COMBAT DE L’AMOUR ET DE LA FAIM – Stéphanie Hochet

combat amour faimUn homme recherché par les autorités raconte comment il en est arrivé à ce point. Son enfance, dans le Sud des Etats-Unis, au début du XXème siècle, suit les dérives de sa mère, de la ronde des amants à l’austère mariage de raison. A l’âge adulte, il croise la route de trois femmes, May, April et June, qu’il épouse, vole ou trompe, avec l’aplomb d’un missionnaire.

Ce court roman évoque un Sud poisseux et étouffant : les honnêtes gens ne sont guère plus aimables que les arnaqueurs et l’on ne peut pas plus respirer dans les salons cossus que dans les lieux interlopes. Mais le protagoniste n’est ni désespéré ni cynique : l’écriture lucide, à la première personne, décrit un mauvais garçon ordinaire qui se laisse glisser. Une belle efficacité narrative, qui va à l’essentiel.

Fayard – 16 €

JULIUS WINSOME – Gerard Donovan

DONOVAN Julius, la cinquantaine, habite seul au coeur d’une forêt, dans la maison où son père et son grand-père ont vécu avant lui. Pas un misanthrope, non, mais un homme tranquille qui trouve son équilibre entre la bibliothèque que lui a léguée son père et son chien, Hobbes. Un jour, par pure malveillance, quelqu’un tue Hobbes d’un coup de fusil tiré à bout portant. Ceci va conduire Julius à décrocher le vieux fusil de guerre qui n’a plus servi depuis des décennies et à tenter de surmonter ce deuil d’une manière violente, mais parfaitement logique et argumentée. On suit Julius pas à pas dans la traque qu’il mène avec calme et détermination. Il ne s’agit pas là du récit d’un basculement dans la folie, ce malgré la disproportion entre l’acte (la mise à mort d’un chien) et ses conséquences (la mort de trois hommes). On n’est jamais mis en position de juger Julius, grâce au choix très habile d’un récit conduit à la première personne. Un beau roman, donc, qui traite aussi de la nature et de la fragilité de l’homme aux prises avec celle-ci. Julius Winsome est le premier roman traduit de Gérard Donovan, dont on attendra les futurs romans avec un réel intérêt.

traduit de l’américain par Georges-Michel Sarotte

Le Seuil – 19,50 euros

LES CARNETS DE GORDON MCGUFFIN – Pierre Senges & Nicolas de Crécy

carnet mcguffinPierre Senges au texte et Nicolas de Crécy au dessin ont composé un étrange livre illustré, sur un énigmatique personnage, Gordon McGuffin, réalisateur, scénariste, acteur, homme à tout faire en quelque sorte, à Hollywood, pendant l’âge d’or des studios. Sous forme d’anecdotes, cet oublié des encyclopédies du cinéma raconte les coulisses du cinéma, comme tant d’autres avant, apportant sa pierre à la légende hollywoodienne.
Sauf que Gordon n’a jamais existé. Cet album d’histoires inventées se moque du mythe hollywoodien et de la cinéphilie avec fantaisie : on mélange le namedropping et la fabulation, on dessine de beaux portraits de gens connus (voir celui d’Hitchcock) puis on introduit un bibendum et une tête de chien. Juste un extrait pour vous dire combien le duo Senges-de Crécy fonctionne :

« Comme Alfred Hitchcock, je me suis ingénié à apparaître dans chacun de mes films, avant la fin de la première bobine. La première fois j’étais un facteur, la deuxième fois un avaleur de sabres, la troisième fois un mangeur de hot dogs, et la dernière fois un ours. Je dois dire que même les plus sagaces parmi mes parents ne me reconnaissent pas toujours. »

Et même si les plus savants le savaient déjà, voici ce qu’Hitchcock disait de ce McGuffin…

Futuropolis – 22 €

LES BOITES – Istvàn Örkeny

les boites orkenyLa famille Töt vit une existence tranquille dans un petit village de montagne au doux nom de Màtraszentanna. En accueillant dignement le commandant Varro, supérieur hiérarchique de leur fils parti au front, la famille Töt espère améliorer le sort de ce dernier. Malheureusement leur invité a une personnalité bien particulière qui transformera la vie de cette famille en véritable enfer !
C’est à la fois drôle, absurde, avec des situations totalement rocambolesques et des personnages attachants… Un véritable délice !

