FABLEHAVEN : LE SANCTUAIRE SECRET – Brandon Mull

fablehaven Kendra et Seth vont devoir passer 15 jours chez leurs grands-parents, ils ne les connaissent pratiquement pas et n’ont jamais rien partagé avec eux. Leur arrivée à Fablehaven est étrange : leur grand-mère est soi-disant partie au chevet d’une vieille tante malade… et ils vont devoir s’occuper d’une poule ! De plus, beaucoup de choses sont interdites et ils ont de nombreuses consignes à respecter. Heureusement, Léna, la « gouvernante » est là et s’occupe un peu d’eux. A cause ou grâce à la curiosité et à la désobéisance de Seth, les deux frères et soeurs vont vite se rendre compte que Fablehaven n’est pas une propriété comme les autres. Peuplé de fées, de naiades, de satyres, d’une sorcière, d’ogres, de géants.., le domaine est un site secret protégé par la magie, dont les gardiens ne sont autres que leurs grands-parents… Menacée par la société de l’étoile noire, la réserve est en danger. Pour sauver Fablehaven, retrouver son grand-père et Léna disparus pendant la nuit de la Saint-Jean, redonner une apparence humaine à son frère et surtout rester en vie, Kendra va devoir faire preuve de courage et d’imagination et surtout communiquer et avoir le soutien de la reine des fées, inaccessible et surprotégée…

Ce roman fantastique est captivant, bien écrit, intéressant avec une intrigue bien menée et quelques passages qui font un peu peur, comme les ados adorent… Une suite est déjà prévue pour février 2010.

Editions Nathan – 14,90 €
idéal pour des bons lecteurs, dès 11-12 ans
(traduit de l’anglais par Marie-José Lamorlette)

CONSPIRATION 365 : JANVIER – Gabrielle Lord

janvier 365Sortie mondiale simultanée dans une dizaine de pays, une série-feuilleton de 12 titres (un par mois), satisfait ou remboursé après la lecture du premier titre, un extrait offert du tome 1… Des lancements d’une telle envergure intriguent toujours et j’ai testé : effectivement, cette série fonctionne. On est plongé dès les premières pages dans une aventure à 100 à l’heure. Ecrit comme un journal intime, avec de nombreux rebondissements, ce roman se lit très vite et la fin, bien sûr oblige le lecteur à attendre le 13 janvier prochain pour découvrir la suite…

La veille du Nouvel An, Cal Ormond, 15 ans, reçoit un terrible avertissement :  » Ils ont tué ton père. Ils te tueront. Tu dois te cacher pendant un an ! » Il a 365 jours pour survivre. Au début, il n’y croit pas une seconde, mais très vite des indices vont lui faire prendre conscience de certaines choses qu’il trouvait jusqu’alors anodines : la conférence de son père en Irlande, des dessins faits à l’hopital avant de décéder, l’omniprésence de son oncle et son comportement de plus en plus étrange, un coup de fil d’une inconnue… Victime d’un kidnapping, accusé pour une tentative d’homicide, recherché par la police et par des truands, Cal n’a plus le choix : il doit se cacher, changer d’apparence et élucider l’énigme laissé par son père…

Pour en savoir plus…

Editions Rageot – 9,80 €
dès 12 ans, idéal pour des « non-lecteurs »

REBETIKO LA MAUVAISE HERBE – David Prudhomme

REBETIKOLe Rébétiko, puisque vous êtes aussi féru de musicologie que moi, vous le savez, est un genre musical né en Grèce, pendant l’entre-deux-guerres, le petit dernier d’une famille composée par le jazz, le blues, la musique orientale et le tango, en quelque sorte. C’est une musique de mauvais garçons, qu’on joue dans les fumeries du Pirée, jusqu’au petit matin. David Prudhomme décrit le quotidien d’un groupe de Rébétiko, pour qui la musique est une nécessité, malgré les interdits qui la frappe : entre les morceaux, euh pardon les pages, mélancoliques, David Prudhomme insère ces courses poursuites comiques avec les gendarmes. Le petit théâtre des bas-fonds du Pirée devient un condensé de cette période floue que sont les années 30 : des formes artistiques nouvelles et dérangeantes, une profonde inquiétude sur l’avenir, d’un côté, et de l’autre, la montée des fascismes. Le génie de Prudhomme, car il faut bien le dire, ce livre est formidable, est d’aborder tous ces sujets avec subtilité, se concentrant sur ses personnages, s’appliquant à rendre en dessin la musique et la danse. C’est souple et langoureux, beau et desespéré, comme cette musique. Sans conteste l’un des plus beaux livres de l’année.

