ET CA VOUS FAIT RIRE ? Dagsson Hugleikur

dagsson La Scandinavie, cette terre de grands comiques qui nous a déjà donné Ibsen, Strindberg et Ingmar Bergmann, nous permet cette fois-ci de découvrir Daggson Hugleikur, Islandais de son état et auteur de ce recueil de dessins humoristiques, assez justement intitulé Et ça vous fait rire ? En ce qui me concerne, la réponse est franchement oui. Ce petit bouquin m’a bien fait marrer, comme il vous fera rire si vous aimez Reiser et Vuillemin, et l’humour style Hara-Kiri. On l’aura compris, le sympathique Dagsson Hugleikur ne fait pas toujours dans la dentelle ni ne pratique l’humour à fleuret moucheté. Contrairement aux dessinateurs cités plus haut, adeptes des jolies couleurs marronnasses et du trait qui déborde, l’ami Dagsson privilégie une certaine sobriété. Quelques traits dignes d’un enfant de 4 ans moyennement doué, et c’est marre. L’intérêt on s’en doute est tout entier dans les répliques et la transgression. Très drôle, donc, mais je vous conseille tout de même d’ouvrir le bouquin et de vous faire votre propre idée avant de l’offrir à un ami/un parent « qui aime bien rigoler ». Pas sûr que cela fasse rire tout le monde…

Sonatine – 12 euros

N comme… NOUVEAUTE

« Virgile, t’as lu le dernier Musso ? »

Ce bon vieux livre, objet archaïque qui plus est, aime à se faire beau et neuf pour garder vos faveurs. Chaque semaine apporte donc son lot de nouveautés. Du neuf, du nerf, du neuf, du nerf semble être le leitmotiv des shadoks de l’édition : pour vous donner une idée, en 2007, 75 385 livres ont été publiés, dont 37 326 nouveautés, soit 717,8 par semaine. A côté, le prêt-à-porter et ses quatre collections par an, c’est petit joueur. Mais l’édition emprunte aux chiffonniers quelques éléments, comme la saisonnalité. Vous pensiez les sphères intellectuelles au-dessus du pragmatisme marchand, et la littérature loin des lois du marché ? que nenni. Il y a en édition la collection Rentrée littéraire d’automne, la collection Rentrée littéraire de janvier, au printemps le lâché de best-sellers estivaux, et bien sûr le temps fort de la saison reste le défilé des prix littéraires. Pas toujours aussi glamour que la haute – couture et ses mannequins aspergeoformes, mais le cœur y est.
Le problème est donc de soutenir ce rythme, et de pomper pour pondre de nouveaux titres, puisque chaque saison chasse l’autre, et que les tables de librairie se transforment plus vite que Lynda Carter dans Wonder Woman. Le plus triste dans cette affaire de nouveauté (c’est amusant comme expression « la nouveauté », j’ai l’impression derrière un comptoir d’un magasin d’articles de Paris), c’est que ce neuf est bien bref. Au bout de six mois, c’est déjà de la vieille nouveauté (si si j’insiste sur l’oxymore).
Une parenthèse donc pour rappeler que les libraires au cœur pur font des efforts pour ne pas se laisser séduire par les charges répétées des shadoks, et aiment à conserver longtemps sur leurs tables certains titres qui sortent du lot et n’hésitent pas à ressortir leurs vieilles marottes de livres plus neufs du tout. L’esprit de contradiction.
Le terme « nouveauté » est d’ailleurs à nuancer. Ce n’est pas parce que c’est tout juste sorti de l’imprimeur que cela va révolutionner la littérature. Le problème de la mode c’est bien que ça se démode, avant de se recycler. Un jour prochain on honnira les jeans slim et les converse, et on réhabilitera le mullet et le jean neige. Pareil en édition, on fait du neuf avec du vieux et en cela les lois de la maquette sont impénétrables. On adore recevoir la 12ème édition de Mon poney ma passion, cuvée 2009, qui sous des atours un peu plus modernes a conservé les photos du siècle dernier de canassons qui pour la plupart sont morts et enterrés depuis bien longtemps. Ou de constater que Michel Vaillant porte bien son nom, du haut de son 70ème album.
Mais avouons tout de même que dans le boulot de libraire, s’il y a un truc plaisant, c’est bien d’ouvrir les cartons d’office (encore un terme de commerçant d’un autre temps, qui désigne la fameuse nouveauté). On frétille comme des gosses qui ouvrent leurs paquets de Noël. Sûr que quand on découvre le nouveau titre de cet auteur indien dont on avait tant aimé le dernier livre, on saute de joie. Parfois on fait aussi la tête de circonstance du mouflet qui attendait le circuit électrique de Michel Vaillant et qui se retrouve avec un gilet serpillère avec deux trous plus grands pour mettre les bras ou pire, un livre.

