2065 : LA VILLE ENGLOUTIE – Jean-Michel Payet

2065 VILLEEmile avait raison : son grand-père cache quelque chose dans sa cave. Un passage qui permet de voyager dans le temps. Très soucieux de son avenir, il veut à tout prix savoir comment il sera dans vingt ans. Seulement, une fois dans le passage, il se trompe et se retrouve en 2065 ! Et le monde a bien changé : fini le pétrole, les voitures roulent grâce aux déchets ménagers, les produits frais sont devenus des denrées rares, la ville de son grand-père s’est transformée en « parc d’attractions basé sur la vie en 2010″… et le plus grave, le climat a tellement évolué que les villes côtières n’existent plus, les tsunamis s’étant multipliés. A la recherche de renseignements sur son futur, Emile va faire de drôles de rencontres et surtout alerter le Xenon, un mouvement dangereux créé pour anéantir les associations liées à la protection de la planète…
Voici une nouvelle série qui mèle aventure, suspense et écologie, idéale pour sensibiliser les jeunes à la protection de l’environnement. Mais c’est surtout, du moins le tome 1, un excellent roman d’un auteur déjà remarqué (trilogie Aerkaos et série Blue cerises).

Editions Milan – 6,90 €
pour les 10 – 12 ans

KNOCKEMSTIFF – Donald Ray Pollock

pollock 18 nouvelles, assénées comme autant de coups de poing, par un « jeune » auteur de près de 60 ans, dont c’est le premier recueil. Recueil au drôle de titre, d’ailleurs, qu’on peut approximativement traduire par « Casse leur la gueule ». Knockemstiff est un bled paumé de l’Ohio, peuplé de petits blancs et c’est aussi le théâtre où se déroulent les drames misérables, violents et sordides des nouvelles qui font ce recueil. Cela causera à ceux d’entre vous qui aiment Harry Crews, Palahniuk, Bukowski éventuellement. Peu de chances que l’auteur ait touché une bourse de l’Etat de l’Ohio pour boucler son recueil, tant les habitants apparaissent sous un jour peu favorable. Je crois qu’on appelle « Hillbillies » la variété locale de péquenauds. Niveau ambiance, c’est un peu Délivrance, en plus violent et plus fruste, pour vous donner une idée.
Tiens, c’est marrant, au moment même où je tape cette notice, Le masque et la plume (où il s’est dit beaucoup, beaucoup de conneries ce soir sur le bouquin d’Aubenas) fait l’article de ce recueil. Il ne faut pas cependant que cela vous décourage de l’acheter. C’est dur, c’est violent mais c’est vraiment bien.

Traduit de l’américain par Philippe Garnier

Buchet-Chastel – 20 euros

REPLAY – Ken Grimwood

replay2Qui n’a jamais souhaité revenir en arrière? C’est ce qui arrive à Jeff lorsqu’il succombe à une crise cardiaque et se réveille dans le corps de ses 18 ans mais fort de ses 40 ans d’expérience…Dès lors, il aborde les années 60 sous un angle totalement nouveau pour lui. En effet, il connait tout les évènements qui changeront le monde lors des 25 prochaines années! Une foule de possibilités s’offrent à lui, autant personnelles que bien plus ambitieuses: devenir immensément riche en investissant dans des boîtes d’informatique auxquelles personne ne croit encore, mieux réussir sa vie amoureuse, parier sur des matchs dont il connait déjà l’issue, ou même empêcher l’assassinat de Kennedy! Mais Jeff n’est pas au bout de ses surprises car c’est lorsqu’il pensera tout contrôler que sa vie prendra des tournants toujours plus inattendus et qu’il réalisera qu’on ne change pas l’avenir impunément…

Un roman passionnant autour d’une intrigue accrocheuse et riche en rebondissements, on ne s’ennuie pas un seul instant dans ce récit qui mêle science-fiction, suspense et même histoire d’amour!