Futuropolis – 20 €

Pour les petits curieux, le site d’un groupe contemporain de rébétiko, Sex drugs & Rebetiko

FILLE NOIRE, FILLE BLANCHE – Joyce Carol Oates

OATES Depuis que la librairie a ouvert en 2005, c’est bien le six ou septième livre de Joyce Carol Oates que je vois passer, tant la dame est prolixe. Chaque fois, cela ne manque pas. Dans la semaine qui suit la sortie, les groupies de l’auteur, au nombre de trois ou quatre, viennent se procurer le bouquin, et puis zwuip, c’est fini. Cela dit, c’est vrai que je n’ai jamais rien fait pour alimenter le phémonène. En toute franchise, je n’avais rien lu de Oates, qui doit pourtant avoir une bonne quarantaine de titres traduits à son actif. Un bête a priori, mais j’avais l’impression que le travail de l’auteur était assez éloigné de ce qui me branchait d’habitude.
J’ai donc ouvert Fille noire, fille blanche un peu par curiosité, un peu par hasard, surtout parce que le thème des tensions raciales aux USA dans les années 70 est un sujet qui m’intéresse. J’avoue que j’ai été bluffé par le métier de l’auteur et sa très grande maîtrise narrative. La trame de récit est superbe, les deux personnages principaux, Genna et Minette, très bien dessinés tout en gardant leur part d’ombre (Minette, surtout). Joyce Carol Oates réussit le tour de force qui consiste à instiller le suspense dans un récit dont elle nous donne l’épilogue dès la première page. A la réflexion, c’est d’ailleurs parce qu’elle nous donne la fin que le suspense fonctionne ! Ajoutez à cela que cela se lit très très facilement sans jamais céder à la facilité, et vous comprendrez que je suis tout à fait partant pour me lancer dans la lecture d’un autre bouquin du même auteur. Alors, si des fans de J.C Oates tombent sur ces lignes, surtout qu’ils n »hésitent pas à me recommander tel ou tel titre à lire en priorité.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban
Philippe Rey – 20 euros

AMERICAN SPLENDOR – Harvey Pekar

SPLENDOR Voilà un album qui va donner des idées à tous les fans de BD rêvant de signer un album mais incapables de tenir un crayon. Un léger détail qui n’a pas freiné l’enthousiasme d’Harvey Pekar qui s’est lancé dans le vaste projet d’une autobiographie dessinée en faisant appel à une ribambelle de petits copains plus doués que lui pour le dessin, parmi lesquels Robert Crumb, à qui on doit les pages les plus réussies de cet album.
L’histoire, c’est celle d’un jeune gars de Cleveland dans les années 70, de ses magouilles de boulot pour survivre et de sa vie sentimentale et sexuelle un peu compliquée. Tout le parfum d’une époque dans le premier tome de cette anthologie, dont les histoires ont été publiées entre 1976 et 1982. Signalons que l’intégrale des histoires de American Splendor dessinées par robert Crumb devrait paraître en 2010 aux éditions Cornelius.

Editions çà et là – 19 euros

ARRETE D’OUBLIER DE TE SOUVENIR – Peter Kuper

KUPER Drôle de titre pour un superbe album, l’autobiographie romancée (ou roman autobiographique, comme on voudra) de Peter Kuper, qui nous avait gratifié voici quelques années de plusieurs recueils de comics sans parole et graphiquement très réussis. Cette fois-ci, l’ami Peter est nettement plus bavard pour nous narrer ses premiers pas dans l’univers de la BD, sa vie amoureuse et amicale, sur un ton tour à tour drôle, tendre ou nostalgique. Un très bel album, un peu dans la veine du roman graphique de Robinson (De mal en pis, chez le même éditeur) pour vous donner une idée.