LES SOEURS EDEN ET LE MAITRE DES LOUPS – Lyn Gardner

edenTrois soeurs livrées à elles-mêmes grandissent au manoir Eden : Aurore, sage et obéissante, aimant la cuisine et la propreté, Alice, rusée et aventurière, passionnée par les feux d’artifice et enfin Nico née avec un drôle de don. Sur le point de mourir, leur mère remet une flûte à Alice en lui révélant son immense pouvoir.

Les rats reviennent en grand nombre : le docteur Sauvage est nommé pour les exterminer. Il se rend au manoir pour une simple visite de courtoisie, mais celle-ci se transforme vite en une grande course poursuite à travers la forêt, car il ne souhaite qu’une chose : s’approprier la fameuse flûte! Les soeurs Eden vont échapper aux loups, découvrir une maison de pain d’épice, rencontrer la Mère crochue, croiser un lièvre étrange… Et malgré leur pacte « toujours ensemble », elles seront séparées plus d’une fois ! Mais rien n’arrêtera Alice, tantôt pour délivrer Nico enfermée sur le Pic du joueur de flûte tantôt pour sauver Aurore d’un mariage forcé !
De nombreux rebondissements, des allusions à de nombreux contes de fées, une écriture fluide, un rythme rapide, une héroïne attachante, sensible, courageuse que l’on retrouvera sans doute dans une autre aventure, puisque ce premier roman se termine par « Fin ? »…

Tourbillon – 12,95 €
à partir de 10 ans
(traduit de l’anglais par Marie-José Lamorlette)

UN ZOO EN HIVER – Taniguchi Jiro

ZOO On a beau être fan de Taniguchi, force est de reconnaître que l’animal est parfois inégal, témoin son précédent album La montagne magique, tout à fait dispensable. Mais chic, cette fois-ci, c’est un Taniguchi en très bonne forme qui nous revient, avec un album à classer dans sa veine autobiographique/intimiste, dans la lignée donc de Quartier lointain ou du Journal de mon père. Un zoo en hiver nous parle des débuts dans le métier d’un jeune mangaka, qui quitte sa province et « monte » à Tokyo pour vivre sa passion. Comme d’habitude chez Taniguchi le trait est superbe, les vues du zoo sous la neige, en particulier, sont à tomber. Certains lecteurs pourront trouver l’histoire d’amour au coeur de ce récit un peu mièvre mais bon, le process de création des manga et le climat de tension nerveuse qui l’accompagne sont parfaitement rendus. En conclusion, si vous aimez Taniguchi, vous ne devriez pas être décu(e).

Casterman – collection Ecritures – 15 euros

M comme… MILLENIUM

La personne qui trouve le fameux quatrième tome caché est priée de l’apporter à la librairie. Récompense.

« Je ne connais rien de plus triste qu’un best seller qui ne se vend pas », plaisantait le regretté Christian Bourgois. Manière de reconnaître qu’en matière d’édition (de fiction en tout cas) prédire le succès est une entreprise qui s’apparente très largement à la lecture dans le marc de café. Tous les éditeurs s’accordent plus ou moins sur ce point, ce qui ne les empêche pas d’essayer de décrocher la timbale avec une régularité qui force le respect.