Cambourakis – 11 €

JE VOUDRAIS ME SUICIDER MAIS J’AI PAS LE TEMPS – Florence Cestac & Jean Teulé

SCHLINGO Charlie Schlingo, bédéiste des années 80 tendance portinhouac, était un drôle de loustic. Ses potes de l’époque, Cestac et Teulé, lui ont consacré cette biographie sous forme de BD. On y découvre un type adorable mais totalement incontrôlable et capable des pires trucs : se jeter volontairement sous les roues d’un camion, uriner sur l’étalage du maraîcher depuis sa fenêtre (!), vomir dans un képi de policier… Il faut dire que le jeune Charlie (Jean-Charles pour l’état-civil et « vilain » pour ses parents) n’avait pas tous les atouts pour connaître la stabilité : atteint de polio, il était contraint de se cacher sous la table quand ses parents recevaient des invités… Auteur culte mais relativement méconnu, Charlie Schlingo devra peut-être à cet album la reconnaissance posthume qu’il mérite. En effet, l’Association réédite bientôt (sortie prévue le 21 mars) Gaspation ! et Josette de rechange, deux albums commis par l’auteur à ses débuts. Pour ceux d’entre vous qui voudraient découvrir avant cette date l’univers gagesque de Schingo, je tiens à disposition, pour consultation, un album exhumé des profondeurs de ma bibliothèque.

Futuropolis – 18 euros

CHERUB – Robert Muchamore

Sélectionné par Vincent (14 ans)

CHERUB est une organisation secrète entraînant de jeunes espions orphelins, dont James Adams fait partie. L’ensemble des livres de la série représente la suite chronologique des missions dans lesquelles il joue un rôle de première importance. Chaque épisode cerne de façon approfondie un sujet important:terrorisme; drogue; prison; meurtres; sectes; défense de la pluralité des opinions.
Les histoires, menées à un rythme trépidant, se lisent en quelques jours. On s’identifie facilement aux personnages auxquels on s’attache rapidement. Je recommande cette série aux 12-16 ans.

Casterman – 15 €
7 tomes disponibles en grand format
Tome 1 et 2 en poche (7,50 €)

www.cherubcampus.fr

TROIS HOMMES, DEUX CHIENS ET UNE LANGOUSTE – Iain Levison

levisonlangouste Mitch, Doug et Kevin sont trois chouettes copains experts en plans foireux, des rois de la lose. L’un bosse dans le wal-mart du coin et ne va pas tarder à se faire virer, le second est défoncé 24/24 h, le troisième sort de prison et vient de monter une microentreprise de promenades pour chiens. Après avoir entrepris et réussi l’escroquerie du siècle (le vol d’un téléviseur écran plat dans le walmart qui employait Mitch), nos trois héros se sentent pousser des ailes et tentent de décrocher la timbale qui leur permettra de quitter la riante banlieue de Pittsburgh. Autant le dire tout de suite, ce roman, le quatrième livre de Levison, est proprement hilarant. Si vous avez aimé Un petit boulot et Une canaille et demi, jetez-vous sur celui-ci. Et si vous ne connaissez pas encore Levison, sachez que Liana Levi vient de publier en poche dans sa collection piccolo tribulations d’un précaire, témoignage corrosif et plein d’humour dans lequel Levison parle des 42 emplois qu’il a successivement tenus à sa sortie de l’université. Un récit antérieur à l’écriture de ses 3 romans, et qui apporte un éclairage singulièrement intéressant.

