LA BIOGRAPHIE DE PAVEL MUNCH – Pascal Morin

pavelUn biographe raconte la vie de Pavel Munch, un sculpteur aujourd’hui disparu. Présentée comme une enquête, cette biographie fictive est une belle réflexion sur la création. Le narrateur s’amuse à fouiller dans le passé de l’artiste et à rechercher les moindres détails : l’absence de sa mère, la découverte de sa sexualité à l’internat, son attirance pour les hommes, ses rencontres, ses premières créations (des figurines réalisées dans de la boue que l’artiste dégustait par la suite…), son ascension rapide, son rapport au corps et à la matière… Pavel Munch est un héros attachant malgré son côté provocateur et dérangeant. Grâce à une confiance totale en lui, ce génie se sent libre et capable de tout. Génant pour certains, prétentieux pour d’autres, il ne peut laisser indifférent. Au fil de la lecture d’ailleurs, on se rend vite compte que même le narrateur a été littéralement séduit et troublé par le personnage. Mais qui est-il vraiment ? Quel est son lien avec l’artiste ? Que cherche vraiment le biographe ? Tout laisse supposer qu’il pourrait être son double, l’un dans l’écriture et l’autre dans la sculpture…

L’auteur réussit à merveille à nous retranscrire tout le travail d’un artiste : son inspiration, la création, son rapport à l’oeuvre, la médiatisation… Un roman étrange sur la vie d’un sculpteur n’ayant jamais existé, une belle écriture, une fin troublante, un jeu sur les doubles et les effets de miroir. A découvrir…

Editions du Rouergue – 15.50 €

LE CLUB DES INCORRIGIBLES OPTIMISTES – Jean-Michel Guenassia

club des incorrigiblesMichel a 12 ans en 1959 ; il est un élève médiocre, et pire encore en maths, à Henri IV mais joue au babyfoot comme un virtuose. Au Balto, à Denfert, il va passer du baby au club d’échecs de l’arrière-salle, celui des incorrigibles optimistes, qui rassemble des émigrés de l’Est. L’apprenti joueur devient leur confident et ami et recueille leurs histoires d’exil.

La galerie de portraits de ces émigrés soviétiques, hongrois, polonais, grecs et allemands est particulièrement réussie : les histoires rocambolesques ou kafkaïennes s’enchaînent, toutes différentes les unes des autres. Nostalgiques de Staline ou du tsar, ils illustrent la complexe réalité de l’ex-bloc communiste. En marge de ces récits d’émigrations, le narrateur grandit et décrit sa propre histoire, une chronique familiale faite de ruptures et de grands écarts. Un vaste roman, donc, mélange de nostalgie et d’amertume, réhaussé d’excellentes blagues soviétiques…

Albin Michel – 23,90 €

ET VOUS, QU’EN AVEZ-VOUS PENSE ?
Déjà le titre est séduisant ! l’auteur nous fait traverser le début des années 60 du point de vue d’un jeune lycéen confronté à un microcosme tout à fait singulier ! Exilés politiques, guerre d’Algérie, grands auteurs de la littérature, jeux d’échecs, rock‘n’roll et photographie… le tout dans le quartier de Montparnasse. On n’en décroche pas : un bon roman pour reprendre le rythme parisien avec un pied encore en vacances !
Alexandra

LA VERITE SUR MARIE – Jean-Philippe Toussaint

toussaint verite marieDans Faire l’amour, Jean-Philippe Toussaint nous faisait partager une rupture amoureuse, la dernière nuit d’amour d’un couple. La Vérité sur Marie est en quelque sorte la suite. Dans ce nouveau récit, nous assistons à « l’après » séparation.
Ecrit intimiste sur les relations amoureuses qui ne sont plus, sur l’absence de l’autre et sur les sentiments qui perdurent. On retrouve la sensibilité de Toussaint à souligner tous les détails, à affiner les descriptions et les instants. Voici un texte plein de poésie et de sensualité.

Minuit – 14,50 euros

LE JEU DE L’ ANGE- Carlos Ruiz ZAFON

jeu ange zafonVous souvenez vous de Daniel Sempere, de la bibliothèque des livres oubliés et de Mr Barcelo ?
Carlos Ruiz Zafon nous fait voyager à nouveau à Barcelone mais plusieurs années avant L’Ombre du vent, dans les années 20. Cette fois, il s’agit de l’histoire de David Martin (pour les initiés, il s’agit de l’ami des parents de Daniel Sempere !), écrivain populaire, qui se voit confier, par un mystérieux éditeur français, la mission d’écrire un texte qui s’apparenterait à une nouvelle religion: « Une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d’être tués ». Il accepte le contrat et se retrouve dans un immense engrenage où toutes les personnes auxquelles il tient le plus sont en danger !
On retrouve dans ce roman tous les ingrédients qui ont fait le succès de L’Ombre du vent: intrigue, aventure, fantastique et même une histoire d’amour !

En somme, une histoire bien ficelée, de nombreux rebondissements, des personnages uniques et attachants.

Néanmoins, pour avoir attendu cet ouvrage avec impatience (j’avais en effet adoré L’Ombre du vent !), je suis un peu déçue de retrouver tant de similitudes avec l’ouvrage précédent. Mais bon au final cela reste une bonne lecture pour se détendre !

Robert Laffont – 22 euros

QUITTER LA VILLE – Kim Su-Bak

quitter la villeJ’invite ceux qui ont des idées préconçues sur la bande dessinée asiatique à jeter un oeil sur ce nouvel auteur originaire de Corée du Sud. Outre son trait très dense, ses cadrages inaccoutumés, et ses allers-retours entre réalisme et onirisme, on se passionne pour l’itinéraire de ce charmant looser (auteur de bande dessinée). Avant de quitter la ville pour rejoindre un ami qui s’est retiré loin de tout, l’auteur revient sur son quotidien à Séoul. Il est plus que désargenté : il ne mange que des oeufs et n’a pas payé son loyer depuis bien longtemps. Il prend donc le chemin de l’agence d’interim où il fait la connaissance d’ouvriers journaliers qui comme lui essaient de s’en sortir grâce aux travaux de chantier. Kim Su-Bak dépeint la société coréenne à travers ces marginaux, tous chargés d’une histoire tantôt burlesque tantôt pathétique. L’ensemble est brillant, voire plus, et le second volume est attendu avec impatience.

Atrabile – 20 €