N’empêche, chaque fois qu’on nous claironne « vous allez voir ce que vous allez voir » eh bien, ça fait pschitt. Oprah Winfrey a beau avoir âââdoooré (entre nous, qu’est-ce qu’on en a à foutre ?) James Ellroy ou Bret Easton Ellis pondu (moyennant finance, il paraît) un bandeau définitif du style « je tuerais pour avoir écrit ce roman », ça le fait pas. Les beaux dépliants en quadrichromie sur papier glacé 180 grammes ne changeront rien à l’affaire, non plus que les amicales pressions du représentant à qui le chef a filé une mise en place monstrueuse, ni même les services de presse généreusement distribués. On peut estimer ces mini Titanic éditoriaux à une bonne douzaine par an.

A l’inverse, phénomène tout aussi déroutant pour l’éditeur, plus rare et beaucoup plus plaisant, le succès que rien ne laissait présager. Je parle ici du bouquin lambda qui débarque dans les cartons de nouveautés sans tambour ni trompettes, et au coude à coude avec quelques centaines de congénères va essayer de se frayer un passage vers le nirvana, à savoir les tables des librairies et/ou des grandes surfaces.

L’exemple type de ces vainqueurs par surprise est Millenium. Le premier tome de la trilogie (L’homme qui n’aimait pas les femmes) signé par un illustre inconnu, Stieg Larsson, est sorti dans la plus totale indifférence, en juin 2006, suivi en octobre de la même année par le tome 2 (La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette). Six mois après, nous avions vendu aux Buveurs d’Encre trois exemplaires de chaque volume, des résultats modestes mais conformes aux ventes du bouquin au niveau national. Un bide relatif, donc, mais en aucun cas une surprise. Car il faut préciser que si Actes Sud est un éditeur connu et reconnu, sa notoriété en tant qu’éditeur de romans policiers était comparable à celle de Rustica. Actes Sud ne possédait jusqu’à Millenium aucune collection dédiée au polar, et sauf erreur de ma part le roman de Larsson était même leur première incursion dans le genre.

Un manque de légitimité qui aurait pu s’avérer rédhibitoire car les amateurs de romans policiers ont leurs petites habitudes solidement ancrées. L’attachement à un éditeur, une collection, un auteur conditionnent les habitudes de lecture beaucoup plus fortement que pour la littérature dite « générale ». Pour prendre un exemple, les habitués de « 10 X 18 Grands Détectives » et de « Rivages noirs » sont deux populations différentes, et il est très rare que leurs lectures de policiers se confondent. Personnellement, pour vous livrer un détail très intime, je suis davantage « points policier » que « folio noir », cela tient pour une large part aux éditeurs qui « passent en poche » dans telle ou telle collection. Car j’oubliais de le préciser, le policier se vend surtout en poche. C’est vrai aux Buveurs d’Encre mais c’est souvent la même chose ailleurs. Un livre de poche c’est 7,50 euros en moyenne. Millenium, c’est 22,80 euros le volume. A multiplier par 3 pour avoir le fin mot de l’histoire.

Résumons : auteur inconnu + éditeur sans historique polar + gros pavés (3 fois 500 pages au bas mot) + zéro presse à la sortie + très peu de ventes + pas lu + 68 euros. Autant dire qu’au moment de passer les commandes du tome 3 en juin 2007, (le 3ème opus est sorti en septembre 2007) le climat n’était pas franchement à l’hystérie dans la librairie. J’ai dû en prendre un ou deux exemplaires, trois si j’étais de bonne humeur ce matin-là, ce qui figurez-vous m’arrive parfois (on m’a dit samedi matin que je tirais la gueule, mais en fait non, c’est plus grave que cela, c’est ma tête naturelle avant mon deuxième café).

Aujourd’hui, deux ans plus tard, je n’ai pas les chiffres sous les yeux au moment où je rédige ce petit mot, mais on a vendu plus de 800 exemplaires, les trois tomes confondus. En France, la trilogie doit atteindre le petit million, seuil qu’elle dépassera certainement avant la fin de l’été car la sortie du film a entretenu et même relancé le phénomène.