traduit de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle
Liana Levi – 18 euros

HIVER ARCTIQUE – arnaldur Indridason

HIVERARCTIQUE On retrouve le jovial commissaire Erlendur dans ce cinquième opus, encore plus noir peut-être que les précédents. Le meurtre d’un jeune enfant, métis thaï, vient d’être découvert et l’enquête se dirige immédiatement sur la piste d’un crime raciste. C’est l’occasion pour Indridason de dresser le portrait d’une société longtemps très homogène qui rencontre aujourd’hui des difficultés à intégrer de nouveaux arrivants, asiatiques pour la plupart. Vous retrouverez dans Hiver artique les ingrédients qui vous ont fait aimer les romans précédents : la description d’une nature inhospitalière et sauvage, les relations conflictuelles qu’entretiennent Erlendur et sa fille, les démons liés au drame qu’Erlendur a connu enfant. Un critique, je crois dans Télérama, compare Indridason à Simenon, et je ne suis pas loin de partager cet avis. On retrouve la même attention accordée aux gens simples, un grand talent pour communiquer des atmosphères oppressantes. L’écriture ne peut être comparée, cependant. Est-ce la traduction ou plus sûrement le génie propre à Simenon ? Quoi qu’il en soit, le belge reste cent coudées au dessus…

Traduit de l’islandais par Eric Boury Métailié – 19 €

FAIRY TAIL – Hiro Mashima

Sélectionné par Anton

Fairy Tail« Fairy Tail » est une nouvelle série de manga écrite par Hiro Mashima (auteur de « Rave »).

Lucy pratique la magie des constellations et rêve de rentrer dans la guilde très connue Fairy Tail. Elle va rencontrer Natsu, qui pratique la magie du feu assez spécialement et qui fait partie de Fairy Tail. Il va proposer a Lucy d’y rentrer, cette dernière acceptera avec joie. Après avoir découvert l’ambiance de la guilde, Lucy va faire équipe avec Natsu et vont vivre des aventures hors du commun…

L’humour du manga est assez spécial, un peu simple comme dans « One Piece », les dessins sont soignés sans être trop réalistes (comme « Death Note »). Je conseille cette série aux fans de « One Piece » et de « Rave » (surtout pour les dessins qui sont quasiment identiques).

Glénat – 6.95€
4 volumes disponibles – prochain titre à paraître le 4 mars

PAPA ET MAMAN SONT DANS UN BATEAU – Marie-Aude Murail

papa maman Marc Doinel, directeur d’agence d’une société de transport, travaille beaucoup, apprend que sa société est rachetée par des danois, doit faire face au fils du nouveau PDG, spécialiste en management et en licenciement… Nadine Doinel, institutrice en maternelle, est très bien notée, applique les directives de l’inspecteur à la lettre. Elle est débordée, gère seule la maison et les enfants… Charline, dite Charlie, élève de 3ème, préfère les mangas au collège, heureusement il y a Aubin, son nouveau voisin de « table »… Et enfin Esteban, un petit surdoué qui nous imagine entourés de « robots humanoïdes » et qui ne cesse de sa faire maltraiter à la récré.

Ils subissent chacun à un stade différent une pression, une évaluation constante. Ils n’apprécient plus leur vie et rêve de fuir leur quotidien. Tout change grâce à un magazine Psychologies, laissé dans le porte-revues, qui consacre un dossier spécial aux « Yourtes de Mongolie »… Chacun le regarde en cachette et se fascine pour ce nouveau concept écolo…

Un roman vrai, juste, drôle, tragique où l’on plonge dans le quotidien des Doinel, une famille ordinaire, une belle critique de notre société où tout est basé sur la consommation et le rendement. Une fois de plus, Marie-Aude Murail excèle dans les histoires du quotidien. (à lire aussi entre autres La fille du docteur Baudoin)

Ecole des loisirs – collection Médium – 11 €
à partir de 13-14 ans