Editions ça et là – 21 euros

L’OMBRE DE L’EUNUQUE – Jaume Cabré

eunuque La lecture des Voix du Pamano avait été un tel choc (le meilleur roman que j’ai lu en 2009, à ce jour) que je m’étais promis de lire ce que Cabré avait écrit avant ce très grand roman. J’ai continué par son livre précédent, L’ombre de l’eunuque, paru chez Bourgois en 2006. Autant le dire tout de suite, ce roman ne se situe pas tout à fait au même niveau que Les voix du Pamano, même s’il laisse entrevoir d’excellentes choses.
Le principe qui consiste à mêler les époques en floutant les frontières temporelles est déjà là (les six ou sept générations évoquées dans le roman sont « compressées » dans la durée du -long- repas que partagent le protagoniste et la jeune journaliste qui l’interroge), mais semble moins maîtrisé. La lecture des premières pages demande un réel effort de concentration, peut-être est-ce dû au fait que nous sommes là dans une saga familiale, avec ce que cela suppose de liens familiaux compliqués. Reste tout de même la qualité de l’écriture (et de la traduction), cette capacité remarquable de Cabré à créer des profils psychologiques ultra-crédibles permettant une vraie empathie, cette qualité rare qui consiste à instiller du suspense dans une trame, sans que l’édifice narratif ne repose entièrement sur cela.
Bref, si vous avez déjà lu (et aimé) Les voix du Pamano, procurez-vous sans hésiter cet autre roman de Jaume Cabré car en dépit des quelques réserves que j’exprime ici, L’ombre de l’eunuque est un très bon livre, qui se situe bien au dessus de l’essentiel de la production actuelle. On reparle de Cabré dans quelques mois, quand j’aurai lu Sa seigneurie, le troisième et dernier roman (le premier en fait) traduit en français.

Traduit du catalan par Bernard Lesfargues

Bourgois – 27 euros

Z comme… ZIZANIE

Tout n’est qu’ordre et beauté ?

« Est-ce que vous avez Une vie de Maupassant ? » J’ai bien fait des efforts pour jouer à cache-cache avec certains livres, celui-là non, vraiment, il a son petit casier, comme un bon élève, au premier rang. Je ne suis pas une grosse feignasse qui rechigne à se pencher pour attraper l’objet du délit, mais avouons-le, je me pose la question du rangement dans une librairie. Ou de son absence d’ailleurs. Ne serait-ce pas un vaste capharnaüm où ce lutin malicieux de libraire innoverait en matière de classement alambiqué où seul lui s’y retrouverait ?

Alors non franchement, vraiment pas, on n’est pas pervers à ce point là. Nous on aime l’ordre et la discipline. Tout ce qu’on veut, c’est une signalétique évidente, des rayons bien ordonnés et une rassurante organisation à la papa, où chacun trouve son bonheur dans la clarté. Pas une zizanie de sagouin. Là les livres pour les enfants (dit rayon Jeunesse, ce qui a un doux air rétro, c’est bien vrai), là les bd, là les nouveautés sur la table, ici le cinéma, là-bas la musique, la littérature, et puis les beaux-arts, les beaux livres et les sciences humaines, au fond le polar.

Avec le recul, et l’expérience, je me dis toujours que « beaux livres » ou « sciences humaines » sont des termes inventés par les libraires. J’attends avec impatience le client qui me demandera des « moches livres » ou de la « science inhumaine ». Les usages, mon ami, les usages ; les rayons, comme les secteurs éditoriaux, ont de vagues prétentions institutionnelles. Le rayon « Pratique » par exemple est censé regrouper la cuisine, le jardinage et tout ce qui est bien évidemment « pratique ». Sûr que manier la binette, faire de l’escalope milanaise et apprendre les rudiments de Photoshop c’est du pareil du même. Admettons que certaines catégories se définissent par opposition à d’autres, et qu’on fait ce qu’on peut avec l’espace et la logique qu’on a.

Voilà pour l’organisation spatiale de la librairie et la distribution des secteurs ; on peut aussi rentrer dans le détail de chaque rayon. C’est là qu’intervient notre bon vieil ordre alphabétique, d’auteurs, très utile pour la littérature, le polar ou la philo. Après on peut mettre quelques finesses avec des sous-rayons selon la langue d’écriture. Juste pour vous donner quelques trucs, parce qu’il y quand même quelques pièges : les hispanophones ont deux noms de famille, et c’est le premier qui l’emporte. Anne Frank n’écrit pas en allemand et Pascal Mercier n’écrit pas en français.