Alors, que s’est-il passé ? Eh bien le fameux phénomène boule de neige, qu’on va tenter de décrypter au niveau de notre modeste échoppe. En fait, tout est d’abord venu des clients. Nous avons parmi nos habitués des gens que nous voyons toutes les semaines ou presque, certains même plus souvent que cela. Forcément, on finit par assez bien connaître leurs goûts. Parmi ces personnes, certaines ne lisent quasiment que des romans policiers, d’autres n’en ouvrent jamais. On a commencé à avoir un ou deux retours de lectures extrêmement positifs, de ces lecteurs aux profils et aux goûts littéraires forts différents, qui étaient tombés sur le livre un peu par hasard. Avaient-ils lu un article dans un canard professionnel, furent-ils attirés par la couverture très réussie, je ne sais plus… Toujours est-il qu’ils revenaient en manque au bout de deux jours chercher la suite.

Intrigués, nous avons commencé à repérer le livre et Stéphanie, qui ne lit pratiquement pas de policier, l’a pris un soir pour y jeter un œil. La lecture l’a mis dans le même état que les clients et dès cet instant, le bouquin était lancé à la librairie. J’imagine qu’au même moment, un phénomène similaire s’est produit dans beaucoup de librairies. Les ventes du livre ont commencé à décoller, le livre à apparaître dans les palmarès. L’époque, dernier trimestre 2007, était favorable aux ventes. Actes Sud a sorti pour les Fêtes un coffret des 3 volumes, un assez bel objet qui s’est arraché. La suite, vous la connaissez…

Le phénomène de bouche à oreille est fréquent, et c’est lui qui créée ce qu’on appelle en bon français les « long-sellers », les livres qui se vendent bien et durablement. Ce qui est rare, c’est l’ampleur du phénomène. Celui rencontré par Millenium peut se comparer avec le succès de L’élégance du hérisson. Encore une fois, le succès est venu des lecteurs et des libraires. L’auteur, Muriel Barbery, n’a jamais fait une télé. Avant, elle n’était pas conviée ; ensuite, elle n’avait plus besoin d’y aller, et s’est payé le luxe d’un pied de nez aux media en leur refusant un sujet facile.

A l’heure du marketing viral, des études de marché qui préformatent les produits, je trouve cela plutôt rassurant, ces succès qui déboulent de nulle part, indépendamment d’ailleurs de leur qualité. Ce que j’ai pensé de Millénium ? Je vous faire une confidence, je ne l’ai pas lu. Ou plutôt si. Un soir où rien ne me tentait, c’était bien après le début du succès, j’ai ouvert le tome 2, que j’avais reçu en service de presse et qui traînait dans mon bureau depuis plusieurs mois. J’ai lu une grosse centaine de pages, sans vraiment accrocher. Mais comme m’a dit une cliente « Vous êtes bizarre, aussi. Comment voulez-vous que cela vous plaise si vous commencez par le milieu ? ». Ce qui ne manque pas de bon sens, je trouve.

Grâce à la gentillesse d’Actes Sud, je vais avoir droit à une séance de rattrapage. L’éditeur nous a offert des places de cinoche pour aller voir le film. Il paraît qu’il est très fidèle au roman. Vu le temps qu’il fait sur Paris ce triste lundi de juin, c’est le moment ou jamais de profiter des largesses de l’éditeur. Comme cela, je ferai partie de ceux qui ont « vu » Millenium, à défaut de l’avoir lu… et qui s’annoncent à peu près aussi nombreux.