Editions Points – 8€

UNE FENETRE AU HASARD – Pia Petersen

FENETRE HASARDRue des Martyrs, 9ème. Une jeune femme seule et déprimée passe son temps libre à observer la fenêtre d’un appartement inoccupé dans l’immeuble d’en face, jusqu’au jour où un homme emménage. Surprise, elle observe chaque jour un peu plus son nouveau voisin. Cela va très vite virer à l’obsession : elle espionne avec des jumelles, elle emprunte son courrier pour le lire, elle attend derrière sa porte, elle lui écrit… Elle aime en secret et cela lui fait du bien, la réconforte, la rassure, elle n’est plus toute seule, il est là tout près. Une très belle histoire d’amour impossible racontée avec talent, une femme très attachante et touchante par sa fragilité et son parcours, un roman très intime sur la séduction, la peur de l’engagement… L’écriture et l’atmosphère du roman m’ont donné envie de découvrir les autres textes de cet auteur. Son dernier roman, Une livre de chair, vient de paraître, à voir…

Editions Actes Sud – 7,50 €

LE VOLEUR DE CHAUSSETTES – Marie Paruit

ch33Imaginez une maison avec un évier qui lèche les assiettes, un frigo qui fait les courses, une lumière volante… et surtout une machine à laver capable de récupérer toutes les chaussettes sales qui trainent dans la maison… La maison de Marius est unique et pour cause son papa est un grand inventeur ! Tout allait bien jusqu’à ce que la machine à laver ne fasse tomber le père et qu’il se retrouve les deux pieds dans le plâtre ! Après sa convalescence, impossible de trouver une la moindre chaussette dans la maison pour aller au travail ! Marius et ses frères et soeurs sont bien décidé à trouver le coupable et de faire cesser la grève des chaussures !
Une énigme originale et drôle, un graphisme moderne et coloré, une mise en page réussie : bref un album très sympathique, idéal pour les 4/6 ans.

Editions Didier Jeunesse – 12,90 €

LULU FEMME NUE – Etienne Davodeau

LULU Chic, voici enfin la suite (et la fin) des aventures de Lulu ! On retrouve avec un grand plaisir l’histoire tendre-amère de cette quadragénaire, mère de famille à la vie tristoune et banale, qui s’offre une parenthèse de quelques semaines, à l’occasion de laquelle elle va faire de nouvelles connaissances, vivre de nouvelles amours, bref, changer de point de vue.

La construction, habile, sous forme d’un flash back entrecoupés des commentaires émis par la fille et les amis – à la manière d’un choeur antique -ménage un suspense certain : on tremble pour Lulu. Davodeau aime ses semblables et ses personnages, il l’a plus d’une fois prouvé à travers ses albums précédents. Lulu, peut-être son album plus réussi, en donne cette fois encore une magnifique illustration. Un album indispensable, en d’autres termes.

Futuropolis – 2 tomes à 16 euros – coffret à 32 euros

H comme HEBDO, LIVRES HEBDO

Quand le livre est beau, le Livres Hebdo

Comment reconnaît-on un canard professionnel ? C’est celui que vous pouvez laisser traîner sur le bureau pendant l’heure de la pause sans crainte que quelqu’un vous le chipe. Normal : ce qui caractérise la presse professionnelle, c’est son côté extrêmement chiant. J’ai moi-même participé à la création de quelques unes de ces publications et rassurez-vous, je peux vous garantir que c’est au moins aussi pénible à écrire qu’à lire.

Cela pour dire que je trouve que nous avons bien de la chance, nous autres professionnels du livre, d’avoir Livres Hebdo. Livres Hebdo, c’est le canard des libraires, des bibliothécaires et des éditeurs. Même si je ne le guette pas avec la même impatience que le Pif Gadget de mon enfance, c’est le premier pli que j’ouvre dans le courrier du vendredi. Et même si Juliette et Stéphanie font la fine bouche et affirment souvent qu’ « il n’y a pas grand-chose là-dedans » (traduction : tu serais mieux inspiré de nous augmenter plutôt que de claquer l’argent de la librairie dans des bêtises pareilles), elles ne sont pas les dernières à le feuilleter.

