CRISTALLISATION SECRETE – Yoko Ogawa

cristallisation Une couverture au charme mystérieux pour une histoire qui l’est tout autant ! Une jeune femme habite sur une île où un étrange phénomène se produit régulièrement depuis son enfance : les choses disparaissent. Le parfum, les rubans, les instruments de musique…autant de choses qui ont disparu au réveil des habitants de l’île, qui très vite voient même s’ effacer le souvenir de ces choses et les sentiments qui y étaient rattachés. Seules quelques personnes ont la capacité de ne rien perdre de leurs souvenirs mais leur traque incessante par les brigades secrètes les oblige à se cacher si elles ne veulent pas se voir emprisonnées et disparaître à leur tour. Dans ce très beau roman, Yoko Ogawa traite de manière subtile des persécutions subies par les opposants aux régimes totalitaires. Un récit à la fois mélancolique et passionnant, des personnages attachants qui eux ne disparaissent pas de nos pensées une fois le livre terminé.

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino.

Actes Sud – 22€

MANAZURU – Kawakami Hiromi

manazuru Des années après la disparition soudaine et inexpliquée de son mari, Kei reste hantée par les souvenirs de cet amour qu’elle ne peut oublier, même dans les bras d’un autre. Peu à peu elle s’est décidée à jeter ses affaires mais ne peut se résoudre à se débarrasser du journal intime que Rei écrivait consciencieusement tous les jours, très concis mais qui laisse entrevoir l’existence d’une autre femme qu’elle ignorait totalement. Dès lors, elle décide de se rendre sur l’île isolée de Manazuru que son mari mentionne régulièrement, dans l’espoir inavoué de le retrouver. C’est sur cette île aux paysages sauvages qu’elle fera la rencontre d’une mystérieuse femme fantôme…

Un beau récit sobre et poétique où la force des sentiments humains se mêle à celle des éléments naturels, magnifiques et dévastateurs.

Traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu.

Editions Philippe Picquiers – 19€

STOREYVILLE – Frank Santoro & GEORGE SPROTT 1894-1975 – Seth

storeyvilleParlons de grands livres, dans les deux sens du termes. Grands, parce que oui, vous aurez du mal à les ranger dans votre bibliothèque (je compatis grandement à cette problématique quotidienne pour un libraire, le fameux, « mais-où-vais-je-pouvoir-le-caser-celui-là »). Mais bon vous êtes au-dessus des simples contingences matérielles, et vous cherchez de délicates nourritures spirituelles, et de grands livres. Storeyville est le récit d’un homme à la recherche d’un ami, dans une Amérique à la Steinbeck : des marginaux traversent le monde en quête de sens. Le trait et le récit sont comme dilués, et nécessitent plusieurs lectures, pour en saisir toutes les nuances. La préface écrite par Chris Ware est un excellent complément à la lecture, en donnant une interprétation très subtile de l’oeuvre.

george sprottDans George Sprott 1894-1975, Seth écrit une biographie imaginaire, comme dans Wimbledon Green, cette fois d’un présentateur de télévision d’une obscure chaîne de télévision canadienne. Plus jeune il mena des expéditions dans le grand Nord, qu’il filma ; il animera par la suite une émission pendant 20 ans où il fera le récit de ses exploits et diffusera ses films… Le narrateur retrace les derniers instants de la vie de Georges, interviewe ses connaissances, plonge dans les souvenirs de ce personnage. Seth prend donc ce personnage secondaire, mineur, pour en dessiner toutes les facettes, et le rend passionnant. Ce gros bonhomme débonnaire devient un objet d’intérêt et d’affection, comme si la médiocrité ne pouvait pas exister, parce que chaque personne est une somme d’histoires, de choix, d’erreurs, de moments de gloire et de banalité. Et j’aime beaucoup l’idée de faire d’un second rôle, d’un acteur mineur, le héros d’un livre majeur, grand et beau, comme Seth, perfectionniste de la maquette de son état, est capable de le faire.

Storeyville, Cà & là – 23 €

George Prott 1894-1975, Delcourt – 35 €

MON PETIT COEUR IMBECILE – Xavier-Laurent Petit

coeur imbecile Sélectionné par Jeanne.
Ce livre raconte la vie d’une jeune fille, Sisanda qui habite une case avec sa grand-mère et sa mère dans un petit village africain, coupé du monde. Mais cette jeune fille n’est pas comme les autres enfants, elle est miraculée. Le docteur ne comprend pas qu’elle soit encore là, à compter les jours, les heures qu’elle a vécus. Compter, c’est tout ce que son cœur lui permet, lui qui s’emballe trop vite: Sisanda ne peut pas courir et le vent dans le sable l’oblige à rester couchée. Mais sa mère, sa mamantilope court pour elle, et son oncle l’emmène à l’école sur son dos, pour ne pas abîmer son petit cœur. Quant à sa grand-mère, elle lui prépare des potions, et reste avec elle lorsque le vent arrive …Son père est parti loin sur un chantier pour gagner l’argent nécessaire à l’opération qui pourrait la sauver. Mais cette opération à l’étranger coûte très cher et jamais Sisanda ne pourra attendre tout ce temps. Alors, lorsque sa mamantilope apprend qu’a lieu une grande course avec le prix d’un million de kels pour le champion, elle décide d’y participer, quitte à ce que le village entier se cotise et coopère.

Cette histoire est prenante, car même si la fin semble attendue, obligée, le suspense est présent jusqu’au bout. Ce livre simple à lire et très facile à dévorer, plaira particulièrement aux jeunes sportifs !

Ecole des Loisirs – 8.50 euros

DU COTE DE CASTLE ROCK – Alice Munro

du cote de castle rockfugitivesComme dit mamie, mieux vaut tard que jamais… d’accord ce livre est sorti il y a trois mois, tout comme l’édition de poche de Fugitives. Et oui, cette auteure a déjà une longue bibliographie et une flopée de prix et d’admirateurs, qui auraient dû me mettre la puce à l’oreille. Donc mieux vaut tard que jamais, parce que définitivement, ce fut une très belle rencontre. Du côté de Castle Rock est un autofiction familiale, qui remonte dans le temps, à l’époque des ancêtres écossais de la narratrice (canadienne anglophone, j’ai oublié de le préciser). Elle part d’archives, mélange documents historiques et fantaisie romanesque et compose son arbre généalogique comme un recueil de contes et d’histoires. Sans forcer le trait, sans tomber dans l’anecdote ou la légende, elle dessine dans chacun des chapitres une époque, un lieu, un événement, puis saute dans le temps et s’attache à la génération suivante, jusqu’à arriver à sa propre vie, dont elle livre deux épisodes. Fugitives est un recueil de nouvelles, où les personnages féminins fuient, fuguent, s’échappent, voyagent. Alice Munro maitrise la forme concise : en une cinquantaine de pages, le lecteur est pris dans une histoire, ou plutôt dans un personnage, et son évolution. Et cet humour, ou cette distance malicieuse, qu’elle a parfois, donne à ses récit un goût ou un parfum particulier, celui d’une dame mi-grave mi-moqueuse.

Traduit par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso.

Du côté de Castle Rock, L’olivier – 22 €

Fugitives, Points Seuil – 7,50 €