LITTLE BIRD – Craig Johnson

little birdUne petite ville du Wyoming , Absaroka, est administrée par Walt Longmire, un sheriff proche de la retraite, dont le sens de la répartie épice le quotidien de ses collègues. Mais le meurtre d’un jeune homme, Cody Pritchard, va raviver les tensions avec la communauté indienne de la réserve voisine. Ce crime renvoie à une affaire précédente, celle du viol de Little Bird, une jeune indienne.
Little bird plaira à ceux qui veulent prendre les voiles et laisser de côté le polar urbain. L’intrigue est bien menée, par un personnage attachant, et prend place dans un décor grandiose. A recommander à ceux qui apprécient le Natural writing, cette littérature américaine des grands espaces, mais pas seulement, puisque ce polar est rudement bien fichu. Et je ne vous raconterai pas la fin, évidemment, mais sachez qu’elle vaut le détour…

Traduit de l’américain par Sophie Aslanides

Gallmeister – 23,90 €

5 EST LE NOMBRE PARFAIT – Igort

5 est le nombreLa bonne idée que voilà : rééditer 5 est le nombre parfait d’Igort ! Vous ne l’aviez pas lu, vous êtes maintenant obligé. En deux mots, un porte-flingue napolitain à la retraite reprend du service pour venger son fils. L’intrigue est très bien construite, avec ce qu’il faut de traîtres, de mafiosi classieux et de petites frappes. Igort respecte le genre, tout en proposant de nouvelles variations : des lumières blafardes, un personnage fantomatique, une poésie et un onirisme qui contre-balance la violence réaliste. Et quel dessin : à chaque planche Igort fait preuve d’inventivité, alternant crayon, plume, aplats, jouant sur des compositions en petites cases resserrées puis sur des cases ouvertes ou des pleines pages. C’est magnifique, tout simplement.

Casterman – 14 €

AU-DELA DU MAL – Shane Stevens

audeladumalVous aimez les thrillers complexes, avec serial killer gratiné ? Vous devriez apprécier votre rencontre avec Thomas Bishop, un vilain garnement qui a passé 15 ans dans un hôpital psychiatrique, soit les deux tiers de son existence. Gros échec de la politique de soin américaine, puisque non seulement il en sort très méchant, mais surtout très intelligent. Thomas Bishop s’enfuit en brouillant les pistes et commence une sanglante traversée des Etats-Unis.
Publié en 1979, le roman est traduit pour la première fois en France : Shane Stevens compose un beau personnage, avec une intrigue alambiquée, mais choisit aussi de dépeindre cette Amérique du Watergate, à la lumière de cette explosion de violence. Pouvoirs politiques et presse suivent le mouvement avec cynisme.

Traduit de l’américain par Clément Baude

Sonatine – 23 €

BLUE CERISES – Octobre

« Quatre ados, quatre amis, quatre histoires, un seul secret ». Cette nouvelle collection, créée dans l’esprit « Macadam », est née d’une idée originale et intéressante : donner un fil conducteur et quatre profils d’adolescents à quatre auteurs très différents. On les connaît déjà, ils ont déjà publié au Seuil, chez Magnard ou chez Panama. Et ça fonctionne à merveille : j’ai lu au départ l’histoire de Violette, puis j’ai lu les trois autres! Une construction très intéressante où l’on découvre peu à peu le caractère de chaque personnage, leurs passions, leurs secrets, leurs angoisses ; une écriture rythmée et moderne, quatre styles en parfaite harmonie ; des histoires bien ancrées dans le quotidien des ados (amours, familles, déceptions, sorties…) ; un sujet abordé à chaque fois, historique ou culturel (Franco, Botticelli…) : une réussite !

Satya – L’attentat de Jean-Michel Payet
Satya rencontre une jeune fille, fan de jeux de piste. Il se laisse entraîner, accepte les rendez-vous et les énigmes et se laisse séduire par cette mystérieuse adolescente. Mais un jour, elle part vivre sous une tente…

Zik – L’ange des toits de Maryvonne Rippert
Soizik vit dans des chambres de bonne et ce qu’elle préfère, c’est monter sur le toit de son immeuble et admirer, seule, la capitale. Mais un jour, un jeune homme l’aborde dans son repère et l’entraîne dans les caves pour une nuit toute en musique !

Violette – L’amour basta ! de Cécile Roumiguière
Grosse déception pour Violette qui doit quitter sa bande pour les vacances : sa mère lui a organisé un séjour chez Ernesto, su tio dans le sud. Au programme, son premier rendez-vous et une grande révélation familiale.