Moi, ce que je préfère, c’est la rubrique « »Librairies ». C’est vachement plus intéressant que la rubrique « Bibliothèques », et si vous pensez l’inverse, c’est probablement que vous êtes bibliothécaires, auquel cas votre avis ne compte pas car il est frappé de partialité. La rubrique Librairie, donc, est celle dans laquelle on peut connaître le léger frisson du quart d’heure de gloire warholien, ce qui nous est arrivé deux ou trois fois. Et ricaner devant les photos des petits copains, vu que nous on est beaucoup plus photogéniques. « T’as vu, Machine, quitte à refaire la déco, elle aurait pu éviter les étagères rose fushia ». Oui, Livres Hebdo a un petit côté Voici et c’est pour cela qu’on l’aime.

C’est dans ses pages que se développent les chamailleries dont le monde de l’édition est friand et qui n’intéressent que nous. Dernière en date : Hachette veut-il vraiment la mort du Salon du Livre ? Démenti du groupe dans le dernier numéro, à l’occasion de la publication d’un droit de réponse disant en substance « c’est celui qui dit qu’y est ! ». Vous vous en foutez ? C’est bien ce que je pensais, vous ne méritez pas d’être libraire.

Livres Hebdo nous informe aussi mensuellement de l’état du marché et de son évolution, réseau par réseau, ce qui nous donne l’occasion de nous lamenter, de nous rassurer ou de nous réjouir. Un Chiffre d’Affaires en hausse ? C’est encore meilleur quand le marché est à la baisse, car comme l’affirme la sagesse populaire, il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux.
Notre valeureux canard nous donne aussi, semaine après semaine, la liste des meilleures ventes genre par genre de manière très détaillée, avec des flèches qui montent et qui descendent, très jolies, à la manière du Top 50 jadis présenté par le regretté Marc Toesca.(*). Suivre cette liste pour passer les commandes serait suicidaire car cela aboutirait peu ou prou à avoir des tables et des rayons ressemblant à ceux de Monsieur Leclerc. Les ventes présentées sont celles de l’ensemble des réseaux, ce qui veut dire que cela intègre les grandes surfaces, l’internet. Un titre qui marche fort chez Leclerc ne marchera généralement pas en librairie indépendante et lycée de Versailles. Par exemple, si on constituait le rayon BD en suivant la liste des meilleures ventes (Gotlib nous en préserve) , il n’y aurait plus que des albums avec des Trolls et des femmes en peau de bête…

Plus intéressants, mais à manier avec des pincettes, les avis de la rubrique «Avant-critiques ». Souvent de bonne qualité et bien étayée, cette rubrique pâtit cependant d’un manque d’indépendance qui s’explique assez bien, vu que Livres Hebdo est rempli des pubs des mêmes éditeurs dont les bouquins sont critiqués. Suffit juste de le savoir.
Enfin, ce petit billet serait incomplet s’il occultait l’existence de « Livres de la semaine, bibliographie de la France ». Derrière ce titre à la Michelet, défile l’intégralité des parutions de la semaine, tous genres confondus, sur une bonne trentaine de pages. Quand je dis tous les genres, je ne plaisante pas. Je suis ainsi en mesure de prévenir les nombreux propriétaires de bovins du 19ème arrondissement qu’est sorti mercredi, aux Editions France Agricoles, un ouvrage intitulé Les mammites, qui se fait fort de vous donner tous les conseils nécessaires pour prévenir les mammites de vos bestiaux préférés. Traitement de la lactation et du tarissement, importance de l’amélioration du poste de traite, rien n’est laissé au hasard. Il vous en coûtera 36 euros. Evidemment, je ne lis jamais cette rubrique, pas plus j’imagine que mes collègues libraires.

