuelle, et se laisse aller : un soir, alors qu’il regarde des vidéos vautré dans son lit, c’est le coup de foudre. Au sens premier : son appartement part en fumée. Avec ce qui lui reste en poche, il quitte New York et se retrouve à chercher un job dans une petite ville. Il devient garagiste, s’installe chez l’habitant. Mais toutes ces rencontres ne font que le ramener à son passé.

Autant le dire tout de suite, Asterios Polyp est le chef d’oeuvre qu’on attendait pour boucler 2010, un livre beau à tous égards. Mazzucchelli prend un malin plaisir à vous montrer combien il dessine bien, et dans tous les registres : sa ligne claire élégante intègre des passages variés en aplats, au pinceau, des morceaux de comic strip, des envolées abstraites… sans parler des trouvailles de mises en page et du jeu des couleurs. Et sous ce vernis sophistiqué, qu’y a-t-il ? Un beau portrait d’homme, un original, un peu génial, un peu loser, un type qui se découvre au long court avec ses qualités et ses faiblesses. Le système des flashbacks s’équilibre bien avec le récit au présent, et l’intervention d’un autre narrateur offre des changements de perspectives réussis. Et les clins d’oeil de construction sont bien trouvés : Mazzucchelli aime à poser un détail à une page et à le récupérer cent pages après, comme un indice. En un mot donc, un bonheur d’intelligence dessinée.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanny Soubiran

Casterman – 29,95 €

LE DON D’ADELE – Alice de Poncheville

DON2A la suite d’une chute en rollers, Adèle entend tout ce que pensent les gens autour d’elle. Au début, elle trouve cela très drôle, puis peu à peu cela la dérange, une sorte de brouhaha continu envahit sa tête… Elle se confie à sa meilleure amie, Prudence, qui veut se servir au maximum de ce don. Les vacances arrivent et les deux amies décident de partir chez la tante d’Adèle à Toissans. Sylvie les accueille avec joie et leur fait part des événements qui perturbent son village. Des incendies se déclarent de plus en plus souvent, toutes les pistes sont étudiées, des journalistes sont sur place, des experts ont analysé les sols… Adèle et Prudence ont bien envie elles aussi d’enquêter, d’interroger les habitants, et pourquoi pas utiliser le don d’Adèle…

Le don d’Adèle est un merveilleux roman, où l’on passe du quotidien d’une adolescente passe-partout qui adore dessiner à une enquête policière qui va réveiller un lourd secret familial. L’héroine est très attachante, le sujet original et l’intrigue très prenante. A la fin du livre, on a vraiment envie de lire d’autres romans de cet auteur.

Editions Ecole des loisirs – 11 €
collection « Médium »
à partir de 13 ans

CHATEAU DE SABLE – Frederik Peeters & Pierre Olivier Lévy

chateau de sableUne crique avec une jolie plage, des familles avec grand-mères et marmots qui viennent passer la journée au soleil; le calme apparent d’une journée banale est pourtant bouleversé tout d’abord par la découverte du cadavre d’une jeune fille, puis la rencontre avec un homme mystérieux et fuyant, qui semble un coupable idéal. Et enfin une série de phénomènes anormaux. Le nouvel opus de Peeters (l’auteur des Pilules bleues et de Lupus) est un curieux, mais néanmoins réussi, mélange de huis-clos, de drame social, et de science-fiction. L’atmosphère inquiétante et le scénario déroutant font penser aux meilleurs épisodes de La quatrième dimension. On s’enfonce dans cette histoire comme dans des sables mouvants, dont on ne ressort pas indemne.

Atrabile – 17 €

LE LIVRE DES CHOSES PERDUES – John Connolly

livre choses perduesA l’aube de la seconde guerre mondiale, le jeune David se réfugie dans les livres pour échapper à la tristesse après la mort de sa mère. Lorsqu’ils emménagent dans leur nouvelle maison, David hérite d’une chambre aux murs couverts de livres. Une nuit, le jeune garçon est réveillé par une voix familière: sa mère le supplie de venir à son secours. Il se précipite dans le grand jardin alors qu’un avion allemand endommagé s’écrase sur la propriété. C’est dans ces circonstances chaotiques que David va pénétrer dans un monde bien éloigné du notre et qui ne lui sera pourtant pas totalement inconnu…

Une forêt profonde peuplée de loups assoiffés de sang, des précipices où errent des harpies et des trolls cruels, une chaumière en pain d’épice dévastée, 7 nains condamnés pour avoir tenté d’assassiner Blanche-Neige, David est un petit poucet perdu dans un monde où les contes de fées ont basculé dans l’horreur.

Les nostalgiques devenus trop grands pour lire des contes vont être happés par ce roman d’initiation où les histoires fantastiques de notre enfance se mêlent au suspense. Les personnages traditionnels prennent un sacré coup en se révèlant sous leur jour le plus sombre et rendent ce roman passionnant et original.

J’ai Lu – 7,60 €
Traduit de l’anglais (Irlande) par Pierre Brévignon