Amos – Cibles mouvantes de Sigrid Baffert
Ces vacances de Toussaint ne sont pas de tout repos pour Amos : son père lui annonce qu’il est muté au Québec, un dingue les harcèle au téléphone, et un de ses coéquipiers au tir à l’arc a un comportement bien étrange depuis peu…

Pour en savoir plus, voici leurs blogs.

Editions Milan – 4 €
dès 14 ans

L comme … LOI

Vous avez fait des études de droit ? vous aimez l’ordre* ? vous êtes capables de comprendre des textes abscons ? d’en découdre avec un contradicteur ? Engagez-vous : devenez libraire !

Chacun ses fantasmes, mais j’ai un faible pour un navet dont l’accroche fameuse était « I’m the law ». Résultat des courses, on se raccroche à la première venue, et en librairie, c’est la loi Lang, dite du prix unique, plus connue sous l’expression « non, je ne vends pas des tapis monsieur ».

Bien sûr le premier péquin venu clamera que nul n’est censé ignorer la loi, mais, je vous l’accorde, le temps des dix commandements est révolu depuis Napoléon. Alors je vous l’apprends peut-être, mais il existe une jolie loi qui fixe le prix du livre : l’éditeur choisit le prix de l’ouvrage qu’il publie, et les revendeurs doivent s’y conformer, et ne peuvent accorder une remise supérieure à 5%. D’où les fameuses cartes de fidélité et autres prix verts. Le prochain qui proclame que c’est moins cher à la F*** a un gage, ou une petite discussion avec Judge Dredd. Vous pensez que c’est gai comme une file devant une épicerie soviétique pendant l’hiver 72, mais consolez-vous en vous rappelant que vous n’aurez pas à affronter des soldes belliqueuses pour dégoter le petit roman hongrois de vos rêves. En conséquence, inutile de marchander. D’ailleurs, rien qu’à voir la tête du libraire invité à la danse des prix, les plus vindicatifs y perdraient leur ardeur. Le marchandage est légalement interdit, et cela ravit le libraire, qui sera d’autant plus volubile sur d’autres thématiques (météo & autres broutilles).

Il faut bien l’avouer aussi, depuis que la hache de guerre des prix est enterrée, on vit plus paisiblement : les librairies indépendantes (sur)vivent grâce à la loi Lang. Avant celle-ci, le décret Barre sur le « prix conseillé » permettait aux grandes surfaces et aux enseignes spécialisées, nouvelles venues sur le marché, d’asphyxier la concurrence, et de ce fait, de normaliser et appauvrir l’offre de livres. Vous souvenez-vous des disquaires de quartier ? non ? bah c’est normal, ils ont disparu depuis belle lurette. On achète ses CD de façon solitaire, dans une grande surface, ou sur internet. A peine un vendeur grognon dans les parages ; dès lors, avec qui partager son amour pour la pop thaïe ?

Une poignée d’irréductibles éditeurs gaulois, craignant pour la création littéraire, est montée au créneau, et loi fut votée dans la foulée de l’élection de Mitterrand. Mais les adversaires n’en démordaient pas (les centres Leclerc annonçaient un « prix Leclerc » et un « prix Mitterrand » : la classe) : on dut ajouter un décret avec contravention pour les réfractaires. Na.

Aujourd’hui cette loi fait consensus dans le petit monde du livre, car elle protège les librairies, qui, puisqu’elles n’ont plus à croiser le fer avec leurs concurrents sur le terrain des prix, n’ont plus qu’à se démarquer des autres stratagèmes, genre une offre qualitative, adaptée ou exigeante (« ouh mais regardez le roman graphique muet autrichien que je vous ai dégoté »), et un service plus personnel (avec blagues). En définitive, la loi Lang protège les librairies, les éditeurs, mais aussi les livres, et les lecteurs. N’en déplaisent à ses détracteurs qui se réveillent régulièrement pour tenter de la saborder. Pirates!

*alphabétique, au moins.