Cependant, que les personnes chargées de la tâche ingrate consistant à mettre en page cette rubrique sachent qu’elles n’oeuvrent pas en vain. J’ai ainsi dans mon aimable clientèle un Monsieur à qui je donne Livres Hebdo chaque semaine et qui, j’en suis persuadé, la lit de bout en bout. Témoin, les commandes qu’il nous passe chaque semaine où presque, revenant avec l’hebdomadaire scrupuleusement annoté en face des titres les plus improbables. Sachez donc, chers amis, que malgré son caractère extrêmement austère (des pages entières de blocs-texte en corps 8, séparés par des codes-barres tristounes), votre rubrique a aussi une fonction promotionnelle.

Les annonces classées ferment la marche, comme il est d’usage. Si vous disposez de 60000 euros et que l’envie d’entreprendre vous démange, sachez qu’il y a dans l’ouest du pays une librairie ésotérique qui n’attend que vous pour la reprendre. Que la force soit avec vous.

(*) Marc Toesca n’est pas mort, car il chante encore.

NOIR OCEAN – Stefan Màni

noir ocean Ce n’est parce que c’est bientôt le printemps que vous échapperez à ce polar glaçant. Encore du polar nordique, me direz-vous, mais il faut bien dire que la région recèle de pépites noires. Noir océan est l’histoire du cargo Per se qui embarque en Islande, avec neuf hommes à bord, pour le Surinam. Mais tous les hommes qui composent cet équipage emmènent dans leur paquetage des secrets, des angoisses, des crimes. Le huis-clos en haute mer s’annonce mal.
Stefan Màni réussit à vous mener en bateau avec brio. Les premiers chapitres se déroulent la nuit avant le départ du bateau, et vous propulsent dans l’action immédiatement ; fuir la terre ferme semble être la solution pour tous. La traversée permettra-t-elle la rédemption ? Ce décor marin, avec le cargo en pleine mer, la tempête, et les autres avaries qu’il doit surmonter, est aussi tourmenté que les personnages, ce qui engendre des variations de rapports de force inattendues. Bref, un polar d’ambiance surprenant.

Traduit de l’islandais par Eric Boury.

Gallimard Série noire – 21,50€

L’EVEIL – Kazuhiko Miyaya

eveilCette « anthologie inachevée » de Kazuhiko Miyaya comporte quatre nouvelles de longueurs et de genres très différents : la première est sur un éditeur et nègre vieillissant, la deuxième sur un joueur de base ball pris dans un bras de fer politique, la troisième sur l’amitié entre deux Japonais et un Américain, tous férus de jazz et de poker, et la dernière traite d’une vengeance dans le milieu des motards. Les thèmes sont variés mais l’habileté à raconter s’impose dans chaque histoire, notamment dans l’art de distiller le suspense, de dévoiler peu à peu les personnages et leur passé. Le dessin réaliste, très années 70, ajoute au charme de ce recueil. Espérons que la traduction de ce passionnant auteur soit poursuivie.

Vertige graphic – 18 €

LE DIABLE AMOUREUX ET AUTRES FILMS JAMAIS TOURNES PAR MELIES – Duchazeau & Vehlman

diable amoureuxGeorges Méliès fut un cinéaste génial, introduisant ce jeune média qu’était le cinéma au début de XXe siècle dans un monde de fantaisie débridée. Dans ce livre, Vehlman & Duchazeau rendent hommage à cet imaginaire, en petits récits, qui reprennent des courts métrages qu’auraient voulu tourner Méliès, ce qui est de fait une jolie mise en abyme : imaginer l’imaginaire.

J’ai un faible pour l’histoire intitulée « La Nuit du zouave », qui commence dans un estaminet : un machiniste de théâtre raconte les évènements extraordinaires qui se sont produits lors de la venue de Houdini. Et tout fonctionne, l’élégant trait de Duchazeau fait revivre le Paris de la Belle Epoque, l’histoire a un ton fantastique et drolatique. L’esprit du maître est gardé, et ils le déclient sous une autre forme (l’image fixe avec du texte à la place de l’image muette et animée) : une excellente idée très bien réalisée.

Dargaud – 14,50 €