Pour les autres rayons, genre histoire, cinéma ou cuisine, c’est parfois plus compliqué. Les ouvrages de référence sont en début de rayon, et ensuite, en histoire on a plus tendance à ranger par ordre chronologique (en se posant de sérieuses questions quand les sujets traités s’étalent sur plusieurs siècles), en art on range selon l’artiste (et quand il y en a deux ?), et en cuisine, le salé d’abord, le sucré ensuite et les boissons à part, comme sur la carte d’un restaurant… La librairie n’est pas gigantesque et ces rayons ne concernent pas des milliers de références, on s’y retrouve donc. Mais pour la jeunesse et la bande dessinée, c’est une autre paire de manche. Le nombre important de titres, la variété des sujets et de formats font qu’on fait comme on peut, avec des bacs, des rayonnages, des boîtes, des intercalaires, des classements thématiques, alphabétiques, et qu’on cherche, peut-être vainement, à mettre de l’ordre dans ce tohu-bohu. A défaut de vous rendre limpide l’offre éditoriale, on essaie déjà de s’y retrouver nous-mêmes, ce qui est déjà une gageure, vu qu’on passe tout de même une bonne partie de la journée à ranger puis à pister des livres.

On pourrait réfléchir à d’autres types de rangements, et utiliser la classification Dewey des bibliothécaires ; vous savez, les cotes sur la tranche du livre avec les petites lettres et les petits chiffres. Comme le commun des mortels n’a aucune idée de ce que signifie ces cotes, on va mettre ça de côté. Ou alors on pourrait les ranger par collection, comme ça ils auraient tous la même taille, et puis par numéro de collection. Ca fait un peu militaire quand même.

En attendant vos suggestions de présentation on sera ravi de vous trouver ce bouquin écrit par un mec qui en général fait de la bande dessinée et de l’illustration jeunesse mais là se lance dans une analyse des films noirs de Fritz Lang, sous couvert de faire un état des lieux de l’émigration allemande aux Etats-Unis pendant les années 30 et 40, avec en arrière-plan l’émergence du jazz.

LES CARACTERISTIQUES DE L’ESPECE – Nathan Sellyn

SELLYN Terres d’Amérique est une collection à suivre en priorité quand on s’intéresse à la littérature nord-américaine. Les caractéristiques de l’espèce, de Nathan Sellyn en apporte encore une fois la preuve. Ce recueil de nouvelles, au titre assez Houellebecquien, est un véritable joyau. 13 textes, sans rien à jeter, qui nous décrivent un Canada à mille lieues des grands espaces et des images qu’on associe traditionnellement à ce pays. Les protagonistes des nouvelles sont jeunes, urbains, et socialement intégrés; le point commun, c’est que leur existence tourne à vide.
On est effectivement pas très loin de l’univers de Houellebecq, même si en terme d’ambiance et d’écriture, c’est le nom d’un autre jeune canadien qui me vient spontanément (Craig Davidson, chez Terres d’Amérique ou en points poche. Lire notmment Un goût de rouille et d’os, superbe recueil de nouvelles).
Un auteur et un recueil à découvrir, avec une mention spéciale pour la dernière nouvelle qui donne son titre au bouquin, véritable fable urbaine à base de téléréalité.

Traduit de l’anglais (Canada) par Judith Roze

Albin Michel (Terres d’Amérique) – 17 euros

MALO DE LANGE, FILS DE VOLEUR – Marie-Aude Murail

malo langeEt oui, un nouveau Marie-Aude Murail ! Mais attention on est loin de ses histoires du quotidien si bien racontées… Là, elle nous emmène visiter le Paris du XIXème, s’amuse à utiliser tout le vocabulaire d’argot de l’époque et réussit à rendre attachant ce grinche, tiraillé entre le bien et le mal.
Malo, adopté par deux vieilles dames, essaie pour leur faire plaisir, de devenir un gentil garçon aux bonnes manières. Mais son passé le rattrape lorsqu’il se fait enlever par son soi-disant père, qui n’est autre qu’un terrifiant voyou. Il réussit à s’échapper et se rend directement à Paris dans le seul but de découvrir ses origines et de comprendre le sens de son tatouage. Ses recherches le conduisent dans un repère de brigands en tout genre : la taverne du Lapin volant…
Du mystère, de l’aventure, de l’amour : un trio gagnant pour ce roman captivant et drôle.

Ecole des loisirs – collection « Neuf » – 11 €
à partir de 10-11 ans (bons lecteurs)